‹ Madame GuyonChapitre 123 sur 156 · CHAPITRE Xlïl. - FÉNELON ET BOSSUET · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlïl. - FÉNELON ET BOSSUET

ii:iit; mais étant vrai que la volonté de Dieu détermine, on ne Test plus, on ne peut plus Têtre. « On dira que nos mystiques ne Tentendent pas autrement ; qu'ils savent bien, comme nous, que la séparation de Dieu d avec son paradis est impossible ; et enfin qu'il faut leur laisser leurs amoureuses extravagances. Je le veux, s'ils n'en font point un mauvais usage ; mais ils bâtissent sur cette chimère d'indifférence de très-réelles pratiques, puisqu'ils trouvent intéressé et au-dessous d'eux, et, en tout cas incompatible avec la perfection, de désirer, de demander à Dieu la gloire éternelle.

« Si c'était assezde faire des suppositions impossibles pour conclure ces indifférences, toute la doctrine de la foi serait renversée... Si le paradis était sans amour et que l'amour passât k l'enfer, l'enfer serait préférable au paradis ; si la vérité devenait le mensonge, et que le mensonge devint la vérité, ce serait le mensonge et l'enfer qu'il faudrait aimer ; donc tout cela est indifférent et il ne faut demander ni l'un ni l'autre : c'est le comble des absurdités. On aime les choses comme elles sont, ou du moins comme elles peuvent être; mais l'impossible qui, par manière de parler, a deux degrés de néant, puisque ni il n'est, ni il ne peut être, et qui est par la, si on veut, au-dessous du néant même, ne peut pas être un objet, ni contre-peser le désir qui va droit a la chose comme elle est (1). »

Bossuet ne parle point, dans son livre, des excès auxquels se sont livrés les quiétistes, depuis les Bégards jusqu'à Molinos. « On peut, dit-il, séparer les autres er-

(1) États d*oraison, liv. ix, chap. ii; liv. x, chap. xix et xxii.

rcurs du quiétismc de ces abominables praliques, et plusieurs, en eflfet, les en séparent. Or, j'ai voulu attaquer le quiétisme par son endroit le plus spécieux, je veux dire par les spiritualités outrées, plutôt que par les grossièretés ; par les principes qu'il aime, et qu'il étale en plein jour, et non pas par les endroits qu'il cache, qu'il enveloppe, et dont il a honte; et j'ai conçu ce dessein, afin que ceux qui se sentent un éloignement infini de ces abominations ne s'imaginent pas, pour cela, être innocents, en suivant les autres erreurs plus fines et plus spirituelles de nos faux contemplatifs. Voilk pourquoi je n'ai point voulu appuyer sur ces horreurs. Ce que je ne puis omettre ni dissimuler, c'est, dans le fait, qu'il est presque toujours arrivé aux sectes d'une spiritualité outrée de tomber de l'a dans ces misères (1). »

Condamner les excès du mysticisme, sans porter atteinte aux maximes et 'a la pratique des saints, tel est le double objet que se proposèrent les théologiens d'Issy, quand ils se décidèrent a formuler les règles de la \ie mystique. Us furent d'accord sur la nécessité d'unir les deux choses; mais chacun d'eux pencha naturellement du côté où l'entraînaient ses études, son expérience et ses goûts. De là deux courants d'idées : l'un, conduit par Bossuet, va droit li la condamnation de la spiritualité nouvelle; l'autre, avec Fénelon, entoure les saints mystiques pour les protéger. Il y eut des discussions vives, des concessions réciproques; la conciliation se (it, et l'on signa les articles.

{\) Etats d'oraison^ liv. x, chap in.

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