‹ Madame GuyonChapitre 125 sur 156 · CHAPITRE XIII. — FÉNELON ET BOSSUET · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. — FÉNELON ET BOSSUET

Les caractères de cet ouvrage sont la hardiesse et la loyauté. Fénelon s'est engagé k rendre raison de sa foi ; il le fait avec une sincérité admirable. Toute la matière de la vie intérieure est ramenée k quarante-cinq articles. Chaque article est double, c'est-k-dire qu'il y a, sur chaque point, un article vrai et un article faux. Dan» le premier, Tàuteur expose, avec précision^ ce qu'il faut admettre ; dans le second, il indique nettement où est l'excès, où est l'erreur: il trace la limite de l'orthodoxie. C'est dans cette méthode exacte, rigoureuse, que consiste la hardiesse du livre et son originalité ; jamais le mysticisme n'avait été l'objet d'un pareil travail. Et si Fénelon échappe au reproche d'avoir été téméraire, c'est par l'étude approfondie qu'il avait faite de ces hautes et redoutables questions, et surtout par le soin qu'il prit, avant de publier son livre, de le soumettre a un examen sévère, et d'obtenir l'approbation des docteurs. Quoi qu'il arrive de cet ouvrage, approuvé par deux des commissaires d'Issy et jugé c tout d^ar > par le théologien même de Bossuet, la sagesse de l'auteur reste a l'abri de tout reproche, aussi bien que sa loyauté.

« Toutes les voies intérieures, dit Fénelon, aboutissent au pur amour comme k leur terme, et le plus haut degré dans le pèlerinage de cette vie est l'état habituel de cet amour. La question du mysticisme se trouve ainsi ramenée k la question de l'amour de Dieu.

I. L'amour de Dieu — Qu'est-ce donc que l'amour de Dieu? Les théologiens en distinguent plusieurs sortes, selon Tobjet que Ton se propose en aimant.

Nous pouvons aimer Dieu pour nous-mêmes, k raison

(les biens que nous recevons de lui, et de ceux que nous pouvons en attendre : c'est Yamour intéressé.

Nous pouvons aimer Dieu pour lui-même, à raison de ses perfections infinies, et sans aucun égard k notre intérêt personnel : c'est V amour désintéressé.

Enfin nous pouvons aimer Dieu d'un amour qui soit un mélange des deux autres. Cet aniour mélangé comporte par sa nature même des variétés infinies ; mais ces variétés se ramènent, en définitive, à deux classes : dans Tune l'amour intéressé est subordonné ; dans l'autre il est prédominant.

Donc, ([uatre sortes d'amour de Dieu :

l"" L'amour intéressé, qui est plutôt un amour de soi (|u'un amour de Dieu. On aime Dieu comme l'instrument de sa félicité, comme iin avare aime son argent.

2'' L'amour mélangé, dans lequel domine le motif d'intérêt propre. C'est déjà un commencement de conversion il Dieu. « Il y a bien de la différence, dit saint François de Sales, entre cette parole : « J'aime Dieu pour le bien « (jue j'en attends, » et celle-ci : « Je n'aime Dieu que « pour le bien que j'en attends. »

T)" L'amour mélangé, où le motif désintéressé domine. L'amour de soi v est subordonné k l'amour de Dieu; « c'est le véritable amour justifiant. »

4" L'amour pour Dieu seul, considéré en lui-même, sans aucun mélange de motif intéressé, ni de crainte, ni d'espérance, est le pur amour ou la parfaite churité. L'état habituel de cet amour est le terme de la perfection; il ne faut rien cliercber au-delà.

Ainsi Fénelon êcliai)pe au reproche cpie Rossuet fait au\ nouveaux conlomplalifs de niotlro la perfection dans

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