CHAPITRE XIII. --FÉNELON ET BOSSUET
La sainte indifférence produit tous les désirs, toutes 'es demandes, tous les actes commamlés par Dieu (1).
Elle devient, dans les plus extrêmes épreuves, ce que les saints mystiques ont nommé abandon, c'est-k-dire que rame désintéressée s^abandonne totalement et sans réserve k Dieu pour tout ce qui regarde son intérêt propre (2).
V. La contemplation. — La méditation convient k Tamour intéressé et la contemplation au pur amour. Le raisonnement, dans cet état, au lieu d'aider Tâme, rembarrasse et la fatigue ; elle trouve les motifs de toutes les vertus dans Tamour.
Rien n*empéche, du reste, que la contemplation n*ait pour objets distincts les attributs de Dieu, les personnes divines, l'humanité de Jésus-Christ et tous ses mystères. Seulement elle voit tous ces objets d'une vie simple et amoureuse, et ne s'en occupe point par un raisonnement suivi. Ainsi Tâme peut exercer dans la plus haute contemplation les actes de la foi la plus explicite (3).
VI. L'état permanent. — Il y a en cette vie un état habituel^ mais non entièrement invariable^ où les âmes les plus parfaites font toutes leurs actions délibérées en présence de Dieu et pour Tamour de lui.
Cet état peut être dit permanent, en ce sens qu'il peut durer autant que nos actions délibérées. En ce cas, il n'est interrompu que par le sommeil et les autres défaillances de la nature.
(1) Art. 5.
(2) Art. 8.
(3) Art. 27.
Il ne faut pas confondre cet état avec la contemplation. La contemplation n'a pas cette espèce de perpétuité. « Elle est souvent interrompue par les actes des verlus distinctes, qui sont nécessaires k tous les chrétiens, et qui ne sont point des actes de pure et directe contemplation (1). » Saint Bernard, sainte Thérèse et le bienheureux Jean de la Croix bornent, sur leurs expériences particulières, la pure contemplation k une demiheure.
VU. L'état passif. — Cet. état consiste dans le calme et la tranquillité de Tàme, et non dans la suppression des actes. Il renferme une paix, une souplesse infinie de Tâme pour se laisser mouvoir k toutes les impressions de la grâce (2).
VIII. L'état de transformation. — Il ne faut point entendre par la tramformalion une déification de Tâme, réelle et par nature, ou une union hypostatique, ou une conformité a Dieu qui soit inaltérable et qui dispense Tâme de veiller sur soi, sous prétexte qu'il n'y a plus en elle d'autre moi que Dieu.
L'état de transformation n'est que l'étal le plus passif, c'est-à-dire le plus exempt de toute activité ou inquiétude intéressée. Lame paisible et également souple à tontes les impulsions les plus délicates de la grâce est comme un globe sur un plan, qui n'a plus de situation propre et naturelle. Il va également en tous sens, et la plus insensible impulsion sufiit pour le mouvoir. Du reste, les âmes les plus transformées conservent leur
(!) Art. 25.
f2) Art. 2().