CHAPITRE XVIII. - DERNIÈRES ANNÉES
un applaudissement universel, dans toute l'Europe et jusqu'à Versailles. « C'est peut-être sans exemple, disait à Louvain le docteur Steyaert; mais quel exemple pour l'avenir ! Pro quo exemplum q'tiœrimus^ id olim pro exemplo erit. » A Rome, les cardinaux furent dans l'admiration ; le pape Innocent XII, encore inconsolable de la condamnation qu'il avait dû prononcer, allait répétant k tous que Fénelon était un grand archevêque, très-pieux, très-saint, très-savant : piissimOy santissimo, doilissimo. « L'approbation de votre livre, écrivait l'abbé de Chantérac, n'aurait jamais pu vous attirer autant de gloire (1). »
L'année suivante (1700), 'a l'assemblée du clergé de France tenue k Saint-Germain, on eut à rendre compte de l'affaire du quiétisme. C'est Bossuet qui fut chargé du rapport. Rendu k son calme et 'a sa droiture naturelle, il se montra plus juste envers Fénelon. Il rendit aussi k M'"*' Guyon un solennel et bien précieux témoignage : <r Quant aux abominations, dit-il, qu'on regardait comme les suites de ses principes, il n'en fut jamais question ; elle en a toujours témoigné de l'horreur. » Voila k quoi aboutirent ces persécutions, ces emprisonnements, ces tortures morales, ces dénonciations odieuses, dont il avait trop été question, et auxquelles on avait donné tant d'éclat.
M"^ Guyon était toujours k la Bastille; elle y resta encore trois ans. C'est Ik, elle le dit elle-même, qu'elle
(1) Lettre du 14 mai 1699.
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passa les plus affreuK moments à^vm vie qui n avait été qu'iw tissu de persécutions et de ^ovleurs. Elle manquait de tout ; elle ^tait K^d^de, sans personne pour la secourir ou la console? î W contraire^ ^\^ ne voyait autour d'elle que des hommes aiU^ts, artificieux, qui Tohsédaient ^\ mettaient tout en œi^yre pour \^ surprendre et la f^ire souffrir (1). f^e n'en dit pas davantage, elle qui élève si baut la voii^^ toi^tes les (cas qu'il s'agit de m foi ou de sa vertu. « 4'tû cru le devoir, dit-ell^i ^ h religion, à la piété, k mes amiSi à ma ft^T mille et à moi-même. Mais pour les mauy^i^ traitement personnels, j'ai cru les devoir sacrifier et sapctifier psff un profond silence. i>
Pourtant, il est juste de dire que Vcw eut quelques égards pour elle, € Il faut mettre M"^ Çuyqn 4^ns un^ bonne cl^ambre, écrivait Poptcbartrsûi) k HK, du Jupca, et la bien traiter (2). n Pu Junca nnus apprend que Um Guyon fut mise dans la seconde chf^mbre de la tour du Trésor, que Desgrez {ui fit porter deux cltarretées de meubles, qu'on lui donna, avec l'approbation de l'archevêque, une femme de chambre pour )a servir. Dans une lettre du 3 mai 1690, Popchartrain recom-: mande k Saipt-Mars, gouverneur de la Bastille, de ne donner k ses prisonniers d'autre confesseur que l'aumi^ nier, ^ de la fidélité du(|uel vous êtes sûr. » V^ Guyon en avait demandé un autre ; pn §e rendit, jusqu'k Uff certain point, k son désir. « Quant k M"'' Guyon, ajoute le ministre, ne luy donnez pour confesseur que celuy
(1) Vie de Af«« Guyoriy 3» pari., chap. xx.
(2) 31 mai 1698.