CHAPITRE XVin. - PERNIÈRES ANNÉES
que M. Tarcbevesque vous dira (1). > Au mois d^aoAt, M""* Guyon a besoin d'un prie-Dieu. C'est pour elle une occasion de demander, en même temps, la consolation de yoir sa fille, ne fOt-ce que de loio, par la fenêtre de la tour. « A Tesgfllrd du prie-Dieu, écrit Ponchartrain ail gouverneur, parlezren k M. Tarcbevesque, et s'il le trouve à propos, on 1^ fera. Pour M^"" de Vaux, il est inutile qu'elle la voie, de près ni de loin (2). »
Pn continuait eapendant les recbercbes, dans l'espoir toujours déçu, mais toujours caressé, de découvrir, à la fin, quelque vérité scandaleuse. On n'aboutit jamais fl rieu (3),
Enfin, au uiois de janvier 1703, les rigueurs cessé* reut. « Le roy trouve bon que M**" Guyon voie ses enfants (4). ^ Il y avait sept ans qu'elle ne les avait vus. Ils la trouvèrent dans un état affreux. Ce n'est pas im* punémcpt, en effet, qu'une pauvre femme, infirme et maladive, passe sept années de sa vie au milieu des privations, des vexations, des angoisses, k Vincennes, k Vaugirard, pire que Vincennes, ou même « dans une bonne chambre » de la Bastille ; c'est-k-dire, il ne faut pas s'y tromper, dans une sorte de cachot fermé d'une double porte, k grosses clefs et k gros verroux, qui ne reçoit un peu d'air et de lumière que par une petite fenêtre grillée, pratiquée dans un mur de dix pieds d'épaisseur ; * sans rien savoir de ce qui se passe autour d^elle; sans
(1) Correspondance administrative sous le règne de Louis XIV t. II. p. 772.
(8) Pontcharlrain à Saint-Mars, 3 août 1699. (Corresp. admin,)
(3) Lettre de Pontchartrain à d'Argenson, 15 octobre 1700. — Du même à Bemaville. (Corresp. admin.y t. II, p. 796.)
(4) Pontchartrain à Saint-Mars, 81 janvier 1706.
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nouvelles du monde, ni de ses enfants ; sans consolation et à peu près sans espérance.
Les enfants de M""^ Guyon firent des démarches ; le P. Martineau, son confesseur, en fit aussi (1) ; larchevêque de Paris, naturellement porté k la douceur, employa son crédit, et, le 21 mars 1703, le roi' écri\ît au gouverneur de la Bastille :
€ Je vous escris cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous remettiez la dame Guyon, qui est détenue dans mon chasteau de la Bastille, entre les mains du sieur Guyon, son fils, pour demeurer avec lui pendant le temps de six mois, en observant par vous de faire faire audit sieur Guyon sa soumission de la représenter toutes et quantes fois qu'il en sera requis et de répondre, en son propre et privé nom, qu'elle n'aura aucune communication, de vive voix ni par escrit, avec qui que ce soit (2). »
Le même jour, Poncliarlrain écrit a d'Argenson : « La dangereuse maladie de M'""" Guyon a déterminé le roi k la faire sortir de la Bastille pendant six mois, d Le secrétaire d'État mentionne ensuite la lettre du roi. « Ainsi, continue-t-il, vous prendrez, s'il vous plaist, la peine de faire faire au sieur Guyon la soumission qui y est contenue, et vous Taverlircz que si S. M. apprenait qu il y eust contravention en aucune manière, elle et luv seraient incontinent conduits k la Bastille (3). »
(1) Méin. de Le Dieu, t. II, p. 401.
(2) Corrcap. ad min, sous le rrgne de Louis X7V, t. II, p. 747. Le roi tenait à ce que le public ne sût rien de ce qui se passait dans les prisons d'État. V. aussi p. 804.
(3) Con^esp, adviin,, p. 747.