‹ Madame GuyonChapitre 26 sur 156 · UL VOCATION · texte numérisé non relu

UL VOCATION

La mort mystique. — La vie nouvelle. — La vocation. — M** Guyon quitte sa famille. — Arrivée en Savoie. — Alarmes et remords. — Le P. Lacombe directeur de M»* Guyon. — Les Nouvelles-Catholiques de Gex. — Les Ursulines de Thonon. — M»* Guyon quitte le diocèse de Genève.

« Après avoir passé douze ans et quatre mois dans les croix du mariage, » M""^ Guyon restait k vingt-huit ans sans parents, sans amis, sans conseil. Dieu, qui lui avait tout ôté, semblait, dit-elle, s'être retiré lui-même. Il ne restait auprès d'elle que sa belle-mère, qui ne la pouvait souffrir, et trois enfants : deux fils dont laine avait dix ans, Tautre deux, et une fille, qui venait de naitre. Si elle n'avait eu que son fils aine, elle laurait mis aji collège et se fût retirée chez les Bénédictines ; mais avec deux enfants si jeunes, elle n'y pouvait point penser. Elle le comprit.

M""* Guyon se trouvait fort riche. Elle avait, outre ses biens personnels, la garde-noble de ses enfants, c'està-dire, avec leur tutelle, la jouissance de la fortune de

son mari. Cette fortune s*élevait k quarante mille livres de rentes, faisant, en valeur relative, au moins deux cent mille francs d aujourd'hui.

Malgré les conseils qu'on lui donnait, M'"'' Guyon q^ voulut point quitter sa belle-mère. Même elle tint à garder une méchante domestique qui, du vivant de son mari, Favait fait beaucoup souffrir. Pendant qu'eHe se montrait ainsi miséricordieuse et bonne, son état intérieur était affreux. Ses appétits s'étaient réveillés avec force ; dès qu'une chose lui semblait bonne, elle en avait envie : il la lui fallait ; une parole qui venait à ses lèvres, elle ne pouvait la retenir ; cette fortune qu'elle avait tant dédaignée, elle s'y attachait k présent, elle y mettait son cœur. L'oraison lui était devenue un supplice ; elle sentait en elle le dégoût db bien et un penchant effroyable au mal. « 11 ne me restait, dit-elle, qu'une assurance de ma perte, ô mon -Dieu, et de ne vous aimer jamais... Le poids de la colère de Dieu m'était continuel. Je me couchais sur un tapis, et je criais de toutes mes forces, dans le sentiment où j'étais du péché, et dans la pente que je croyais avoir k le commettre : « Damnez-moi et que je ne pèche pas ! Vous en- € voyez les autres en enfer par justice ; donnezle-moi par « miséricorde (1). »

Elle ne pouvait manger ni dormir ; elle passait le jour k souffrir en silence, la nuit a gémir et k pleurer ; sa fréle nature était épuisée ; il lui sembla qu'elle allait mourir. Puis, comme si ce n'était pas assez encore, c cette inclination d'être damnée plutôt que de pécher,

(1) Vie de Af»* Guyon, chap. xxni.

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