CHAPITRE IV. - LA VOCATION
trouve ; ici, c'est un état permanent, une perte durable, semblable k celle d'une goutte d'eau qui, jetée dans la mer, s'y mêle et s'y confond de manière k ne se retrouver plus jamais. Et cependant, au témoignage de M** Guyon, la liberté humaine, dans ce mystérieux état, n'est pas détruite : « Mon àme, dit-elle, trouvait qu'une autre volonté avait pris la place de la sienne ; volonté toute divine, qui lui était cependant si propre et si naturelle qu'elle se trouvait infiniment plus libre dans cette volonté qu'elle ne l'avait été dans la sienne propre (1). »
M"** Guyon avait donc passé par trois états différents qui sont comme trois degrés successifs dans le développement de sa vie mystique.
Au début, c'est la mort des sens, le renoncement k son propre esprit, k sa volonté et la conformité de sa pensée k la pensée de Dieu, de sa volonté k la volonté de Dieu. C'est « l'union des puissances, » premier degré de la vie mystique.
A cet état, l'âme, dépouillée de tout ce qui lui est propre, reste encore attachée aux dons de Dieu en elle, aux inspirations, aux consolations de la grâce, k ses bons désirs et k ses vertus ; il faut qu'elle y renonce et qu'elle entre, par la privation de tout appui divin, comme de tout appui humain, dans la mort mystique.
Puis vient la renaissance, la vie nouvelle, l'état parfait, permanent, définitif, qui consiste k être uni kDieu, non plus seulement par les facultés, mais par la substance même de son âme. « En perdant tous les dons, je
(!) Vie de !£■• Gttyan, chap. xxvm.
trouvai le donateur ; eu vous perdant, mon Dieu, en moi, je vous trouvai en vous-même pour ne plus vous perdre. »
Le lendemain de la mort de son mari, M"^ Guyon avait renouvelé son mariage avec TEnfant Jésus. Dans la suite, plusieurs partis considérables se présentèrent, surtout un gentilhomme, dont la naissance et les grandes qualités auraient pu solliciter son cœur. Elle ne jugea pas k propos de tenter une nouvelle épreuve. « Quand un roi se serait présenté, je Taurais, dit-elle, refusé avec plaisir, pour vous faire connaître, ô mon Dieu, qu'avec toutes mes misères, je voulais être k vous seul. »
C'est Genève qui l'appelait ; pourquoi ? Elle n'en savait rien. Sa dévotion k saint François de Sales, et la présence en ces lieux du P. La Combe, n'étaient apparemment pas sans influence sur la direction de ses désirs.
Un jour qu'elle était k Paris pour ses affaires, elle entra dans une église pour se confesser, et s'adressa k un prêtre qui se trouvait Ik, qu'elle ne connaissait point et ne revit jamais. Après la confession, il lui dit : « Je ne sais qui vous êtes ; mais je me sens un (ort mouvement intérieur de vous dire que vous fassiez ce que Notre-Seigneur vous a fait connaître qu'il voulait de vous ; je n'ai que cela k vous dire. » « Je lui répondis : « Mon père, je suis une pauvre veuve, qui ai de petits en- « fants de quatre ans et de six ans ; qu'est-ce que Dieu « pourrait vouloir de moi autre chose que de les élever? » Il me dit : c Je n'en sais rien ; vous savez bien si Dieu « vous a fait connaître qu'il voulait quelque chose de vous ;