‹ Madame GuyonChapitre 30 sur 156 · CHAPITRE IV. - LA VOCATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. - LA VOCATION

c et si cela est, il n*y a rien qui doive vous empêcher de c faire sa volonté. » Cela, ajoute M'"'' Guyon, me surprit fort. Je ne laissai pas que de me disposer k tout quitter. Je me laissais aller doucement k ce que Ton me disait être la volonté de Dieu (1). »

Comme elle était dans ces dispositions, un Dominicain de ses amis vint la voir. Elle le consulta ; il demanda trois jours pour prier et pour réfléchir, c II me dit, après ce temps, qu'il croyait que c'était la volonté de Dieu que j'allasse en ce pays-lk ; mais qu'afm d'en être plus assurée, il fallait voir l'évêque de Genève ; que s'il approuvait mon dessein, c'était une marque qu'il était de Dieu ; que s'il le condamnait, il n'y fallait plus penser. » On apprit, sur ces entrefaites, que l'évêque de Genève se trouvait alors k Paris.

Jean d'Aranthon, évêque de Genève, était un pieux prélat, désintéressé, modeste et plein de confiance en Dieu. Il était venu entretenir le roi des besoins de son diocèse, et il cherchait le moyen de fonder k^ Genève une communauté de Nouvelles-Catholiques, sur le modèle de celles de Paris. Arrive M"® Guyon, embarrassée de cinquante mille livres de rente. Elle dit qu'elle se croyait appelée k Genève, pour y employer son bien en bonnes œuvres, et demande k M. d'Aranthon son avis. L'évêque lui répondit que son dessein était du ciel, et qu'il n'y avait pas k en douter. Il retourna presque aussitôt dans son diocèse : un grand scandale venait d'y éclater. « Dépêchons-nous, disait-il, en versant des larmes ; mon ab-

(1) Vie de M^ Guyon, chap. xix.

sence fait plus de mal k mon diocèse, que je ne pourrai lui faire de bien, dans le temps qui me reste k vivre (1). »

« Sitôt, dit M"** Guyon, que je crus que c'était votre volonté, ô mon Dieu, je ne voyais rien sur la terre qui fût capable de m'arréter. Mes sens ne laissèrent pas d'être abandonnés k la peine que peut causer une telle détermination, dans une personne qui est mère et qui aime ses enfants ; et sitôt que je faisais réflexion, le doute entrait dans mon esprit. » Mais la foi, l'ignorance et la piété étouffaient aussitôt les doutes. « Je résolus d'aller comme une folle, sans pouvoir dire ni motif, ni raison de mon entreprise. On m'assurait que vous le vouliez, ô mon Dieu, et c'était assez pour entreprendre les choses les plus impossibles. »

Pauvre femme ! et que ne lui fut-il donné d'entendre la voix de Bossuet : c II faut s'attacher aux choses que Dieu demande de nous par sa volonté déclarée, c'est-kdire par sa loi... Pour celles que nous croyons que Dieu nous demande par des instincts particuliers, elles sont sujettes k grand examen, et je vous donne pour règle certaine que, pour peu qu'elles nous excitent de trouble, il n'y a, sans hésiter, qu'k les laisser Ik (2). »

Voila le langage de la religion, et en même temps de la raison et du bon sens, qui ne gâtent rien, même k la piété.

M™*' Guyon mit secrètement ordre k ses affaires, attendant le moment de Dieu. Tout cependant semblait

(1) La Vie de Mesaire Jean d*Aranthon, évéque et prince de Genève. Lyun, 1698. — L'auteur de ce livre est Dom Innocent Masson, général des Chartreux.

(2) Lettre de Bossuet à M»* de La liaisonfort, 6 mars 1€07.

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