CHAPITRE IV. - LA VOCATION
de se voir débarrassée des biens, des honneurs et des embarras du siècle. »
La veille de la Madeleine, elle arrivait à Annecy. Le lendemain, M. d'Aranthon dit la messe pour les voyageuses, sur le tombeau de saint François de Sales, et ]^me Guyon renouvela son mariage mystique, ce qu'elle faisait tous les ans. Elle se sentait intimement unie à saint François de Sales, Tâme étant, selon elle, unie en Dieu plus ou moins étroitement avec les saints, k proportion de la conformité qu'il y a entre les sentiments qu'elle éprouve et ceux que les saints ont eus sur la terre. Il se fait alors de la terre au ciel une communication mutuelle : « c'est une requête d'ami à ami, en celui qui les unit tous d'un lien immortel. »
On partit d'Annecy le même jour ; le lendemain on était k Genève, et le soir, k Gex. Les voyageuses, harassées de fatigue, entrèrent dans l'établissement qui leur avait été préparé : il y avait les quatre murs. « Alors, dit M"* Guyon, toute foi aperçue me fut ôtée, et il me resta une espèce de certitude que j'étais trompée. Le doute s'empara de moi en un point que je ne pouvais retenir mes larmes. Je voyais ma fille fondre et maigrir, manquer de tout ; je la voyais comme une victime, que j'avais immolée par mon imprudence. »
Cependant M. d'Aranthon avait écrit au P. La Combe de venir k Gex consoler les dames françaises. « Sitôt que je vis le Père, dit M*°* Guyon, il me sembla qu'une plénitude de gr&ce venait de lui k moi, et retournait de moi k lui, en sorte qu'il éprouvait le même effet... Il n'y avait rien d'humain ni de naturel ; et cette union toute pure et sainte, qui a toujours subsisté et même aug-
mente, n*a jamais arrêté ni occupé Tâme un moment hors de Dieu. »
M""' Guyon n*avait point encore éprouvé ces mystiques influences, qui reparaîtront dans sa vie.
Le P. La Combe raconta les miséricordes que Dieu lui avait faites. Son récit était mêlé de circonstances si extraordinaires que M"* Guyon, qui n'était pas encore familiarisée avec ces choses, craignit que ce ne fussent des illusions. Mais, la nuit suivante, elle fut soudainement réveillée, et au milieu d'un écoulement de grâce si douce, si pénétrante et si pure qu'elle n'avait jamais rien éprouvé de pareil, une voix se fit entendre qui disait : « II est écrit de moi que je ferai votre volonté (1). » Elle demanda k Dieu ce qu'il voulait, et aussitôt il lui fut répondu : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Elle entendit encore la voix de Dieu la nuit suivante, et le lendemain, après la messe, le P. La Combe lui dit qu'il avait une certitude bien grande qu'elle était une pierre destinée de Dieu k être le fondement d'un grand édifice.
M""* Guyon accueillait ces sortes de révélations avec une confiance absolue. Elle les regardait comme étant d'un ordre bien supérieur aux visions, aux apparitions, aux extases. Voici pourquoi. Dans l'union de l'âme k Dieu par les puissances, l'âme ne reçoit rien de Dieu que par l'intermédiaire des facultés, qui sont sujettes k l'illusion. Mais dès qu'on est une fois arrivé k l'union
(1) Ps. xxxiv, 8.