‹ Madame GuyonChapitre 33 sur 156 · CHAPITRE IV. - L'A VOCATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. - L'A VOCATION

intime et substantielle, on reçoit tout d*une manière directe, immédiate. Et les choses qu'on apprend ainsi ne semblent point extraordinaires, ni prophétiques. Fondue en Dieu, pour ainsi dire, Tâme y voit tout k la manière de Dieu même : le présent, le passé, Tavenir sont Ik comme dans une sorte de « moment éternel. » Comment les choses s'accomplissent-elles ? L'âme n'en sait rien, mais elle ne doute pas qu'elles ne s'accomplissent; car c'est le Verbe qui les lui annonce, et c'est lui qui Tes opère : Dixit et facta sunt.

Au milieu de ces étranges entretiens et de ces spéculations hardies, M'"'' Guyon était ramenée aux réalités de la vie par une voix puissante et assurément divine, le cri de son cœur de mère. Sa petite fille ne retrouvait point en Savoie les habitudes ni la nourriture de la France, « Je la voyais tous les jours maigrir et devenir k rien. Cela me réduisait comme k l'agonie, et il me semblait qu'on me déchirait les entrailles. Tout ce que j'avais de tendresse pour elle se renouvela, et je me regardais comme sa meurtrière. J'éprouvais ce que souffrit Agar, lorsqu'elle s'éloigna de son fils Ismaël dans le désert, pour ne le point voir mourir. Il me paraissait que, puisque j'avais bien voulu m'exposer sans raison, je devais au moins avoir épargné ma fille (1). »

Quelque temps après, l'évéque de Genève vint k Gex et donna k M** Guyon le P. La Combe pour directeur. Elle eut une grande joie de voir, dit-elle, que l'autorité extérieure s'accordait ainsi avec la grâce; elle s'accordait surtout avec ses secrets désirs. Bientôt elle

(1) Vie de M"« Guyon, 3* part., chap. n.

tomba malade, par suite des secousses morales qu'elle avait éprouvées, et aussi des privations au milieu desquelles il lui fallait vivre ; car elle n'avait rien dont elle pût disposer : tous ses revenus, qui lui arrivaient de France, et qui étaient considérables, étaient sur le champ touchés par les sœurs. Les médecins la jugèrent en danger.

On avertit le P. La Combe. Il partit aussitôt de Thonon, fit huit grandes lieues k pied, pendant la nuit, et arriva k Gex. <r Sitôt, dit M""" Guyon, qu'il entra dans la maison, sans que je le susse, mes douleurs s'apaisèrent; et dès qu'il fut entré dans ma chambre et qu'il m'eut bénie, m'appuyant les mains sur la tète, je fus guérie parfaitement, en sorte que je fus en état d'aller k la messe. »

Comme il lui restait une forte toux, il fut convenu qu'elle irait chez les Ursulines de Thonon, où elle avait mis sa fille, pour y prendre du lait pendant quinze jours. Elle partit donc avec le P. La Combe. Quand ils furent embarqués sur le lac de Genève, le P. La Combe dit : « Que votre toux cesse ; » et elle cessa.

Les annales de la médecine sont pleines de semblables guérisons ; c'est k l'influence du moral sur le physique qu'il convient de les rapporter. M"*** Guyon les rattache ingénieusement k ses théories mystiques ; c'est, pour elle, une conséquence de l'union substantielle de l'âme avec Dieu. De même, en effet, que l'intelligence voit alors, dans la pensée de Dieu, les mystères de l'avenir, la volonté se trouve, de son côté, investie d'une puissance merveilleuse. Car, sitôt qu'elle veut Quelque chose, comme c'est Dieu qui le lui fait vouloir, ou plu-

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