‹ Madame GuyonChapitre 34 sur 156 · CHAPITRE IV. — LA VOCATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — LA VOCATION

tôt qui le veut en elle, c^tte volonté a forcément son effet : a peine a-t-elle voulu, que la chose est faite (1).

Arrivée chez les Ursulines de Thonon, M"*® Guyon se trouva parfaitement rétablie. Elle se mit en retraite, au lieu de prendre du lait. C'est alors qu'elle fit pour toujours les vœux, qu'elle n'avait faits que pour un temps, de pauvreté, de chasteté, d'obéissance. « J'avoue, ditelle, que je ne sais ni pourquoi ni comment je fis ces vœux. Je les fis cependant, parce qu'on me disait de les faire ; et je suivais sans choix, sans penchant et sans répugnance ce que l'on me disait de faire. »

On fit grand bruit de la guérison. Les médecins, qui étaient protestants, ne voulaient pas croire au miracle ; les Ursulines, qui étaient dévotes, y crurent un peu trop. Elles écrivirent de tous côtés, et recueillirent d'abondantes aumônes : n'a-t-on pas quelque droit aux bienfaits des hommes, quand on a pour soi les faveurs du ciel?

Cependant le bruit du départ de M"" Guyon s'était répandu en France. Ce fut une réprobation générale contre cette mère qui avait abandonné ses enfants. Sa guérison miraculeuse vint k propos pour ramener les esprits k elle. Les personnes pieuses, entre autres M"^ de Lamoignon, lui écrivirent pour la féliciter; il fut même question de faire imprimer une relation du miracle.

Les parents de M"*® Guyon cherchèrent d'abord k la faire revenir. N'ayant point réussi, ils n'insistèrent pas ;

(1) Vie de M** Guyon, 2* part., chap. m.

ils s'occupèrent de sauver la fortune. Ils engagèrent donc M'"'' Guyon k se dessaisir de la gardennoble de ses enfants et, en outre, k leur faire abandon de ses biens personnels, moyennant une pension viagère. Elle reçut une procuration et la signa, sans consulter, c Je me défis de Aion bien, dit-elle, avec plus de joie que ceux qui me le demandaient n'en pouvaient avoir. C'est une chose dont je n'eus jamais ni repentir, ni chagrin (1). >

D'autres en furent peines pour elle. Était-ce, en effet, pour finir ainsi que M. d'Aranthon l'avait crue appelée de Dieu k venir au diocèse de Genève ? Du moment que ]y[aie QyyoQ g^ trouva sans fortune, elle ne rencontra plus, autour d'elle, les mêmes visages ni les mêmes égards.

Son directeur était, comme nous l'avons dit, le Père La Gombê ; mais elle avait pour confesseur l'abbé Garrin, doyen de Gex, qui était en même temps supérieur et confesseur des Nouvelles-Catholiques. Il avait ainsi dans la maison une autorité absolue. De plus, il jouissait d'un grand crédit auprès de M. d'Aranthon, si bien qu'on l'appelait le Petit-Êvêque. C'était, au témoignage de l'abbé Phelippeaux, un homme d'esprit et de vertu; oui. Il quelque chose près. Il était de l'école de ces opérateurs a outrance, qui n'ont de goût que pour les bras cassés et les maladies mortelles. M'"'' Guyon lui accusait ses fautes, avec la sincérité qu'elle y mit toujours , mais sans pouvoir le contenter. 11 lui en fallait davantage ; il ne voulait pas comprendre qu'une jeune veuve n'eût pas de plus gros péchés. M"*" Guyon remarque, avec une in-

(1) Vie de Af*« Guyon, 2» part., chap. v.

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