CHAPITRE IV. - LA VOCATION
génuité adorable, qu'elle n'avait pas occasion d'en CaJre, élant renfermée dans un couvent. Encore avait-elle soin d'accuser, selon la coutume, avec ses fautes légères, quelque gros péché d'autrefois, pour s'exciter au repentir et donner matière au pardon. Mais ce n'était pas ce que voulait le confesseur : il lui fallait de grosses fautes, et qui n'eussent pas encore été pardonnées. M'"" Guyon imagina, pour le satisfaire, de prendre k chaque fois, dans ses souvenirs, un vieux péché mortel, et de le dire avec les autres, comme s'il eût été d'hier. Seulement, avant de s'y mettre, elle en écrivit au Père La Combe. Le P. La Combe répondit que cela ne se pouvait point, et le Petit-Êvéque fut réduit k ne s'entendre dire que des peccadilles de couvent (1).
Parmi les religieuses venues de Paris k Gex, il y en avait une qui était lort belle. Garrin n'eut pas la sagesse de s'en point apercevoir ; il s'occupa de la belle religieuse, et finit par l'engager a faire une retraite particulière, sous sa direction. La jeune fille se laissait aller, trop innocente pour rien prévoir. « J'aurais mieux aimé, s'écrie M"** Guyon effrayée, voir mourir un de mes enfants. » Elle empêcha tout. « Ce fut, dit-elle, la cause de toutes les persécutions qui m'arrivèrent. »
Ce n*est guère impunément, en effet, que l'on rend de pareils services. M"** Guyon s'était fait un ennemi mortel. Garrin se mit a la décrier, elle et le P. La Combe; il ne se donna point de repos qu'il n'eût mis hors du couvent cette femme austère et timorée, qui ve-
(1) Vie de M** Guyon, 2* part., chap. v.
nait ainsi la gêner dans Texercice de son ministère, et dans les préférences de son cœur.
Il essaya d abord de la fatiguer, de la dégoûter, et s'attacha, pour y réussir, la sœur économe et la supérieure. On commença par ôter k M"' Guyon les deux « filles qu elle avait amenées avec elle ; puis on la mit elle-même au service du couvent : on la fit sacristine ; c'est elle qui balayait Téglise et lavait les linges de Tautel. Elle endurait tout en silence, et la belle religieuse, pleine d'admiration pour ses vertus, s'attachait tous les jours plus étroitement k elle.
11 fallut avoir recours k d'autres moyens, car on ne pouvait pas garder plus longtemps une personne gênante, qui posséderait les secrets du couvert et qui, restant libre, pourrait k tout moment les emporter avec elle. La renvoyer, c'était dur ; et surtout c'était dangereux. Mais n'était-il pas possible de lui faire comprendre qu'elle se trouvait dans une position irrégulière, qui ne pouvait durer toujours, et que le moment semblait venu pour elle de s'engager ou de sortir? Elle sortirait, selon toute apparence ; car elle ne se gênait pas de dire qu'elle n'avait aucun goût pour les Nouvelles-Catholiques, ni pour leur manière d'opérer les conversions ou d'attirer les aumônes. Si elle s'engageait pour rester, Garrin, devenu son maître, ne craignait plus rien.
M. d'Aranthon, bon et faible, entra aisément dans les vues du Petit-Évêque. On n'eut pas de peine k lui persuader que l'on n'agissait en cela que par zèle pour les Nouvelles-Catholiques, et par amitié pour M"** Guyon. Le temps, du reste, n'était-il point passé de témoigner tant d'égards a cette femme, qui n'avait plus rien, et