‹ Madame GuyonChapitre 42 sur 156 · CHAPITRE V. - LA VIE ERRANTE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. - LA VIE ERRANTE

plie d'écueils. Au sommet de la montagne était un jardin environné de haies, et qui avait une porte fermant k clef. « Nous y frappâmes, mais ma compagne redescendit ou resta à la porte, car elle n'entra point avec moi. Le maître me vint ouvrir la porte, qui fut refermée k rinstant. Le maître n'était autre que Tépoux, qui m'ayant prise par la main, me mena dans le bois... Il y avait dans ce bois une chambre, où Tépoux me mena, et dans cette chambre deux lits. Je lui demandai pour qui étaient ces deux lits. Il me répondit : « Il y en a « un pour ma mère, etTautre pour vous, ftion épouse... » Je me réveillai là-dessus (1). » Voilà un exemple frappant des singuliers effets produits dans les âmes par ces libres interprétations du Cantique, dont Fléchier et Bossuet nous ont déjà signalé les périls.

j[a»e QuyQii ne séjourna pas longtemps à Turin. Ses ennemis de Gex l'y poursuivirent; Févêque de Genève s'en mêla. Le fils aîné de M™*" Guyon arriva sur ces entrefaites. Il venait chercher sa mère ; sa grand'mère venait de mourir (hiver de 1684.). Mais comme la saison était très-rigoureuse et que d'ailleurs les affaires avaient été arrangées sans elle. M"* Guyon ne voulut point partir. Bientôt la cour de Turin s'émut de tout ce qui se disait d'elle et du P. La Combe. La marquise de Pruney, par ordre apparemment, quitta la ville pour aller habiter ses terres, et M*"*" Guyon vit se réaliser pour elle ces paroles de l'Évangile, qui l'avaient déjà vivement frappée : « Les petits oiseaux ont des nids, et les renards des tanières ; mais le fils de

(1) Vie de AT»» Guyon, 2« part., chap. xvi.

rhomme n'a pas où reposer sa tête (1). » Elle songeait à mettre sa fille aux Visitandines de Turin, et à s'y retirer elle-même, quand le P. La Combe arriva inopinément de Verceil, et lui dit qu'il fallait retourner en France. « Je partis donc, dans le dessein de m'en aller k Paris souffrir toutes les croix, et essuyer toutes les confusions qu'il plairait à Dieu de me faire souffrir. » La Combe, sur l'ordre de son provincial, l'accompagna à travers les montagnes.

M*"* Guyon passa par Grenoble, pour y voir une de ses amies ; mais quand elle fut arrivée, cette amie et le P. La Combe l'engagèrent 'a s'y établir. Elle mit sa fille dans un couvent, et le P. La Combe reprit le chemin de Verceil.

Grenoble avait pour évéque Etienne Le Camus. Jadis aumônier du roi, courtisan et libertin, il était alors converti, et faisait pénitence. Il aimait k dire que l'on avait autrefois raconté de lui plus de mal qu'il n'en avait fait, et que l'on en disait, k présent, plus de bien qu'il n'en savait faire.

C'était vraiment un savant, un saint évêque, qui travaillait, priait, jeûnait, ne mangeait que des légumes et coudtait sur les planches. Il gardait étroitement la résidence, disant « qu'il faut être bien a la cour et n'y aller jamais. ]> Il n'osait pas même aller voir ses amis. « Ce plaisir, écrivait-il, m'aurait coûté trop cher, s'il me coûtait la perte d'une âme. »

Mais quel diocèse il avait k gouverner! Un clergé ignorant et débauché, comme le clergé d'Italie ; des moines

(1) BlATTH., VIII, 20.

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