LA DOCTRINE
I. Le Moyen court. Nécessité, facilité, efficacité de l'oraison. — Union avec Diea, anéantissement de soi. — Fécondité de cette union : les vertus. — Conciliation de Faction prédominante de Dieu et de Tactivité personnelle. — Actes sensibles et actes insensibles. — Les actes de la vie chrétienne dans Fétat mystique. — Approbation, propagation du Moyen court. — Jugement de Bossuet. — II. Les Torrents, Les trois voies pour arriver à Dieu : la voie active de la contemplation, la voie passive de lumière, la voie passive en foi et ses différents degrés. — Les opérations de Dieu dans les âmes : les plus belles actions rendues faciles; la vanité et Thumilité impossibles. — Persistance de la personnalité humaine dans Tabsorbement en Dieu. — Transformation de la liberté. — Permanence de l'état des par&its. — Progrès indéfini.
Le renoncement à toutes les douceurs de la vie, à son propre esprit, k sa volonté, à tout son être ; l'abandon de soi à Dieu, k la raison et k la volonté de Dieu; Tindifférence k tout le reste : telle est la pensée dominante de M"® Guyon et comme le fond de ses dispositions mystiques.
La règle élevée de sa conduite, c'est la soumission k la volonté de Dieu. Une crédulité aveugle et supersti-
lieuse k prendre pour la volonté de Dieu tout ce qu*on lui dit Tétre ; une résignation trop absolue, qui ressemble au fatalisme et tue Teffort de la liberté : voilà soo tort et son malheur. L équilibre est rompu dans cette âme : la raison, le jugement, la volonté y sont faibles; la sensibilité et Timagination, vives et fortes ; les influences d'une organisation nerveuse, délicate et maladive s'y mêlent aux suggestions de Tignorance, aux inspirations de la foi, peut-être aussi à quelque intervention surnaturelle, qui n'est point évidente, qui n'est pas impossible, et que nous ne voulons ni reconnaître, ni contester. De là ce mélange d'illusions, de rêves, de faits singuliers, de théories ingénieuses et de spéculations hardies : la perte en Dieu, l'amitié mystique, les communications silencieuses, la connaissance de l'état des âmes, les prédictions, les miracles, l'interprétation inspirée de l'Écriture, et toutes ces cliôses que M"* Guyon explique par Tunion des facultés de l'âme humaine à la raison et k la volonté de Dieu.
Dans ses mémoires, écrits pour son directeur et par son ordre, M"* Guyon raconte ingénument toutes les expériences de sa vie mystique. Mais elle a, d'un autre côté, réuni ses idées pour en faire un corps de doctrine. Cette doctrine est renfermée dans deux petits livres : le Moyen court et les Torrents,
C*est k Grenoble, dans les premiers mois de 1685, que fut imprimé le Moyen court (1). Le but de l'auteur est de porter tout le monde a aimer Dieu. Elle possède une
(1) Moyen court et très- facile de faire oraison ^ que tous peuvent pratiquer très-aisément, et arriver par là dans peu de temps à une haute perfection.