CHAPITRE VI. - LA DOCTRINE
méthode qui lui semble facile et sûre; elle l'expose et la soumet..
Tous doivent faire oraison, car tous doivent aimer Dieu; or, Toraison, qu'est-ce autre chose que l'exercice intérieur de l'âme, et son application à Dieu?
S'il est vrai que tous doivent faire oraison, il ne l'est pas moins que tous le peuvent : « Mes très-chers frères, qui que vous soyez, qui voulez vous sauver, venez tous faire oraison. Vous devez vivre d'oraison, comme vous devez vivre d'amour... Que ceux qui sont sans cœur ne viennent pas, car il faut un cœur pour aimer; mais qui donc est sans cœur ? »
Que tout le monde ne puisse pas méditer, que la plupart même en soient incapables, c'est vrai. Mais ce n'est pas la méditation que Ion demande ici, ce n'est pas l'oraison de la tète, c'est l'oraison du cœur ; c'est une chaleur d'amour qui fond, pour ainsi dire, et dissout l'âme, et la fait monter, comme un parfum, vers le ciel. Or, qu'y a-t-il de plus facile que de trouver Dieu et de l'aimer? Il est en nous plus que nous-mêmes, et il aspire k se donner à nous, plus que nous 'a le posséder. Ainsi, qui que vous soyez, artisans, enfants et femmes, « vous pouvez vivre de l'oraison et de Dieu même, aussi aisément et aussi continuellement que vous vivez de l'air que vous respirez. »
Rien ne vient troubler, en effet, cette oraison du cœur, ni les opérations de l'esprit, ni celles du corps : il n'y a que les affections déréglées qui puissent l'interrompre ; mais lorsqu'on a une fois goûté Dieu et la douceur de son amour, il est impossible d'aimer autre chose que lui.
Se détourner ainsi de la créature pour aller k Dieu, c'est, proprement, se convertir. Or, cela se fait naturellement et sans effort, parce que Dieu est notre centre. Il a une vertu attirante, qui sollicite Tâme, qui Tenlève, qui Tattire de plus en plus fort, et la rend, en même temps, plus pure et plus belle, « comme on voit le soleil attirer a soi une vapeur grossière ; et en rapprochant de soi, il la subtilise et la purifle. »
Du reste, il ne se faut point étonner de cette facilité de Toraison. Tout ce qu'il y a de plus grand dans la religion est ce qu il y a de plus aisé. Les sacrements les plus nécessaires sont les plus faciles. De même dans les choses naturelles. Voulez-vous aller a la mer? Embarquez-vous sur une rivière, et insensiblement, sans effort, vous arriverez. Voulez-vous aller a Dieu? Prenez cette voie si douce, si aisée ; et en peu de temps, vous y serez, d'une manière qui vous surprendra.
L'âme une fois arrivée au but et unie k Dieu, que se passe-t-il ? « Oh ! si Ton savait les biens qui reviennent a Tâme de cette oraison, on ne voudrait rien faire autre chose. » Jouir de Dieu, n'est-ce pas la lin pour laquelle nous avons été créés? N'est-ce pas, en outre, un moyen court et assuré d'acquérir la vertu ? Car Dieu étant le principe de toute vertu, n'est-ce pas posséder toute vertu que de posséder Dieu ?
C'est encore la voie la meilleure et la plus assurée, pour arriver à la mortification des sens. L'âme, en effet, regardant en soi, pour y trouver Dieu, se détourne, par là même, du monde extérieur, et le néglige; k mesure qu'elle s'approche de Dieu, elle s'éloigne des sens, qui