‹ Madame GuyonChapitre 51 sur 156 · CHAPITRE VI. - LA DOCTRINE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. - LA DOCTRINE

dépérissent ; unie a Dieu, elle est totalement détachée de tout ce qui se trouve autour d'elle ; toute son activité, toute son énergie sont au dedans, rien au dehors : c'est la mort des sens.

Or, se séparer ainsi des sens d'abord, puis de son propre esprit, de sa propre volonté, pour s'abandonner à Dieu, c'est le fond même de la vie mystique : « L'abandon est ce qu'il y a de conséquence dans toute la voie. » Il faut donc se convaincre que ce qui nous arrive de moment en moment, arrivant par la volonté de Dieu, est précisément ce qu'il nous faut ; il faut ne vouloir que ce que Dieu a voulu dès son éternité, « être indifférent à toutes choses, soît pour le corps, soit pour l'âme, pour les biens temporels et éternels ; laisser le passé dans l'oubli, l'avenir 'a la Providence, et donner le présent k Dieu ; nous contenter du moment actuel, qui nous apporte avec soi l'ordre éternel de Dieu sur nous ; ne rien attribuer à la créature de ce qui nous arrive , mais regarder toutes choses en Dieu, et les regarder comme venant infailliblement de sa main, à la réserve de notre propre péché (1). » Soyez donc contents de ce que Dieu vous fera souffrir. « Si vous l'aimez purement, vous ne le chercherez pas moins sur le Calvaire que sur le Thabor. Il faut l'aimer autant sur le Calvaire, puisque c'est sur le Calvaire qu'il fait paraître le plus d'amour (2). »

Un peu plus loin. M"*" Guyon écrit un mot qui est la plus simple expression et comme la formule de son système mystique : l'anéantissement. « L'âme remonte de

(1) Moyen courte chap. vi.

(3) Moyen courte chap. vu.

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la sorte a Dieu; mais pour cela, il faut quelle se laisse détruire et anéantir par la force de Tamour ; c il faut cesser d'être, afin que Tespril du Verbe soit en nous. » Puis elle cherche a expliquer sa pensée par une comparaison qui, au lieu de Téclairer, Texagère et la fausse : « Jésus- Christ, dans le saint sacrement de 1 autel, est le modèle de la vie mystique. Sitôt qu'il y vient par la parole du prêtre, il faut que la substance du pain lui cède la place, et qu'il n'en reste que les simples accidents. De même il faut que nous cédions notre être k Jésus-Christ, et que nous cessions de vivre, afin qu'il vive en nous (1). ». Ce serait le pur panthéisme; M™'' Guyon va s'expliquer.

L'âme, ainsi arrivée h son terme, n'a plus qu'a renoncer désormais a toute opération propre, pour laisser agir Dieu. Elle sent le calme s'emparer d'elle ; son oraison n'est plus qu'un long silence ; Dieu l'embrase d'un amour continu, qui est comme l'avant-goût de la béatitude éternelle. Mais cet état passifs cet abandon, ce silence, cette quiétude, cet anéantissement mystique, est-ce donc l'inaction absolue, l'anéantissement réel de l'âme? Non. « La créature est si amoureuse de ce qu'elle fait, qu'elle croit ne rien faire, si elle ne sent, connaît et distingue son opération. Elle ne voit pas que c'est la vitesse de la course qui l'empêche de voir ses démarches ; et que l'opération de Dieu devenant plus abondante, absorbe celle de la créature, comme on voit que le soleil, k mesure qu'il s'élève, absorbe peu a peu la lumière des étoiles (1). »

L'action de l'âme, pour être devenue insensible, n'en

(1) Moyen court, chap. xx.

(2) Moyen courte chap. xii.

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