CHAPITRE I«r. — LA JEUNE FILLE
<Iisci|)line selon ma force. Un jour que je lus qu'elle avait mis le nom de Jésus sur son cœur, et qu'elle avait pris un fer rouge où était gravé ce saint nom, je restai fort affligée de ne pouvoir faire de même. Je m'avisai d'écrire ce nom sacré et adorable, en gros caractères, sur un morceau de papier; avec des rubans et une grosse aiguille, je l'attachai h ma peau, en quatre endroits, et il resta longtemps attaché de cette manière. »
Jeanne devenait ainsi toujours plus accessible aux entraînements de l'exemple, et aux influences du dehors. Chez les Bénédictines, elle aspirait au martyre, à l'imitation de sainte Thérèse ; maintenant elle rêve de saint François de Sales et de sainte Chantai ; elle n'a plus qu'un désir : c'est de se faire religieuse, et d'entrer dans l'ordre qu'ils avaient fondé.
Elle sortait donc k la dérobée, courait chez les Visitandines, et les priait de l'accueillir. Par son rang, par son esprit, par sa fortune. M"'' de La Motte n'était pas de celles que les couvents dédaignent ; aussi les Visitandines éprouvaient-elles une tentation violente de répondre k ses désirs ; mais elles n'osaient, k cause de la famille : M. de La Motte aimait tendrement l'enfant de sa vieillesse, et il ne pouvait s'arrêter, sans verser des larmes, k l'idée que sa petite Jeanne fût enfermée dans un couvent. Il n'eut jamais connaissance de ce qui se |)assait alors. Une parente, effrayée et se reconnaissant impuissante, alla trouver le confesseur de Jeanne ; c'était un des Barnabites du collège, homme de bon sens, simple et droit. Il s'engagea volontiers k sermoner sa pénitente; mais le moment venu, il n'osa : il tremblait d'avoir sur les bras un couvent de femmes. Jeanne resta
donc avec ses illusions, et les Visitandines avec leurs espérances. Elles aimaient k voir la jeune fille, à entretenir le feu sacré dans son cœur, k Tenvelopper du plus aimable accueil et des plus doux sourires : elles croyaient Tavoir. Elle leur échappa.
Jeanne, en voulant être religieuse, pensait obéir k la voix du ciel. C'était un de ces désirs de jeunesse, tout pleins de générosité, d'inexpérience et d'illusions, que les circonstances ont fait naitre, et qui s'en vont avec elles, pour laisser place k de nouveaux désirs. C'est toujours la voix du ciel ; mais c'est ailleurs qu'elle nous appelle. M"^ de La Motte ne tarda guère k l'éprouver.
Sa mère, la trouvant grande et belle, se mit k l'aimer ; et passant tout k coup de l'indifférence k l'autre excès, elle voulut désormais l'avoir continuellement auprès d'elle. Elle prenait plaisir k parer sa fille; le doux concert de paroles flatteuses qu'elle entendait murmurer autour d'elle charmait spn cœur. Les partis se présentèrent ; M. de La Motte ne les écouta pas : il trouvait sa fille trop jeune encore.
Elle avait quatorze ans k peine quand, k la suite d'une maladie, elle alla quelque temps habiter la campagne avec sa famille. M. de La Motte avait alors chez lui un de ses proches parents. C'était un jeune homme vertueux, distingué, aimable, « un gentilhomme accompli, » écrivait plus tard M*"® Guyon ; aussi aimait-elle la société de ce jeune homme, son langage édifiant et doux : il lui fit oublier les Visitandines. Comme il récitait tous les jours l'office de la Vierge, Jeanne demanda k son couresseur la permission de négliger quelque temps ses dévo-