MA|DAME GUYON
de jeunes filles et de jeunes hommes soient si près les uns des autres, sans sauter les murailles, cela n'est presque pas raisonnable (1). »
M™3 de Maintenon vit le danger et le conjura. Elle réforma Saint-Cyr: plus de représentations solennelles; l'entrée de la maison interdite aux hommes, même aux tailleurs. « N'y souffrez aucun homme, ni pauvre, ni riche, ni jeune, ni vieux, ni prêtre, ni laïque, je dis même un saint, s'il en est un sur la terre (2). » La réforme fut radicale; pour se garantir du bel esprit, on proscrivit l'esprit et la raison, et une maîtresse pouvait quelque temps après écrire à la fondatrice : « Rassurezvous, madame, nos filles n'ont plus le sens commun. »
Il n'est pas facile d'emprisonner les âmes. Ces esprits jeunes, vifs, passionnés, que l'on veut contenir, s'agitent, quoi qu'on fasse, et cherchent à s'échapper : ils sentent qu'ils ont des ailes. Une issue leur restait ouverte du côté du ciel ; ils s'y précipitent : le mysticisme devint le second péril de Saint-Cyr.
Le roi, qui voyait tout, s'était aperçu, 'a l'une des premières représentations iVEslher, qu'J?/m' avait pleuré. On s'informa, et l'on sut que Racine, qui préparait et conduisait tout dans la coulisse, avait grondé Élise^ i\n Élise avait pleuré, et que Racine, craignant qu'elle ne mancjuât son rôle, lui avait dit, pour la rassurer, de douces paroles, et même avait tiré son mouchoir pour lui essuyer les yeux (5). On rit beaucoup de la bonho-
(1) M. de la Fayette, Mémoires de la cour de France, p. 125.
(2) Lettre à la supérieure, 1701.
(3) Mém. des Dames de Saint-Cyr, chap xvi.