‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 102 sur 152 · CHAP. IX. - LA. GOUR ET SAINT-CYR · texte numérisé non relu

CHAP. IX. - LA. GOUR ET SAINT-CYR

est que vous devez demeurer en paix, avec une pleine conliance... La vocation ne se manifeste pas moins par la décision d'autrui que par votre propre attrait. Quand Dieu ne donne rien au dedans pour attirer, il donne au dehors une autorité qui décide. »

L'évêque de Chartres comprit qu'il y aurait bien des difficultés à vaincre. Il quitta Saint-Cyr et remit toute la conduite de l'affaire aux mains de Fénelon. M""® de Maintenon comprit, de son côté, que toute la question se réduisait à inspirer à la chanoinesse une confiance et une docilité absolues « pour ces deux saints, » comme elle les appelle. « Voyez Tabbé de Fénelon, lui écrit-elle ; accoutumez-vous à vivre avec lui. » L'abbé de Fénelon la vit donc souvent, lui écrivit, et travailla toute une année a la conduire au terme, avec douceur. M*"^ de Maintenon, de son côté, ne ménageait ni conseils, ni délicates flatteries, ni caresses, afin de se rattacher pour toujours, tant elle avait d'estime et d'affection pour elle. « C'est la plus aimable sainte qui soit au monde, » écrivait-elle à r de Brinon (1).

Au commencement de 1692, on jugea que tout se trouvait suffisamment préparé, et qu'il était temps d'en finir. Le 2 février, une nouvelle conférence eut lieu a Saint-Cyr, et il y fut décidé que M""^ de La Maisonfort ferait incessamment ses vœux, 'a la suite d'une retraite. Dès le lendemain. M""" de Maintenon, au comble de la joie, lui écrit pour la féliciter : « Que vous êtes heureuse ! lui dit-elle. J'ai bien de la peine à ne pas vous envier de voler si haut, pendant que nous nous traînons

(1) Lettre du 28 juin 1691.

au service de Dieu... Bonsoir, ma très-chère; vous allez devenir ma chère fille, car je deviens tous les jours de plus en plus votre mère. » Et trois jours après, le 6 février : « Vous êtes destinée, ma très-chère fille, a être une des pierres fondamentales de Saint-Cyr... Embrassez donc avec soumission Dieu qui vous appelle. » « Comme on savait, dit l'abbé Phelippeaux, que La Maisonfort n'était pas insensible aux louanges, on ne les lui épargna pas ». Au bout d'un an de noviciat, l'évêque de Chartres, diocésain de Saint-Cyr, la dispensa d'une plus longue épreuve (1), et l'autorisa, comme elle l'avait désiré, à prononcer ses vœux entre les mains de Fénelon. Le 28 février, Fénelon écrivit a la chanoinesse que le moment était venu, et le lendemain, tout fut consommé. La professe était plus morte que vive. « Il n'arrive que trop souvent, remarque a ce sujet Phelippeaux, que Dieu renverse les vains projets des hommes, qui ne sont fondés que sur la prudence de la chair. » M""" de La Maisonfort ne fut pas plus heureuse et ne fit pas plus de bien à Saint-Cyr que M'"*" Guyon au diocèse de Genève (2).

(1) 10 février 1692. L'acte se trouve aux archives de Seine-et-Oise.

(2) C'est d'après Phelippeaux, Relation de l'origine, des progrès et de la condamnation du quiétisme, p. 40 et suiv., que nous avons raconté cette partie de la vie de M"« de La Maisonfort. Il tenait ce qu'il en dit de l'honnête abbé Le Dieu, qui se porte garant de son récit. Le Dieu avait reçu à Meaux les confidences de La Maisonfort ; il avait eu communication des pièces authentiques, et il avait consigné le tout dans un mémoire qu'il communiqua à Plielippeaux. « C'est là qu'il a pris tout ce qui regarde M™« de la Maisonfort et sa direction par

M. l'abbé de Fénelon C'est par moi qu'il a eu les lettres de M. de

Cambrai à M™« de la Maisonfort. » (Mérn. de Le Dieu, t. II, p. 220.)

Le Dieu nous apprend que Phelippeaux, au mois de septembre 1701, lut à Bossuet sa lielaticn tout entière, que Bossuet en marqua « toute sorte de satisfaction, n'y trouvant à redire qu'à quelques faits peu irapor-

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