‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 104 sur 152 · GHAP. IX. - LA COUR ET SAINT-CYR · texte numérisé non relu

GHAP. IX. - LA COUR ET SAINT-CYR

M™« Giiyon et à La Maisonfort, d'entrer dans tous leurs sentiments, en apparence, de les laisser parler, de bien écouter, de ne rien laisser perdre , mais de tout écrire et de lui tout livrer (1). Quand il lut prêt, il vint trouver M"i« de Maintenon et lui dit qu'il n'était pas étonnant qu'il y eût des divisions à Saint-Cyr, qu'il y courait de mauvaises doctrines et des livres pernicieux, entre autres le Moyen court. M"'" de Maintenon le tira de sa poche en riant, lui demandant si c'était celui-l'a, et soutenant qu'il était fort bon. Depuis deux ans, elle le portait toujours sur elle (2). Frappée cependant de ce que lui avait dit son directeur, elle prit le parti de consulter et lit prier M^^^ Guyon de ne plus aller à Saint- Cyr. « Je ne répondais plus, dit M™^ Guyon, aux filles qui me consultaient, que par des lettres ouvertes, qui passaient par les mains de M™^ de Maintenon (3). »

Féneloîi se sentit atteint. Quelque temps après eut lieu une scène scandaleuse, qui le mit dans le plus grand embarras. L'évêque de Chartres avait fait pour Saint-Cyr des règles et des constitutions nouvelles. La Maisonfort, en présence de M""' de Maintenon et de l'évêque, témoigna pour ces règles un profond mépris. Fénelon, craignant qu'on ne lui imputât la faute de la chanoinesse, écrivit à M""" de Maintenon une longue lettre datée du 20 novembre 1G93. « Je ne veux rien, y dit-il, en fait de spiritualité, au-delà de saint François de Sales, de saint Jean de la Croix et des autres semblables, que l'Eglise a canonisés dans leur doctrine et

(1) Mém. de Saint-Simon, t. I, p. 40-24.

(2) Notes manuscriles de l'abbé Fleury.

(3) Vie de iV/"» Guyon, 3« part., p. 124; v. aussi p. 141.

dans leurs mœurs. Je condamnerais peut-être plus sévèrement qu'un autre tout ce qui irait au-delà... Quelque respect et quelque admiration que j'aie pour sainte Thérèse, je n'aurais jamais voulu donner au public tout ce qu'elle a écrit. Enfin je voudrais tout examiner, faire expliquer rigoureusement jusqu'aux moindres choses susceptibles de deux sens, laisser peu de choses écrites au public; tenir surtout les femmes pieuses et les filles de communautés dans une grande privation des ouvrages de spiritualité élevée, afin que la simple pratique et la seule opération de la grâce leur enseignât ce qu'il plairait à Dieu de leur enseigner lui-même (1). »

Cependant les ennemis de M"''' Guyon commençaient 'a relever la tête. La voyant suspecte, ils eurent l'espérance de l'accabler, et Fénelon avec elle. Déjà on avait osé présenter en Sorbonne un cas de conscience où il était demandé si un prince pouvait souflrir auprès de ses enfants un précepteur soupçonné de quiétisme (2).

On voyait donc se former l'orage. Les amis de M'"'' Guyon, pour conjurer le péril, l'engagèrent à soumettre sa doctrine a l'examen et au jugement de Bossuet.

(1) Œuvres de Fénelon, éd. de l'abbé Gosselin, corresp. sur l'affaire du quiétisme, lettre 21.

(2) Ce cas de conscience fut présenté à l'abbé Phelippeaux, qui refusa de le signer (Relation, p. 63). Venait-il de l'archevêque de Paris? Phelippeaux le fait un peu entendre, 1-a Beaumelle l'affirme. Ce qui est sûr, c'est que M. de Harlai n'aimait pas Fénelon. (V. Bausset, Hist. de Fén., liv. I, chap. xviil etxxvii.)

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