‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 143 sur 152 · CHAPITRE XVIII. - DERNIÈRES ANNÉES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII. - DERNIÈRES ANNÉES

la de nombreuses demandes d'éclaircissements sur ce sujet si délicat de l'oraison passive. « Je crois, Monseigneur, que lorsque vous avez dit que le recueillement, qui revient à la simple présence de Dieu, ne contenant ni espérance, ni désir, ni demande, ni actions de grâce, ne compatit pas avec l'Evangile, vous avez voulu dire que cela n'y compatirait pas, si l'on ne voulait jamais faire autre chose, mais que, dans l'oraison, cette simple présence de Dieu peut être pratiquée. » — Réponse : « C'est, en effet, ce que j'ai voulu dire, pourvu qu'on n'exclue jamais l'acte d'espérance et le désir, même au temps de l'oraison. Dieu peut, en certains moments, suspendre ces actes; ils peuvent, en certains moments, ne pas venir; mais il n'y en a nul où on doive les exclure. »

Une autre fois (1), c'est la question de l'acte continu qu'on soulève. « Comme on rapporte de diverses personnes qu'elles étaient dans une actuelle et continuelle présence de Dieu, au moins pendant qu'elles veillaient, j'aurais quelque penchant a croire que Dieu fait cette grâce à quelques âmes. » — « Réponse : « Cela se peut, mais je n'en sais rien. » Ailleurs apparaît la question fondamentale de l'amour pur. « Dans un li\Te du P. Saint-Jure, qu'on lisait, il y a quelque temps, au réfectoire, il dit que la charité pure n'est touchée ni des menaces, ni des promesses, mais des seuls intérêts de Dieu ; qu'une personne qui aime Dieu purement ne le sert point pour la récompense considérée par rapport à son intérêt, mais seulement pour l'amour de Dieu ; que si elle

(1) Lettre du 1« mai 1700.

devait être anéantie à sa mort, elle ne V aimerait pas moins. »

« Ces expressions, répond Bossnet, doivent être entendues avec un grain de sel, c'est-a-dire en expli(juant que la charité ou Tamour pur n'est pas touché des promesses, en tant qu'elles tournent à notre avantage, mais en tant qu'elles opèrent la gloire de Dieu et l'accomplissement parfait de sa volonté... De sorte que le désir du salut est naturellement un acte de pur amour. »

Il faut convenir que Bossuet, dans ces paroles, se rapproche singulièrement de Tarchevêque de Cambrai. Combien de passages l'auraient moins choqué, dans le livre des Maximes, s'il eût consenti a les prendre avec ce grain de sel dont il sait assaisonner au besoin le langage des autres mystiques ! Combien la discussion eût été moins amère et la paix plus tôt faite, s'il eût été possible a Fénelon de faire passer ses éclaircissements et ses doutes par la bouche de M"'* de La Maisonfort !

Mais c'est surtout dans les avis qu'il donne, c'est dans les épanchements de son âme, qu'il faut entendre Bossuet et l'admirer. « Laissez la Saint Cyr et le monde qui l'environne ; que M'"'^ de Maintenon ne tienne plus de place dans votre cœur (1). » Un autre jour : « Je vais entrer, a mon reloui', non seulement dans tous vos doutes, mais encore intimement dans toutes vos peines, pour petites qu'elles soient ('2). » « Je suis avec vous, ma lille, de tout mon cœur ; je ne veux point vous mettre dans la gêne (5). »

(1) Lettre du 24 juin 1G97. ^

(2) 22 avril WM.

(3) 1-' mai 1701.

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