CHAP. IX. - LA COUR ET SAINT-CYR
épousé le duc de Chevreuse, la seconde le duc de Beauvillier (1) et l'autre le duc de Mortemart, neveu de M^^ de Montespan. M™^ de Béthune-Charost était fort liée avec les duchesses ; la religion avait effacé dans rame des fdles de Fouquel et de Colbert tous les ressentiments et tous les mauvais souvenirs. Fénelon était, de son côté, un intime ami de cette famille.
Dès lépoque de son installation aux Nouvelles-Catholiques, il avait été présenté par le marquis de Fénelon, son oncle, au duc de Beauvillier. D'autres liens les unissaient encore ; ils avaient à peu près le même âge (2), et ils étaient tous deux tendrement aimés du supérieur de Saint-Sulpice, le vénérable abbé Tronson. Aussi ne tarda-t-il pas à s'établir entre eux une amitié vive et solide, qui subsista jusqu'à la mort. La duchesse partagea l'estime et la conliance de son mari pour l'abbé de Fénelon. Elle lui demanda conseil pour l'éducation de ses enfants, et c'est pour l'y aider que Fénelon écrivit son traité de V Éducation des filles. Fénelon et la duchesse de Charost ne tardèrent pas a faire entrer leur amie commune dans la société des fdles de Colbert. La sainte fut accueillie avec un religieux empressement par cette pieuse famille. Le duc de Beauvillier
(1) Charles-Henri d'Albert, duc de Chevreuse, pair de France, épousa le 3 février 1667 Marie-Thérèse Colbert, dame du palais de la reine. — Paul de Beauvillier, duc de Saint-Aignan, pair de France, épousa, le 4 janvier 1671, Henriette Colbert. Les deux mariages avaient été décidés en même temps par le roi, qui dota les filles de son ministi e ; mais Henriette n'avait que dix ans. (V. à ce sujet une lettre de Colbert, retrouvée par hasard à Reims, et publiée pour la première fois au t. XV du M agasin pittoresque. Elle est datée du 14 janvier 16(37.)
(2) Beauvillier avait trois ans de plus que Fénelon; il naquit enl6i8, la même année que î\l'"« Guyon.
conçut pour elLe uuo prolondc cslimo; le duc de Clicvreuse devint le plus dévoué de ses amis. Ils lirent entrer avec eux M"^ Guyon dans le plus grand monde, el la mirent en relation avec les personnages les plus considérables de la cour.
On ne voyait pas de famille plus favorisée du ciel et du monde, plus simple, en même temps, et moins andùtieuse (|ue celle des fdles de Colbert. La plus séduisante était la duchesse de Chevrcuse. C'était une brune, grande, bien faite, la fille préférée de Colbert, et la plus aimable femme de la cour. Dame du palais de la reine, elle plut a la reine, elle i)Iul au roi, qui ne savait point se passer d'elle ; elle fut bien avec les maîtresses, et mieux encore avec celle qui les remplaça. Tout cela sans empressement, sans bassesses , mais avec beaucoup d'esprit, avec une franchise singulière, et une vertu (|ui ne se démentit jamais.
M'"" de IJeauvillier inqiosait davantage. Son esprit faisait oublier sa laideur. Elle parlait avec une vivacité, une Jinesse, une justesse, une facilité incroyables. Elle se contenait d'ordinaire et inspirait de la contrainte ; mais (juand il lui arrivait de se laisser aller, elle vous charmait, l'ieinc de droiture, pieuse et charitable comme sa sœur, elle se joignait \\ elle pour prier et faire le bien : leurs aumônes étaient immenses. Leur jeune sœur, la ducli(\sse de Mortemarl, (pii avait (anl aimé le monde, était veuve alors, et vivait \\ Paris dans la dévotion el la solitude.
On disait des deux bcaiix-firres ipiils n'avaient (ju'iMi cœur el (|u'ime âme. Ils logeaient eusendde li Marly, tout ])ivs l'un de Tanli-e ;i N'ersailles, cl se voyaient au moins