GHAP. IX. — LA COUR ET SAINT-CÏU
émail de Pctitot, au musée du Louvre (1). Que de l)onlé, (|ue de linesse et de grâce naïve, dans cette ligure de jeune femme! Et quelle dignité! L'éclat, la fraîcheur, les lis et les roses s'en iront avec les années; mais l'àme qui respire et s'épanouit sur ce beau visage ne se llétrira jamais. Soyons justes pour cette noble femme. Elle s'éleva, mais par ses vertus ; elle disposa des faveurs de la cour, mais sans rien prendre pour ellemême ; elle régna sur le roi, mais pour le charmer, pour le consoler, pour détourner ses regards de tant d'objets séduisants, qui pouvaient l'attirer encore, })our l'empêcher d'être Louis XV, pour venir seule, au milieu du silence et des adorations de la cour, lui faire entendre la voix et lui montrer les larmes de la France (2).
La grande préoccupation de M""' de Maintenon, après le roi, ce fut Saint-Cyr. Heureuse et lîère de son œuvre, elle venait à peu près tous les jours, au milieu de ses enfants, se reposer de la cour, « par la douceur de vivre avec des anges. » Elle se mêlait a leurs conversations et 'a leurs jeux, comme à leurs travaux ; elle répandait sur eux son esprit et son cœur, et recueillait en échange la reconnaissance et l'affection. « Puisse cet établissement, disait-elle, durer autant que la France, et la France autant que le monde ! »
Saint-Cyr fut à la fois une royale charité pour la noblesse ruinée a la guerre, et une innovation hardie dans l'éducation des biles. L'éducation des couvents n'était bonne que pour des religieuses : Fénelon l'a remar-
(2) V. ses lettres au card. de Noailles, du 3 août 1(590 et du 19 juillet 1698.
(|iié (1); en dehors, il n'y avait rien. Or, ce qu'il fallait au pays, c'étaient des mères de famille, sensées, chrétiennes et lahorieuses. Aussi M"''' de Maintenon veut-elle que la religion soit enseignée à ses tilles « dans toute sa grandeur, sa heauté, sa solidité et sa simplicité. » « Faites-leur voir, disait-elle, que la vraie piété est de remplir ses devoirs ; qu'elles apprennent celui des femmes, celui des mères, les obligations envers les domestiques (2). » Elle veut que l'on cultive leur esprit, que l'on développe leur raison, <c que l'on ne développera jamais trop, ni trop tôt; » qu'on les habitue, qu'on les rompe a la fatigue : « Employez-les au service de la maison, sans scrupule ; rendez-les ménagères et laborieuses, qu'elles balaient et qu'elles fassent les lits : elles en seront plus adroites, plus fortes et plus humbles (3). » S'aperçoit-elle qu'on s'écarte du chemin qu'elle a tracé, aussitôt elle y rappelle, (f On ne parle chez vous que de couvent ; exhortez les maîtresses des classes a instruire les demoiselles sur les obligations du mariage et sur la piété convenable aux gens du monde (4). » « On m'a dit, écrit-elle 'a M"" de Tourp, maîtresse générale des classes, en 1694, qu'une des petites fut scandalisée au parloir de ce cpie son père avait parlé de sa culotte; cela est pitoyable. D'autres ne disent qu'à l'oreille qu'une femme est grosse. \'eulent-clles être plus modestes que Notre-Seigneur,
(1) Elles sortent du couvent comme une personne qu'on aurait nourrie dans les ténèbres d'une profonde caverne et qu'on ferait passer tout à coup au grand jour. (De VEducation des (illes.)
(2) Inslructions atix detnoiselles de Sai)it-Cij)\ décembre 1094.
(3) Lettre à }.l"" du Pérou, septembre 1703.
(4) LeUre à M"' du Pérou. 1711.