SERVENT LES ONCLE», Î
— D'ailleurs ^ ajouta madame de Champmercier, c'est sur moii oncle que je me suis reposée du soin de reconduire mademoiselle chez madame de Beaumont. Il est près de troi» heures et je crains que madame de BeaumonI ne soit inquiète. Laure portera nos bonjours à sa mère.
— C'est conrenu , dit Champraercîer, et je ▼ais demauder la voiture.
— Non , demeurez , répliqua de Montgray , la mienne est en bas et je la mets à votre disposition. Ne vous re&té-je pas ? ajouta- t-il de l'air le plus obligeant.
— Et ne dirait-on pas encore qu'il se sacrifie? vociféra Toncle entre son nez et son menton.
— Heureux arrangement ,' s'écria le mari, puisqu'il réunit le suffrage unanime. Vrai ! je m'en sens le» yeux trempés — Mademoiselle...
— Et il offrit sa main à mademoiselle de Bi^umont qui y déposa la sienne avec docilité. — Mademoiselle , permettez-moi de vous accompagner jusqu'au perron.
Ils sortirent.
L'oncle suivit , continuant de psalmodier les versets de son mécontentement.
Dès qu*elle fut seule avec M. de Montgray :
— Votre conduite est affreuse, monsieur, dit avec un grand éclat, madame de Ghampmercier , — et quel homme étes-rous donc ?
— : Je suis ambassadeur, madame ! répondit courtoisement le diplomate, reconquérant par ce seul mot plus de ses privilèges quHl n'en avait cru perdre. — Et je venais vous annoncer ma nomination ; le roi m*accorde enfin Madrid.
Un rayon de plaisir éclaira le front d*Augustine; et, cette fois, ce fut de grsmd cœur qu'elle tendit sa main au vicomte :
— Vous êtes un homme parfait ! s'écria-telle, sans songer le mpins du monde à réprimer l'imprudente expression de sa joie. — Maintenant , vous pouvez compter sur moi.
DD
Deo magit placet mugitus boum et grunitat porcorum quam cantus preabyterorum luxariaatiuin,
BsRMOIfD CHOVtKftRIVS ,
Chanoine de la cathédrale de Viviers.
FROLiaOMWBS.
Hors ce qni se pèse , se mesure oa se contient , tout est à tous.
« Un mari est un sinéeuriêtû , » a dit \e maréchal de Ridielieu, rhomtne de France qui s'entendait le niîeuK à juger de la condition des maris , « et cependant le mariage n'est point une sinécure, >
Cet aphorisme peut paraître d'abord un paradoxe.
Il est bon toutefois de reconnaître qu'à l'appui de cette illustre autorité, on pourrait citer l'oubli complet que semblent avoir fait de leurs maris certaines femmes de notre
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temps ; oubli qui serait une chose monstrueuse si ce n'était une chose convenue.
Il est même juste d'ajouter que le dernier nom dont s'occupent ces femmes — s'il arrive jamais qu'elles consentent à s'occuper de ce nom — est le nom de leur mari.
Mais il ne l'est pas moins de convenir que l'esprit de réglise , esprit de concorde et de réparation , avait primitivement indiqué , dans sa prévoyance maternelle , le seul remède applicable à cet étrange abus en enseignant cette doctrine : Que Vépoux et f épouse ne fassent qu'un.
£t que , s'il était suivi à la lettre, ce précepte (n'en déplaise à feu M. de Richelieu) rétablirait quelque peu l'influence sociale du mari.
Malheureusement il ne l'est pas.
Il y a cependant des exceptions^ et tous les maris ne sont pas des invalides.
Exemple :
La femme de tel mari — celui que vous voudrez — est fécondée ;
Un ou plusieurs enfans — le nombre est insignifiant — naissent à ce mari de cette femme;
Ne ftera-t«il point tenu compte du mari en cette conjoncture ?
Si vraiiuent.
Il donne son nom aux enfans que lui donne sa femme par l'entremise de Tarai qui sert de parrain aux petits *.
Ceci est parfait.
Mais en est-il ainsi dans tous les ménages ?
H nous est pénible de déclarer que non. Beaucoup de maris ont une moins belle pari ; beaucoup même n'ont aucune part dans la rétribution des privilèges de leur étal. Citons en une preuve, et sans aller la chercher plus loin, prenons-la au milieu de «ous : Disons les pnvate mis fortunes d'un couple que chacun de nous a pu connaître, de M. Adam Malorné dont tout Paris racontait, il y a peu de jours, l'étonnante disparition, et de demoisselle Candida Bel^ grave, sa femme,que quelques feuilles publiques -viennent de faire mourir à Rome d'une maladie ^e poitrine.
* Avoir soin de construire la phrase de telle sorte quQ ce ne soit pas les en fana mais bien le nom des enfatui que le mari doive à l'entremise, etc....
(Note du conseil de P Université,)
Du vivant de ces deux époux,
( Car on peut aussi considérer le uiari comme mort, et à nous seul il appartient de révéler ce qu'il est devenu. )
De leur vivant , disons-nous , à l'époque où mademoiselle Candida , noble descendante des barons de F., es, avait été recherchée (vieux style! ) par le sieur Malorné, la famille de la jeune fille tenait un grand état dans le monde et menait un train considérable. Le père était sans biens, mais il avait de nombreuses charges à la cour , son influence y était grande ; à ces causes , la main de Candida était un parti convoité et de nombreux soupirans y préten-
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fiaient. Le roi devait «signer à son contrat, IVpoux aurait de droit ses entrées au Château, il serait gentilhomme de la Chambre, etc., etc.
Hélas! tous ces beaux rêves se faisaient en 1829.
£n 1830, le baron se réveilla veuf de ses brillans emplois , et par contre-coup de sa femme qui ne put survivre au desastre de sa maison.
Tous les épouseurs avaient également dis* paru.
Quand je dis tous, c'est qu'avant ce fatal évé« nement on ne comptait pas à ce titre , le sieur Malorné, homme vertueux et tenace , manant et millionnaire, le seul cependant qui en 1880 comme en 1829, vint encore dire : — Me voilà ! voilà ma main ! voilà mon argétnt ! à quoi il lui fut répondu : donnez toujours votre argent.
£t le sieur Maiorné donna toujours son ar« gent.
De telle façon que la fortune du baron se trouva reconstruite.
Hais le problème était loin d'être résolu.
Nous l'avons dit , le sieur Malorné était manant et le baron aurait donné tous les millions du inonde pour préserver son écusson de la moindre barre infamante.
Sur-le-champ, le baron avisa un merveilleux expédient.
D'origine anglaise, le baron n'était venu que fort tard s^établir en France. Là, pour reconnaître les bonnes grâces du roi Charles X, dont il tenait des lettres de noblesse et de naturalisation, le baron avait publiquement abjuré la foi protestante. Mais Charles X mort — ou dépossédé, ce qui revient au même — le baroO; qu'aucun intérêt ne retenait plus en France, dit adieu à sa patrie adoptive, retraversa le détroit, redevint Anglais et se re6t protestant.
Alors, avec une partie de l'argent du sieur Malorné, le baron acheta sous le nom de sa fille une magnifique propriété dans le Worcesten^ hire,
A cette propriété se trouvait attaché un an* cien titre de noblesse tombé en oubli. Le baron le fit exhumer par un habile archiviste.
Puis, par une humble requête, le baron réclama pour sa fille — comme propriétaire du domaine — l'investiture de ce titre.
Par royale patente le roi Guillaume accorda l'investiture.
La royale patente octroyait cette grâce au baron, comme rémunératoire largesse de ses retour et conversion — et franchement, peu dé-
licat en matière religieuse, le baron, pour complaire à un souverain quelconque, aurait, sans plus de scrupule que le- fameux vicatt'e de Bray, abjuré et réabjuré dix fois de suite toute espèce de religion — au choix.
Enfin — et c'était là que triomphait le baron — la royale patente déclarait expressément ledit titre imperdable par le fait de mariage , conférant à la titulaire le droit de le porter à l'exclusion de celui du mari — si le mari avait un titre — à plus forte raison la dispensant de prendre le nom du malheureux... si le malheureux était de roture.
Gela fait, on manda le sieur Malorné à Londres.
Ce respectable monsieur y arriva surchargé de présens. A Calais, il avait, par originalité, fait retenir pour son passage le Sleam-Boai ioni entier. De sorte qu'il quitta les côtes de France, couvert des malédictions de plus d'une centaine d'Anglais retenus à terre faute de places. — Ces hommes cruels, dit plus tard le sieur Malorné en racontant son aventure à un ami , m'accompagnèrent jusqu'aux embarcations en menaçant de jeter à la mer moi, mes malles et mon nombreux domestique; mais je ne m'effrayai pas. Je tins bon au milieu de leurs abominables démonstrations; ils poussèrent l'oubli des convenances jusqu'à me poursuivre des
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Doms de monopoleur , vieux Triton! et autres apostrophes équivalentes.
A Londres, de nouvelles difficultés se présentèrent.
Le baron avait sauvé l'honneur de son nom ; sa fille voulut sauver l'honneur de son corps. — Jamais, dit résolument mademoiselle Candida , je ne consentirai à recevoir M. Malorné ehe% moi , in my bed,
— As y ou pieuse , my dear child! comme il TOUS plaira , mon cher enfant , répondit le baron, j'ai promis votre main jusqu'à Pautel. Le reste vous regarde.
£t là était l'indélicatesse , puisque le sieur Malorné n'épousait que pour le reste, autrement dit pour le lit — for the bed — et qu'il a été surabondamment déclaré au code des célibataires que, sauf l'usufruit, le lit appartient de droit au mari.
Car en vérité , en combinant la durée de l'attente, — le sieur Malorné avait attendu seize mois! — avec la force et la violence des désirs accumulés pendant ce temps, il est facile de se convaincre que l'amour du sieur Malomé devait être passé à Fétat le plus douloureux. Chaque fois que le sieur Malorné pensait trop directement à sa future épouse , les veines de
son cou, comme il l'a dit lai-mêrae, se gonflaient avec tant de force qu'on les voyait repousser sa cravate ; sa langue se séchait , s'épaississait, se raidissait; sa figure devenait rouge, puis bleue, puis noire ; et tout à coup il se tordait, bondissait et rebondissait, se heurtait aux portes et se roulait dans les tapis. Au moment de ces crises, il eût été imprudent aux femmes de service de demeurer seules avec lui ; on racontait alors des choses effrayantes de monsieur Malorné. Ordinairement le spasme se terminait par une invocation et la demande de quelques cordiaux. — « Grand saint Augustin, l'entendit-on s'écrier un jour, vous qui vous frottiez dans les ronces et les épines pour vaincre par la douleur le souvenir des dames romaines; vous qui, en l'honneur de leurs charmes brunis au soleil d'Italie, laissâtes aux buissons de ce pays la moitié de votre chair; inspirez«moi , homme héroïque , mon frère en amoureux martyre, conseillez- moi!... Conseillez-moi aussi, vous, grand Origène, qui, d'un seul coup , opérâtes l'excès de votre orgueil !.,. Mais non ! ne me conseillez pas, ne m'inspirez pas!... Je l'aime). .. je l'aime!... je l'aime!... » répétait avec entraînement le sieur Malorné — il parlait de safuture femme — « et ne veux