UB
l'ur de mon édre-
- , toute espèce d'o-
:'ic : H'alura abhorrel
'ulli!, Catullus dixU, ce
' l'c : Ln nature a horreur
'•. (^'est au contraire dea
. .. iiit: Taul; il me faut du gin-
i.Mit lie la cannellel Holà , mon
..:...i:ijue! qu'on me serve à l'in-
■i-iMumé à la purée de queues d'é-
:\\i poivre de Cayennel
: rit c'était un tel homme — un homme
"hloi de tels électuairea avait en quel-
rie transformé en ce mythe éternel
iv dont le dieu des jardins fut king-
■ - le symbole pour l'aotiquité. — Cotait
' -iDinme-ln , homme de sève et d'ei:pectanto
'iLialité, qu'un ingénieux artifice machiné
M.ii- les doigts fûtes et délicats de sa femme de-
lail arrêter net dans les élanc«nens les plus
pressés de son cœur — à celte minute fatale
où , n'écoulant plus que son mâle courage ,
répoux s'élance vera l'épouse en s'écriant :
)ùt-an, entre elle et lui, ou-
e tranchée ou construit trois.
défrise.
Alors,
Il est ordinairement de deux à trois heures eu matin , et la nature en un ineffable concert chante l'hymne de sa régénération. Toutes les maisons sont endormies , les vapeurs de la nuit commencent à s'effacer , la rue est déserte , •autour de vous il n'y a plus un seul bruit : c'est maintenant! maintenant entrez dans le temple; quel calme profond! quelle formidable solitude! Tout est clos, tout est muet. Les lourdes portières, les épaisses tentures sont abaissées et jonchent le parquet de leurs glands; oa dirait que les fleurs de la robe de chambre
DU CÉLIBAT ECCLÉSIASTIQUE. J9l
sommeillent elles-mêmes dans tes plis du brocard; c'est à peine si la lampe jette quelques nappes lumineuses dans robscuriié; les rideaux du lit sont immobiles... Mais tout à coup une commotion générale semble communiquer la -vie à ces mystérieux témoins d'un drame ignoré. Les ais des meubles se sont émus , la porte s'est ébranlée comme pour s'ouvrir ; tentures et rideaux, tout a tressailli, ioni s'est agité; voilà les anneaux qui s'entrechoquent encore dans leur cliquetis sonore... et rapide mais étouffée, une plainte, une seule! a déchiré le silence... Que se passe-il donc ici?
Ce qui se passe ici ? mais demandez à la fille nubile, au jeune garçon pubère; demandez à tout ce qui se mariera , est marié ou se marie : Une nuit de noces ! voilà ce qui se passe. 79 'estce donc pas assez pour que l'inertie elle-même soit arrachée à son éternel repos? C'en est bien assez pour que votre société soit bouleversée et déclarée en état de guerre! Et , puisque vous m'interrogez, je vous interroge! Qui a-t-on dévalisé ici? qui a-t-on pillé? Certes, une des lois de l'ordre naturel a été violemment brisée, quelque grande perturbation dans la propriété a été commise ; cela est flagrant : mais contre qui ? par qui ? au profit de
19â BU CELIBAT
qui ? et pourquoi ce petit groupe d^hommes à la mine malfaisante et sournoise , appostés depuis ce soir , comme des renards et des loups affamés, à la porte de votre chambre ? Sont-ce* des larrons ? — Non , ce sont des célibataires. — C'est donc que vous leur avez volé quelque chose , alors ? — Ils le prétendent , monsieur; et en ce moment décident entre eux, par le sort, à qui se fourrera le premier sous ma courtine. — Mais vous-même qu'y avez-vous donc caché, sous votre courtine , qui les ait attirés et qu'ils aient flairé d'aussi loin ? — Une femme, monsieur; ma femme! car c'est aujourd'hui ma nuit des noces, — P^otre nuit de noces f Fort bien ; je le savais , et votre malheu,r est votre ouvrage. Vous avez déplacé un gage commun, imprudent ! Restituez-le , si vous ne voulez pas qu'on vous assiège. Dans la confusion de votre Babel sociale, vous avez oublié le partage moral et ne vous êtes occupés que de la division de la matière ; tant pis pour vous ! Ce n'est pas de la matière qu'il s'agit à cette heure, mais bien d'une volonté forcée ou absente ; et les volontés, vous les niez ou vous les oubliez!
Vous croisez ce champ avec cette vigne, ce patrimoine avec cet autre, ce titre avec ces écus, ce nom avec cette place; mais croyez-
BGGLÉSIASTIQVB. 19%
^Wk% aussi , dites-moi , avoir marié les âmes ? Croyez-vous seolemcnt avoir marié les corps ? Vous criez aa désordre que de telles unions -produisent, mais c'est vous qui les faites, ces unions ! c'est donc vous qui perpétuez le désordre !... Et cette plaie— je vous le jure ! — cette honteuse plaie ne disparaîtra que lorsque, enfin , d'arpentcurs-géomètres, jaugeurs et pe* seurs-jurés que vous êtes , vous serez devenus législateurs des mœurs publiques. Car c'est TOUS qui Tavez écrit : — Hors ce qui se pèse , se mesure ou se contient , tout est à tous. — Et par là vous avez institué radiiltère , par là vous avez proscrit le mariage ! Ce qui vous reste à faire , ce sont vos codes ; vous n'en avez pas. Gomment voulez-vous donc avoir des nuits de noces ? A moins cependant , que , comme vos pères, vous ne les ayez rêvées, ces nuits, à travers les fantaisies de vos esprits; aprèsboire ou dans l'opium , et avec des tempéramens à vos mesures : quelque chasteté armée ou pleurante , selon que vous êtes bilieux ou sanguins; des cheveux épars, des liras tordus de suppliante; et, pour en terminer, quelques baisers mordans et des caresses de feu ; du sang, n'est-ce pas? — Ah! vaniteux que vous êtes ! du tout ! — Un sacrifice ? — Du tout ! un 1. 17
194 DU céLîBJLT KGGLÉ8IASTIQI7S.
viol, mes hommes, pas autrechose : rcveavant, cauchemar après! un douhle mensonge, enten*deK-vous ? La comédie! la parodie! £t voilà pourquoi il y a des célibataires à voire porte.
Quant à ce qui est des chagrins domestiques da sieur Malorné, le lecteur trouvera bon que, fidèle à notre habitude et dans l'intérêt plus grand de la vérité, nous usions d'un document précieux où cet homme remarquable les raconte lui-même avec la naïveté qui le caractérise ; et que nous placions dans sa propre bouche les principaux traits de son mécompte conjugal. Voici ce qu'il en écrivait à un de ses amis de France, un membre de l'Institut, à l'obligeance duquel nous devons de transcrire ici , sur l'original même de la lettre, les extraits suivans de ses plus éloquentes pages.
M. MALORNÉ.
vu MBMBKB OB L^IBSTITOT.
(// est dans son cabinet; il dort et rive que sa femme accouche / on sonne / 17 se réveille en sursaut.) De quel sexe e8t Tenfant ?
11 po&TiB^ (ufi papier h la main).
Seigneur I e^ett une lettre Qu^enlre TOt propres-mains on m'a dit de remettre. ( // se retire en saluant. )
— Comédie inédite. —
eOBRBSVOIIDAirCW.
A Monsieur
Monsieur Trumeau de St.-Gobain, membre de Tlnstilnt , Section des classes morales et politiques ,
à Paris.
Depuis que je suis dans ce maudit pays (l'Angleterre), rien ne me réussit, Trumeau, et je coraraence à croire à l'influence sur mon sort de quelque malfaisante planète. Je vous ai mandé , je crois, l'avanie dont j'ai été victime à Galaislors de mon embarquement, et comment j'ayaiif été honni et assailli par une troupe de
uialfaiteurs armés. Ce qui me reste à vous apprendre est bien autrement grave. Trumeau , je suis ensorcelé !
Trumeau, vous êtes homme de lettres , vous; vous avez de Texpéricnce ; je puis donc me confiera vous, Trumeau , je me confie à vous.
Vous sa?ez si j^aimai^ ma femme, vous savez de quel riant avenir d'amour j'avais paré notre union. £h bien. Trumeau , mon horizon est plus noir et moins brillant qu'une botte vernie !
Écoutez et plaignez-moi , si vous étiez ici je vous dirais : vengez-moi !
J'arrive à Londres, on me fait un accueil magnifique. C'est bien ! le père et la fille s'entendaient déjà , voyez-vous ! Et , à peine débarqué , on m'envoie chasser au renard à quarante lieues de là. Notez bien que je m'étais absleuu de manifester le moindre désir de chasser , et au renard surtout ! mais on avait résolu de m'éloigner; mon absence était nécessaire à la perpétuation des infernales embûches qu'on dressait contre moi. Je cède, je pars. Je me rends à Bury-Hill ( Dorsetsbire ) ; c'était là qu'était le rendez-vous de chasse. De ce moment, Trumeau, commencent les infortunes de votre ami , vous apprendrez avec peine qu'on l'avait déguisé etr jockei : on m'avail
habillé tout en rouge : un habit rouge, une culotte blanche , des bottes à revers jaunes el une casquette de cuir noir. Le rouge ne liie va point j j'étais laid à faire peur. Cependant , je monte à cheval. •
Vous savez comment je monte à cheval j Trumeau; yous connaissez ma manière: une, deux ! un petit mouvement de reins et on est en selle- C'est gracieux; incontestablement^ c'est gracieux ! Kh bien ! en me voyant chausser l'étrier , mes Anglais se mettent à rire comme des imbéciles. Alors la colère me prend , j'enfonce ma casquette sur mes yeux , j'arrache mon fouet au groom qui me le présentait, et J'allais piquer des deux , lorsque... 6 surprise extrême ! au lieu d'un fouet je me trouve un marteau à la main, je veux dire un fouet à marteau , sans nul doute le fouet de quelque forgeron des environs. — Qu'est-ce que c'est que ça ? dis-je au groom à qui j'avais envie d'appliquer quelque volée, — Cela , votre honneur ? c'est un hunting-wip pour abattre les fermetures des portes que votre honneur trouvera sur son passage. — Un kuuting-wip! on n a pas l'idée d'une plus sotte réponse ; aussi j'allaislui en &ire comprendre le ridicule... mais je n'en eus ni le loisir ni le moyen. Tout à
coup, je ne vis pi as rien, je fus enveloppé dans un naage de poussière, et mon cheval partit comme un trait d'arbalète. La chasse était en voie. Je parcourus ainsi deux ou trois milles "Qu milieu du plus épouvantable vacarme. La meute se composait de plus de cent cinquante chiens, et ils aboyaient tous à la fois. £n par«> tant, ma casquette , dont j'avais négligé d'attacher la gourmette, s'était perdue. J'avais chaud et il faisait un vent horrible. Sérieusement , Trumeau, je songeai qu'il était imprudent de voyager de la sorte ; je voulus arrêter mon cheval. Impossible. On venait, disait-on, de découvrir le renard et les cris de hark-forward! retentissaient autour de moi. Les chiens eux aussi avaient redoublé leurs clameurs. En ce moment, nous descendions le versant d'une côte tellement rapide qu'en plongeant du re* gard dans cette espèce de précipice y je me crus infailliblement perdu. Ce fut aussi en cet endroit, j'imagine , que j'abandonnai les rênes. Dans mon trouble j'oubliai jusqu'aux plus simples notions de l'écuyer et me cramponnai vigoureusement des deux mains à la crinière de ma monture. L'animal tripla de vitesse. Je me trouvai alors, comme un sac, placé en travers sur son dos. J'appelais vainement au
BOCLESJASTIQUE. 208
•ecOars^ Le reste de la chasse, avait pris à droite de la vallée et mon cheval m'entraînait à gau* che, dans le fond d'une gorge impraticable i hérissée de buissons et laboarée de ravins. La sueur me ruisselait de partout. Chaque secousse de mon cheval m'arrachait les entrailles... je devenais fou de douleur et d'épouvante! Oans cette terrible crise, Trumeau, je songeai à Candida ! à ma femme , qui attendait un époux et à qui on allait rapporter un cadavre ; cette chose qui , selon M. Bossuet , n'a de nom dans aucune langue. Je songeai avec désespoir à ma race anéantie par ma mort prématurée — car je ne pouvais que misérablement périr ! — et je vous le jure , ô Trumeau , je n'avais encore rien fait pour ma postérité ! Cette dernière pensée me traversa le cœur comme le froid d'une épée; et il me parut, tant la sensation fut aiguë et saisissante , que , se frayant un chemin à travers les régions intestinales et le sac membraneux où nos eaux se sécrètent (vous connaissez sûrement l'anatomie , Trumeau ?), quelque lame avait pénétré jusqu'au scrotum! inconcevable aberration cependant! aucune épée ne m'avait percé, mais j'étais à vingt-cinq pas de mon cheval ; ce qui signiBequej'en étais tombé. D'ailleurs je m'en convainquis plus amplement
204 DU GÊLIBiiT ECCLESIASTIQUE.
en ne trouvant entre la terre et moi queles tiges piquantes d*un millier d'arbustes nains. Ayant acquis cette précieuse conviction je n*eus rien de plus pressé que de me relever. Une fois débarrassé de son fardeau, le cheval, lui,s*était arrêté. Nous étions tous deux seuls au fond du ravin. Vous voyez d'ici la position. Gomme je trouvai ce lieu admirablement situé pour infliger à fa béte une correction selon les principes du manège , je m'approchai doucement d'elle ; et , pour ne pas Teffrayer , je lui adressai quelques paroles d'amitié telles que — oh! ohl petit ! oh! petit! Le cheval ne bougeait pas. Enfin je saisis la bride, et d'un bras vigoureux dégageant mon fouet que je tenais cache derrière moi, je lui en alongeai un grand coup entre les oreilles..% mais, hélas ! ce ne fut pas un coup de fouet, ce fut un coup de marteau ; j'avais pris mon fouet par le mauvais bout. Le cheval tomba; j'avais tué mon cheval.
Ceci , Trumeau , me fit faire de sérieuses réflexions. Je compris le danger de frapper trop fort. Je m'étais presque démis l'épaule , et j'avais le poignet tout endolori
Si je Toas ai parlé si longuement d'une aussi pitoyable catîistrophe , cher Trumeau , ayant à vous entretenir d'ailleurs de malheurs domestiques auprès desquels ces misères-là ne sont tout au plus que de la fumée de Londres, si je TOUS ai mené, pour ainsi dire, pas à pas, avec moi , dans cette damnable partie de plaisir, qu'à bon droit je devais plutôt appeler partie de bosses et de contusions , c'est pour vous bien convaincre , et à ce propos , des pièges que m'avait tendus mon beau-père en m'envoyant chasser dans le Dorsetshire; mais je vais d'un mot tâcher de fixer vos doutes.
Parmi mes prétendus compagnons de chasse ,
quels hommei , Trameaa , rcconnus-je enfin , lorsque , sorti de mon précipice, et les trouvant tous assemblés sur le chemin , j'observai attentivement leurs sinistres figures ? J'ose à peine vous récrire, et j'en frémis encore à cette heure; je reconnus , grand Dieu! plus de la moitié de mes assassins! et de quels assassins, je vous prie ? de mes assassins de Calais ! de ces hommes féroces qui, vous le savez, voulurent me poignarder dans cette ville. Mais ce fut bien autre chose vraiment , lorsque j'eus raconté mon cas à ces misérables. Alors ils ne prirent plus la peine de feindre, lis me traitèrent de couard, de gavaehé , et non conténs de me salir de leurs invectives , ils parlèrent de me jeter dans quelque fondrière. Tout ça, poa^ un cheval mort ! — Comme si , leur répondis* je avec calme, toutes les carcasses réunies de^ chevaux de l'Angleterre valaient seulement tjeci! — Et je fis un geste familier. En même lempst, selon mon usage, je faisais claquer ma langue entre mes dents. Pour le coup , ieur rage ne connut plus de bornes. — Il dous brave , s'écrièrent-ils d'une seule voix » il nous insulte! assommons-le! — MaiStmes" sieurs , continuai-je aVec 1^ {ïlus grand sang* froid , veuillez, m 'entendre ! — Nous n'avons
EGjCLÉSlASTlQUB. S07
que trop bien entendu ! — £t je tous prouverai quand vous voudrez... — Assommonsle! assommons-le I — Ma nature répugne aux flatuosités -— ( mêmes oris). — Il suffira donc de répéter devant vous l'expérienee... Ici une voix couvrant toutes les autres , hurla : — Noyons-le ! — » Notez , IVumeau , que ce pays est rempli de marécages. Ma foi, c'était à en perdre la tête. Cinq ou six de ces forcenés avaient silencieusement relevé les manches de leurs habits ; je savais ce que cela voulait dire. Je fis un grand écart , j^e pris la fuite; j'avai3 de9 ailes. Je pareourus ainsi , tout d'une traite , les quelques milles qui séparent Bury-HUl de la route de Touest. G!était sur les cinq heures ; la malle d'tlxeter passait , je m'y jetai ; et le leademain à sept heures j'étais à Londres. .
J'avais quitté Londres un vendredi, j'y reviens un samedi ; en tout huit jours d'absence. Mais de combien de malheurs pour moi, ces huit jours ne furent ils pas la source ! Le lendemain de mon retour — le dimanche , — on me remit une lettre de mon beau-père : le baron m'annonçait que de pressantes affaires le rappelaient sur le Continent. Il parait, pen* sai-je, que nous jouons tous deux aux barres ; j'arrive , il part ; je pars , il arrive 5 et toujours de même. C'est amusant! Vous pouvez , dïsRÏi-ïlf vous présenter lundi dans Grosvenor- Square (où étoit situé l'hôtel de sa fille , l'hôtel de ma femme , mon hôtel par conséquent ! ) c'est là que sera célébré votre mariage pour lequel fat
acheté une licence spéciale (le baron, lui, avait sa résidence particulière, pi as près de la cour, dans Arlington - Street ), je regrette , écrivait - il en terminant , de ne povvoir sanctifier votre union par ma présence. J'aurais été heureus, monsieur , de vous imposer les mains d cet instant solennel, La bénédiction de Dieu suit généralement celle des pères. Que Dieu vous bénisse ! — Ah ! par exemple ! m'écriai-je , et je mettais la lettre en mille pièces ; et , comme uu taureau des mains du sacrificateur, je m'échappais de celles d'un pauvre coifiPeur qui m'accommodait lorsque je la reçus — Par exemple, roilà qui est parfaitement impudent ; et il y a, sur ma parole, des gens qui naissent charlatans! Gomment ! en voilà un qui a changé plus do fois sa religion que le roi Dagobert n'a tourné le côté de sa culotte , et qui appelle cela csomm'unier avec la divinité. sous toutes les espèces; un homme qui ne va peut-être sur le Continent que pour y trafiquer de quelque abjuration nouvelle ; voilà cet homme qui s'avise de me bénir! cet homme qui se permet de trancher du patriarche , et prétend m'imposer les mains!... Sang-dieu ! £t je me mis à danser sur les morceaux de la lettre. Le coiffeur était stupéfait ; moi je riais et je pleurais. J'étais fu-
210 DU CSLIBAT
rieouL et attendri. -^ Car , repris-je en étendant vivement les bras comme pour saisir un objet dans le vide (de sorte que le coiffeur craignant sans doute de ma part quelque odieux attentat s'était retranché derrière une barricade de chaises) ; car , repris-je , si , dans son épitre, le baron , d'une part, se moque de moi; d'autre part , il m'ouvre les cieux. — Ainsi , ajou(ai-je , en ramenant à moi le coiffeur , ai* dez-moi de suite à récupérer ces précieuses reliques. Et je ramassai soigneusement leslam* beaux de la lettre. Puis m'adressant plus familièrement à cet honnête garçon : — Coiffeur , dis-je , que ton âme se réjouisse ; je me marie demain. Répare donc le temps perdu, et que ta main me soit légère. N'épargne ni les huiles amies du cuir chevelu , ni les onguens aromatiques connus sous le nom de pommade , et répète sans crainte, oui répète avec moi cette magnifique entrée d'une de nos odes natio* nales :
La victoire en chantant, nous ouTre la barrière.
Enduis - moi , même , continuai-je après qoe le coiffeur eut satisfait à ma demande , enduis* moi de cynnamonum et de myrrhe. Je suis
brun , mais... je suis beau. Je suis riche ! parfume-moi de nard, coiffeur, ô heureux coiffeur ! dont la vile écaille mord à loisir cette chevelure puissante , où demain elle baignera ses belles mains. Telle on voit, sur la marge escarpée d'un torrent , la timide bergère plonger dans les eaux noires et fortifiantes les plus jeunes de ses agneaux. Le coiffeur me fit un buisson crêpé, et je lui jetai ma bourse — style d'Opéra - Comique
Ainsi donc maintenant rien ne 3'oppose plus à mon bonheur (je le croyais , Trumeau ! ai*je pu le croire ) ! maintenant je puis dépouiller hardiment les indignes bandelettes dont trois apothicaires ont revêtu mes cicatrices.
APOPUTHEGMB :
• Lesembrassemens de sa jeune épouse, voilà » les bandelettes du fiancé ! »
Je me sens plus jeune, je me sens plut fort ; je me sens capable de tout. amour ! mes muscles ont acquis une nouvelle souplesse. J'en élends et distends les ressorts avec la plus
DU CELlBàT ECCLÉSIASTIQUE. 219
grande facilité et à plusieurs reprises. Je lève les bras et je les abaisse; je marche. puis* sance! il me semble même que mesmouvemens s'accomplissent sans le secours de ma volonté. D'un autre côté , j'ai des picotemens dans les prunelles, mes narines soufflent un gaz inébriant ; c'est à ne s'y plus méprendre , ma nature se modifie ; ô volupté ! je suis comme une pièce d'étoffe qui s'alonge sous les doigts industrieux du tisserand... è Gandidd !
£n conséquence, le reste de la journée fut consacré à me préparer, avec ferveur, au grand acte du lendemain. Je mandai près de moi un juif de Smyrne, qui demeurait dans Petticoat- Lane , et qu'on m'avait dit être en possession de merveilleux secrets. Une sourde crainte me travaillait.
— Je suis, lui dis-je, l'ayant préalablement instruit de mon intention de me marier le lendemain, je suis depuis quelques heures dans un état qui m'inquiète ; voici mon état.
Et je le lui exposai sous tous ses aspects.
— C'est ce que nous nommons, me dit l'homme... '1-
— Il n'importe , interrompis-je ; je continuai : Ce qui importe , c'est qu'en raison de !a constante et subtile activité de cet état, je dois
Béc^ssai rement m*attendre à sa résolution 9u-< bile et prochaine. Catastrophe qu'il est de notre plus haut intérêt de prévenir, mon eher ami.
Je Yous ai donc fait venir pour ceci : ou, par les ressources qui sont en votre pouvoir , vous maintiendrez cette activité jusqu'à Theure dool nous conviendrons ultérieurement et m'en ga^ rantirez la permanence; ou... vous la modifierez , tempérerez et réduirez — niais sans toutes fois altérer son principe essentiel — de manière à m'en faire retrouver au moment opportun toute la virtualité présente. Est-ce entendu ?
— Parfaitement , monsieur. Je commence seulement par déclarer à monsieur qu'il m'esl bien possible , en effet, à l'aide des secours de mon art, de garantir une permanence; raaia que si je réduis et tempère... Va te promener! monsieur comprend ? c'est-à-dire ^ je ne réponds plus de rien.
— J[e comprends.
— Le plus sage , à mon avis , serait doue do s'en tenir à la première proposition qui , en tout état de cause , est la plus naturelle; je prie aussi monsieur de se souvenir que je n'agis que par des moyens purement humains. Mais avant de rien arrêter , je dois adresser quelques questions délicates à monsieur ; c'est ce
ECCLÉSIASTIQllÊ. 2 1 S
que nous appelons les notions préalables. Il s'agit de madame, autrement dit , de la future de monsieur.
Quelle est madame ?
Quel est son âge ?
Quelle est la constitution de madame ?
Le teint de madame?
La couleur de ses cheveux ?
Madame a-t^lle les yeux yairs ?
Madame est-elle grasse?
Tenue ou précise ?
Quelle est la forme de madame ?
Quels sont ses pieds ?
Quels est son corsage ?
Quelle bouche?
Sa nuque?
Et la profondeur de la vallée creusée par le corset entre les épaules ?
Enfin madame est^elle fille ?
Veuve?
Veuve d'un mari ou de plusieurs maris?
Quel fut le tempérament desdits maris ?
Madame est-telle mère ?
Mère d'un enfant ?
De deux ou de trois enfans ?
' De quel nombre indéterminé d'enfans madame est-elle mère ? .
G W là, succinctement, ce qu'il nous Unporla de savoir ; c*est là ce qui doit former la ïf»a% première de nos investigations.
La stupéfaction où m'avait jeté un aussi effroyable cataclysme de questions, laissa au juif le temps de n*en oublier aucune. Je me levai avec dignité.
— Monsieur , m'écriai-je , ce que vous me demandez là est vraiment insolite, pour ne rien dire de plus — et, si je ne respectais en vous le caractère auguste de la science, je vous croirais coupable envers moi d'une fort mauvaise plaisanterie.
Le juif s'inclina en portant la main à son cœur, ce qui dans le langage figuré des Orientaux signifie : J*en suis incapable !
-^ N'espérez donc pas que je réponde à aucune de vos insidieuses interpellations, même par insinuation. Ma femme est vierge, monsieur; âgée de vingt ans , de sang anglais et espagnol, grande et belle, yeux améthyste, cheveux bruns , sourcils idem... idem... idem..., d'un brun tirant sur le noir. Mais quant au creux formé entre ses épaules , croyez- vous donc que j'y aie passé la main , monsieur , pour savoir au juste jusqu'où il peut s'étendre Pet pensez-vous d'ailleurs que ce serait là le fait
EGGI^SIASTIQVE. 219
d'un n^laiit homme ? en supposant même que jantaia je me sois permis quelque chose en de genre ( ce qui ne regarde ni tous ni personne ) , aveik-vous imaginé que j'irais vous le dire ? -*^ Le juif était abasourdi — Est-ce que tous, par exemple, monsieur, à qui je suppose des mœurs honnêtes , il vous serait venu une seule fois la pensée d'y passer , je ne dis pas votre main 4 mais seulement le bout de votre doigt, entre les épaules ? non certainement, j'aime à le croire. Ayez donc la prudence des serpens, avec lesquels on représente Ësculape. Pour tout dire , épargnez-moi l'ennui de vous traiter comme un homme incirconapect»
Mais à peine eus-je prononcé ce fetal et dernier mot qu'un grand brait se fit entendre. C'était comme une tempête qui s'échappait de la poitrine de mon interlocuteur : Rouououououou.,, Il s'avançait pour me prendre au collet , sa barbe et ses cheveux étaient hérissés. C'était effrayant, le malheureux, ne m'hvait pas compris.
— Incirconcis î hurlait-il, ah ! tu vas me le payer! £ti1 me saisit effectivement à la gorge, ce qui dans le langage figuré des Orientaux^ signifie : J'ai rompu mon pacte avec ta maison.
• Allons, c'est bon! pensai-je, en cherchant I. 19*
218 DU CELIBAT
à me débarrasser des nmîns de ce hratal, il ?« iii'étrangler à présent! Candida , Gandida I • mais ma pensée et mon souffle s!éteignaient ensemble sous le poignet de Finfàme Amalécite... ma cravate était en lambeaux, je sentais son pouoe crever mes amygdales. Il me resta tout juste assez d'haleine pour lui dire : « Je vous donne... .ma parole... que vous faites erreur... c'est... in... cir... oon... spect... que j'ai eu rhonneur de vous dire.
— Alors c'est différent, répondit le juif, je suis au désespoir de cette méprise. . . .
Sans nul conteste, Trumeau, je venais d'échapper à une mort certaine. Peu désireux de recommencer sur les mêmes frais, je songeai de suite à reconstruire le pacte de V alliance. J*offris une prise de tabac à mon vainqueur J'y allais sans détour, avec candeur, avee confiance. Je croyais que comme tout le monde, il allait avancer le pouce et l'index, vous savez, ainsi qu'il est d'usage lorsqu'on vent prendre du tabac; mais non ) ces juifs ne font rien comme tout le monde; ce fut la bouche qu'il avança-, et il souffla dessus ma boite ! Ah ! ma foi , je ne vous le cache pas, cette manière orientale de me dire : Je n^en use pus,
EGCXisiASTigUE. 919
me smnbla plos qa'cm manque d*u«age. Eh quoi! voas offrefi du tabac — ]e ne dis pas da marc de café — non , de la nicotiane! — vous Toffrez décemment — je ne dis pas dans de (a corne oa dans du papier — mais dans de l'or; Trumeau, dans de Por contrôlé; dans une tabatière -superbe; à double fond et quijéue les plus délicieux cantilènes : ma Zétulhé..., mon pinceau trempé dans la lie.,, enfin , les airs les plus à la mode; tous ofirez tout cela , c^est-à*dire une prise de votre tabac, et on tous souffle dessue ; c'est*à-dire, on souffle sur TOtre tabac! allons donc! tous m'accorderez que cela donne à penser! Vous avez failli d*étre aveuglé , peut-être pis ; tous prenez une éner^ gique résolution. Voici ce que je fis. Je jetai un rapide coup-d'œil autour de moi, j*étaii»
seul avec le juif; à l'intérieur, le verrou était tiré sur nous,, précaution que j'avais prise pour que nous ne fussions point interrompus... alors... je lermai ma tabatière.
Bon ! mais il fallait en finir. Avec un peu d'babitude du monde, on se tire toujours de ces sortes de passes. Je rusai. J'eus recoui^s à une rouerie de conversation qui m'est familière. Je dis au juif :
— Ainsi, mon bon ami, vous me disiez donc,
2t9 BU GÉi.lBJLT
(vous remarquerez qu*ii ne m'avait rien dit) vous me disiex donc*, de prendre ?...
Et, à l'instant, comme un automate mis en mouvement par quelque ressort caché, le juif répéta : — de prendre ?... c'était merveilleux. Je lui mis une plume entre les doigfts.
Il en vérifia soigneusement le bec sur son ongle , et répéta encore ; — de prendre ? c'était charmant
Tout à coup :
— £h bien , dit-il , que le diable m'emporte si jjB sais un mot de ce que je vous disais de prendre ! £t il brisa la plume contre la table.
Je fis un soubresaut sur ma chaise. Je crus sentir , derechef, des pinces de homard à mon cou.
— Si vous remuez comme ça , reprit tranquillement le juif, il me sera impossible de recueillir mes souvenirs, et il faudra inévitablement recommencer la consultation. Vous êtes nerveux comme une femme blonde.
— C'est juste, répondit-je.
Mais j'avais répondu avant d'entendre; c'est ce qui m'arrive souvent quand je suis ému.
Il y eut alors un moment de silence pendant lequel je lui passai unedeuxième plume. Enfin , déridant sa face maudite sur laquelle je vis
errer un sourire équivoque, il dit d'un ton auquel je ne compris rien : — c'est bien I — puis il ajouta en reprenant son air grave : — maintenant j'ai recueilli tous mes souvenirs — comme si c'eût été possible ! — et il écrivit en petite bâtarde ce que je vous transcris ici. 11 écrivait et parlait tout à la fois , s'arrétant souvent pour me donner quelques explications ou me regarder de travers. Voici sa prescription * , . . .