‹ Madame IsabelleChapitre 15 sur 22 · UN HOMME DB LBTT1E · texte numérisé non relu

UN HOMME DB LBTT1E

(Il est dans son cabinet; il dessine à la plume des têtes de

Turcs ; on frappe , il va ouvrir en pestant. } Bon ! quelque désœuTié !

iB poiTiBi {un papier à la main).

Monsietr , c^eti une lettre QuVntre tos propres nuins on m'a dit de remettre. (// réclame quinze centimes de port.)

— GOMBDIB IHBDITE. —

air ATTBiroAirT.

J'en étais là de mon discoars sur le célibat ecclésiastique et de la lettre du sîeijr Malorné , lorsque celle-ci me fut remise. £lle était à l'adresse de l'abbé Froulay^ à

Monsieur l'abbé ,

« Pour le quart d'heure il parait que vous ne demeurez pas quelque part , ou plutôt que TOUS avez deôx domiciles, ce qui fait que foa ne vous rencontre pas fréquemment. Je ne m'en plains que parce que cela me prive du plaisir de causer avec vous, et de tous de-

mander la fin de votre volume. Nous voilà bien loin de noire terme rigoureux ; et, en vérité , il me serait bien agréable de finir en bons amis cette afiaire , et de la finir très promptement. Ayez donc la bonté de nie donner un rendez-vous et la fin du volume.

Mille civilités , A. Levavasseor.

Pour bien comprendre cette lettre il faut savoir ceci :

Le presbytère que j'habite est distant de Paris de quelques lieues, isolé et sans communication directe avec les routes desservies par les voitures publiques.

En partant des Tuileries avec de bons chevaux, on peut s'y rendre en moins de deux heures, mais la poste y retarde d'un jour sur le hameau voisin qui, bien que plus éloigné de Paris, reçoit ses lettres la veille de leur livraison à Mor..., ma résidence. La semaine dernière, je fus appelé, pour un acte de mon ministère, près d'an jeune prêtre espagnol qui me visite fréquemment , et qui , comme moi , demeure dans une steppe de village. En m'absentant.

j'avais laissé ordre à la maison euriale dVç- Yoyer pour moi — chez D. Luis de Santa C.»

Tanii qui me demandait — les lettres qui me pourraient venir. D. Luis m'attendait sur son seuil lorsque j'y arrivai ; et , comme il me vit prêt à descendre de cheval , n\ m'arrêta et nie dit d'une voix émue : — « ce n'est point ici que je vous recevrai. • D. Luis habite un rez-dechaussée , éclairé sur le devant par deux fenêtres. Elles étaient fermées toutes deux , et closes à l'intérieur d'épais rideaux d'étoffe verte ; la porte aussi était fermée. D'une main , D. Luis en avait la clef, de l'autre il tenait un bâton ; ses pieds étaient chaussés de larges souliers; sa tête coiffée du sombrero de son pays; sa soutane recouverte d'un manteau de route.

— « J'ai donné l'hospitalité a une femme , me dit-il , et je ne puis^habiter mon toit tant qu'elle y demeurera. Je vais me retirer, pour ce temps, dans une petite maison que j'ai louée à une demi-lieue et j'ai espéré que vous ne m'y laisseriez pas seul. Tout est prêt pour nous recevoir. >

A ces mots , il passa sous sa porte la clef qu'il tenait ; et , prenant la bride de ma monture , se mit en marche devant moi. Nouscheminâmes au pas pendant quelques minutes , au bout

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de^qûellôs nous trouvâmes , à l'angle d'un sentier et nous y attendant , un homme et un cheTal. D.Luis donna quelques ordresà Thomme et monta sur le cheval; puis, poussant rapidement sur la droite , nous arrivâmes en moins d'un quart d'heure à Y... D. Luis nous fit arré* ter rue du Moulin , n. 8. Un domestique prit nos chevaux, ^ous passâmes sous un petit porche , traversâmes un jardin inculte et entrâmes dans une salle hasse.

Il était nuit. Une chandelle hrûlaît dans un vieux flambeau de cuivre désargenté et éclairait le chétif mobilier de la pièce. Il se composait d'un christ en bois suspendu au mur ; et de deux lits , dont un , à baldaquin et complet , m'était destiné ; quant à l'autre — celui de D. Luis — c'était tout simplement un matelas placé à nu sur le carreau. — « C'est là que je dormirai , me dit-il. — Entre les deux lits, il y avait une bière qui attendait son mort; et, dans la bière , un linceul ; au bas , des clous et un marteau. £t il ajouta — « jusqu'à ce que je m'endorme dans ce linceul et me couche dans cette bière... • Après quoi, nous fîmes nos dé* votions en commun. C'est dans cette maison que , huit jours durant, oublié comme au fond d'un désert, j'ai demeuré avec l'homme qui I. 20

m*y avait conduit, priant pour la guerison de son âme et entendant la longue et étrange conieitsion de sa vie, la confes&îôn du prèlre au prêtre , celle de Tami à l'ami. — Je crois au moins inutile d'ajouter que dans ce livre il nu sera question que de la dernière. — Prosterné aux pieds de l'image de notre Sauveur, j'implorai , pour celui qui souffrait, la grâce du divin fils de Marie, et ma prière fut exaucée. Dieu prêta à mes paroles la force qui soutient et l'espoir qui console. Je quittai D. Luis calmé, sinon guéri. £n le laissant à Y... j'emportais la fin de l'histoire restée inachevée à Mor... sur ma table de travail.

Mais j'avais à peine repris la plume pour la continuer, que la lettre de mon libraire arriva.

Cette lettre avait couru après moi , comme le libraire lui-même , ce qui en expliqup le contenu noueux et astringent.

J*avais ëté inexadt , il me le rappelait.

Je le confesse ; et , dans mon humilité , je fais plus , je joins à l'aveu de ma faute le témoignage qui réternise.

Je reprends.

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