‹ Madame IsabelleChapitre 16 sur 22 · D. LUIS · texte numérisé non relu

D. LUIS

Une histoire Coniniinaloire !

Quel déboire !

M. MkioMli {Œuvres poétiques).

DB LA roi JUBAB.

M. Malorné raconte dans la fîn de sa lettre comment il ne fut pas le mari de sa femme.

Nous supprimons la fin de cette lettre pour trois raisons :

D'abord, elle contient la nomenclature des plantes etracinesdont fut composé Télectuaire qu'il eut a prendre; et, outre la long;ueur de cette liste, le secret diabolique qu'elle révèle nous en interdit la publication. Nous ne sommes plus au temps où les prêtres étaient médecins.

En second lieu , elle s'occupe de détails d'al-

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cÔTC que la plume mondaine du sieor Maloné a pu aborder , mais que la nôtre ne saurait reproduire.

£t , enfin , nous retrouTonsdans les documens que nous ayons puisés , pendant notre sëjour à y..., auprès de D. Luis , de quoi la remplacer sans nuire à l'ensemble et à l'ordre des faits qui nous restent à éclaircir.

M. Malorné fut uni dans la foi catholique à demoiselle lliérèse- Catherine Gandida BeU grave, au jour fixé et à l'heure dite, c'est-àdire deux jours après l'enyoi de la lettre du baron.

Encore meurtri de ses chutes, mais allumé par le philtre du démon , M. Malorné, les doigts gantés de chevalières, les cheveux raides de cosmétiques, le jabot empesé comme le reste de sa personne, monta à l'autel en vainqueur. 11 avait compté sur des noces, on n'en fit pas ; il avait des prétentions à être beau danseur , on ne dansa pas. Personne ne s'aperçut qu'il avait une culotte courte, tendait démesurément le jarret; gonflait, à le faire crever, son

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bourrelet inguinal; et n'appuyait, en marchant , que de la pointe et du talon , comme feu Vestris ou Gardel.

Nous passons sous silence une infinité de manœuvres passionnées que M. Malorné exécuta au grand déplaisir de plusieurs daines conviées à la célébration de son mariage , et nous arrivons abruptement au moment solennel où Candida lui fut abandonnée.

Autant qu'on en a pu juger sur le portrait tracé par son burlesque époux , cette jeune femme , Anglaise par les mœurs , était Espagnole par le corps. L'artiste qui avait eu le bonheur de la peindre assurait qu'elle était belle comme la Léda de Léonard de Vinci. Elle avait, disait un courtisan avec lequel elle avait walsé à Altnack's, des reins de duchesse et des pieds de marquise. Quant à ses mains, longues et grasses , elles semblaient avoir été faites pour filer éternellement la quenouille d'amour.

Quand M. Malorné fut avec tout cela : ces pieds, ces mains, ces reins, ce tout achevé; et que , regardant dans la vaste profondeur de la chambre , il s'y trouva seul avec sa femme ; sa pensée se tuméfia d'impureté, et il imagina qu'il tenait enfin sans défense , et pour en user et en abuser , la belle jeune fille , qui , silen-

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cieuse et pudique, défaisait épingle à épingle tout ce qui avait paré Tépousée. £lle se déchaussa , avec cette merveilleuse adresse des femmes anglaises, qui, de Tune et de Tautre jambe , savent extraire le pied du soulier , sans que leur pratique appelle le regard plus haut que la cheville : bien différentes en cela de ces honnêtes Parisiennes pour qui la même nécessité n'est qu'une occasion de scandaleuse provocation. Son voile tomba , sa guimpe tomba « sa gorge se souleva et sortit victorieuse de l'étreinte du corset. M. Malorné fit un : — oh ! dont aucun acteur ne devinerait le sens. Il avait vu sa femme se baisser; il crut qu'elle ramassait quelque chose , il s'avança pour lui en épargner la peine ; mais il s'arrêta et fit un deuxième : — oh ! tout aussi intraduisible que le premier. Candida s'était baissée, mais n'avait rien ramassé. Elle s'était agenouillée sur un carreau et priait , la face tournée contre le lit. Elle ne pouvait apercevoir son mari , et n'avait point entendu ses exclamations. Elle- récitait la prière des jeunes filles , les litanies de la Vierge. Et vis-à-vis d'elle , de l'autre côié du lit , nne tête noire , appuyée comme la sienne sur la soie blanche du couvre-pied , répondait les versets de l'oraison.

Et , à quinze pas, le sieur Malomé , sur qui soufflait de plus en plus l'inspiration du dial^le, se tenait dressé comme un scorpion , prêt à mordre et à souiller.

£t Gandida et le répondant continuaient d'élever leurs cœurs vers la reine des anges.

— Mater divinœ graitw,

— Ora pro nobis.

Le mari , sous son obsession charnelle, dévorait des yeux les blanches et souples épaules de sa femme.

— Mater purisiima,

— Ora pro nobù.

11 tordit sa pensée comme le cep d'une vigne, et en étreignit la taille de Gandida.

— Mater caitissima.

— Ora pro nobis.

Il s'approcha , rasant le tapis et retenant son haleine.

— Mater inviolata.

— Ora pro nobis.

Ses genoux tremblaient... II concentra son regard en un point, derrière la tète, devers l'endroit où se creuse le cou, sur une épaisse cédille de cheveux qui y bouclait à l'aventure.

— Mater intemerata,

— Ora pro nobis.

Et il y appuya ses lèvres fumantes. Candida sursaUUt et fit un cri. Un homme sauta pardessus le lit. C'était un prêtre. C'était D. Luis. Il terrassa le mari, lui fit sentir au flanc la pointe d'un couteau , et dit :

— Si vous ne voulez mourir, renoncez présentement à votre femme , par un serment devant Dieu ; sinon , faites un acte de contrition , car je suis en état de péché mortel et ne pourrais sauver votre âme avant de tuer votre corps. ^ Etes-vous prêt ?

— Je suis prêt n tout ce qui sera raisonnable , répondit piteusement M. Maiorné, mais d'abord lâchez-moi dans le cas où vous ne seriez pas le diable ; si vous êtes un voleur , prenez ma bourse.

— Ne le tue pas , mi tesoro ! dit GanJida.

— Qu'il jure donc ! reprit D. Luis.

— Jurez ! répéta Candida.

— Ma femme aussi ! c'est un guet-à-pens , s'écria le malheureux Malorné — eh ! bien , donc, je jure...

— D. Luis atteignit un livre de son sein et l'ouvrit — devant cette image du bienheureux

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IxHiis de Gonz9gu€« le polron de la pureté et le mien , dit-*il.

— Devant cette image du bienheureux Louis de Gonzague, le patron de la pureté et le vôtre, répéta Malorné.

D. Luis tourna le feuillet — devant celles de Thérèse et sainte Catherine de Sienne, patronnes de votk*e femme.

-^Bev«m «elles de Thérèse ^t de sainte Catherine de ^nne , patronnes de ma femme.

— Devant oelle de Jéréme qui vécut au dé»

sert.

— Devant celle de Jérôme qui vécut au désert.

— Devant celle de Paul à qui le Seigneur parla sur le chemin dé Danias.

— Devant celle de Paul h qui le Seigneur parla sur le chemin de Damas.

— D^Étienne qui fut lapidé.

•— D'Éti^fine qui fut lapidé.

— De Jean mis à mort à la Porie-Lattne.

— De Jean mis à mort à la Porte«Latine.

•^De Laurent qui louait Dieu sur les tisons.

— Et enfin de Laurent qui louait Dieu sur les tisons , dit le mari ; et il ajouta mentalement : -— ' c'est eiactement ma position , sauf que je ne loue pas Dieu.

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