‹ Madame IsabelleChapitre 17 sur 22 · DU G£UB\T · texte numérisé non relu

DU G£UB\T

D. Luis était à 4a fin en }i?re , il reprit — devant toutes ces figures des bienheureux ici présens.

— ... Ici préaens.

— Priant Dieu si je manque au serment que je vais faire.

— . .. Que je vais faire.

— De me frapper en oe monde comme païen et sacrilège , m'éprouvant par les lortitres qu'y subirent les saints martyrs^ témoins dé ma pro« messe ; et dans l'autre me livrant à la damnation éternelle;

— ... A la damnation étemelle ;

— Je jure,

— Je jure,

— De n'entrer jamais dans ce lit , ni dans aucun autre où serait ma femme ; de ne l'approcher ni dans son sommeil ni pendant la veille ; ni en ce lieu, ni oit que ce soit; ni maintenant, ni jamais; ni morte, ni vive; renonçant ainsi à la possession de son corps , comme homme et comme mari.

— Avez -vous perdu la tète ? hurla M. Malorné en faisant un brusque mouvement pour se dérober à son ennemi. — Ce prêtre est fou ! mais il se sentit comme rivé à la main qui s'incrustait à son épaule ; et , en même temps,

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la pointe du couteau ensanglanta son linge. Il jeta une lamentable plainte où gémissait le cri du calvaire : Elte , Elie , pourquoi m'abandonnez-vouê f et répéta mot pour mot le serment exigé.

— Ainsi-soit-il ! dit D. Luis en lui rendant la liberté.

Il ajouta du tou le plus bienveillant :

— « Maintenant, monsieur, il me reste à vous donner les explications qu'en votre qualité d'époux, vous êtes en droit d'exiger; je suis tranquille, j'ai votre serment et je sais que vous ne le fausserez pas. »

Il rengaina son stylet, remit son livre dans sa poche, et prit place entre M. Malorné et Candida assis aux deux extrémités d'un sopha.

Candida avait couvert la nudité de ses bras et de sa gorge d^s larges feuilles d'un raantelet de sirsacas. Bans son coin , M. Malorné se façonnait à la résignation. D. Luis , dans le calme de l'homm<^ qui a accompli la partie la plus pénible de sa tâche , joignit les mains comme

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pour înroquer te secours céleste ; puis se signast :

«— « Au nom de la très sainte Trinité, le Père, }e Fila et ;le Saint-Esprit, dit*il , ce que je vais TOUS dire est la vérité : »

— « Et , ee n'est pas de moi que cette explication VOUS serait v^ue; vous ne m'eussiez pas même vu, monsieur; si , par votre imprudence , je n'avais pas été contraint.de foire usage contre vous des armes charnelles, pour défendre de vos atteintes un bien qui n'appartient à personne en ce monde. »

D. Luis enveloppa Gandida des flammes de son regard.

M Votre femme elle-même vous eût appris cette nuit qu'elle ne pouvait vous appartenir, et pourquoi. Elle vous eût rendu de votre liberté, plus qu'elle n'en réclame de la sienne : pour vous, le droit d'être époux adultère; pour elle, celui de demeurer vierge. £t, dans le cas où sa voix eût été impuissante à vous persuader le respect de sa personne; j'étais là , vous le savez , prêt à la réclamer et à l'obtenir. — Le rouge monta au visage de M. Malorné ^— mais à présent c'est une affaire faite. Et , n'est lebesoin que j'éprouve, dans l'intérêt de l'honneur de chacun de nous , d'écarter de

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votre esprit toute interprétation injurieuse des motifs qui m'ont conduit dans votre maison , je vous y laisserais avec votre femme , sûr de vous comme de moi-même* Ce qu'il m'importe de vous faire comprendre, c'est que si j'ai usé envers vous de violence, ma naissance et ma religion me défendent de ni'abaisser jusqu'au mensonge : je suis Espagnol et j'ai l'honneur d'être dans les ordres.

M. Malomé, complètement rassuré par cet exorde poli , adopta l'attitude d'un homme qui se dispose à entendre une longue histoire et se mit à son aise. Candida s'émut comme à l'heure où, pour la première fois, elle reçut mn amant en secret, pendant que la duègne Balsagina veillait à l'huis... Elle se rapprocha de lui , par un mouvement involontaire , secouée dans toutes ses fibres , au souvenir des choses qu'il allait dire.D. Luis reprit la parole.

1— « Ma famille esl de Bladrid. Comme presque tous mes eompatriotes je suis noble. Dé»

renfanoe, je fiis destiné à l'état ecclésiastiqae. Un de mes parons, D. Vincenoio de Ereilla, chanoine de San-Isidro , s^était chargé de mon éducation. Grâces aux soins de ce saint homme , elle fat dirigée toute en Dieu. Ma vocation était irrésistible ; je fus sous-diacre en sortant de se$ mains. M'étais»je mépris sur la nature du penchant qui m'attirait vers l'église ?c^e6l ee* qu'il ne m'est pas permis de dire ; mais, quand j'appris , un mois avant l'ordination , que j'allais briser le dernier Jien qui m^attacbait au monde; il se fit dans tout mon être une révolution qui

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