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changea , pour moi, ce monde d^aspect; peignit d'une couleur plus attrayante ce que , du coin de ma cellule, j*en avais entrevu; et nie laissa comme un indéfinissable regret des choses que j'allais perdre sans les connaître. Néanmoins j'étais prêt pour les vœux ; le temps de les former approchait. La semaine qui précéda leur prononciation , il y eut, à l'occasion de ma prise d'habit , une petite fête chezD. Yincencio. Ce saint homme avait obtenu de mon supérieur la permission de m'y faire assister après les exercices du soir. En retournant le lendemain au séminaire , je devais , avec ceux de mes condisciples désignés pdur être ordonnés, entrer de suite en retraite jusc^u^au jeudi suivant. G'é» tait le jour fixé pour la cérémonie. Voici ce qui fut de moi pendant cet intervalle de temps. La société qui assistait au gala donné par D. Yincencio se composait de quelques ecdésiastiques, amis du maître de la maison ^ homnies graves et chauves pour la plupart , à l'exeeption d 'lin- aièé italien, mon voisin de table, de troi9 ou quAtre ans au plus mon i^né.
YQUSt ne cpn naisses pas le$ prêtres de notre Espagne , Dfoniâeur , ce somt presque tous den bi«iuaBM0&.d*une intelligence siipérieure, sinon des détoMk. d'une auAlérité outrée. L'Espagne
seule et dans l'Italie, les États 'Romains, offrent aa clergé la part de Thonnéte liberté qui fait du bon prêtre en ces pays , un véritable objet de vénération. A la vérité, ceux de l'église qui veulent y vivre dans le dérèglement le peuvent avec plus de facilité que partout ailleurs. Mais, en général , les mauvais prêtres sont rares en ces contrées; parce que, là, vraiment , la prêtrise est un sacerdoce et non point un état ; comme en France et dans cette malheureuse Angleterre, qui ne reconnaît pour Dieu que le mammon d'iniquité , pour prêtres que des marchands , pour temple qu'un baztir, pour autel t{U'nR comptéir d^escompte !
D. Vinceucio et ses amis, D. Anastasio de Moiitoya, grand prieur du couvent des religieuses trinitaires de la rue de Gantanaras; D. Yiruès , économe du collège de Notre-Damede-Lorette , dans la rue de Magdalena ; D.Garcilaso , Pedro de Soto , Juan de Artieda , tous trois prêtres de San-Isidro ; et Titalien , il signor Domenichi, logé dans la rue du duc d'Albe, tous gens de mérite et de nom , égayèrent le repas de cette joie décente et franche , de ces heureux propos et de ces fines reparties qu'inspirent les vins de nos celliers. Je me sentais épanouir le cœur au milieu d'eux, comme au sein de la famille spirituelle que j'aurais choisi moi-même, si mon choix eut été à faire. Le
mi CÉLIBAT BGGLB8IAST1QUB. ^M
diiier se prolongea jusqu'à la nuit. C'était au plus beau mois de Tannée. Les fenêtres de la salle où nous étions étaient ouvertes ; le parfum des orangers et des cédrats nous arrivait du jardin. L'Italien proposa de faire de la musique. Un quatuor fut organisé. Je pris le violoncelle, D. Yiruès tenait l'alto, l'Italien le premier et Pedro de Soto le second violon. On avait apporté des cigaritos, D. Yincencio et les autres convives se mirent à fumer en nous écoutant. Nous jouâmes et reprimes un quatuor d'Onslow , enlevé , à ce que prétendit l'abbé , avec une verve et un hrio qui le réconcilièrent avec la musique allemande. En sa qualité d'Ita« lien , il n'admirait que Rossini. Nous le raillâmes, on quitta les instrumens; et, la tête encore pleine des harmonies de notre concert , nous descendîmes au jardin. L'abbé me donnait le bras. Nous nous écartâmes du reste de nos amis. Je remarquai , en ce moment , la coquetterie peu apostolique de son costume que la sévérité du mien faisait encore plus ressortir.
Sa soutane était de drap de France, et du plus fin. Elle avait l'ampleur de la robe d'un légat, et, du pied,, il en chassait le pan avec une grâce qui faisait valoir tout à la fois et la finesse de sa jambe rehaussée d'une soie bril- I. 22
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lante , et le luntre de sa chaussure fermée par une boucle d'or. Sa ceinture était de la moire la plus riche; son rabat de la coupe la plus nouvelle, ses cheveux poudrés et aromatisés ; ses ongles lavés au citron, et son annulaire éiincelant des feux d'une topaze de Lisbonne. Le vin de Xérès avait peint ses joues d'une couleur plus vermeille, et donnait à sa conversation un tour quelque peu mondain.
J'étais arrivé , toujours au bras du signor Ahhaie, au fond d'une petite allée qui aboutissait à une porte de sortie sur la rue du duc d'Albe. Cette porte était ouverte , Domenichi , comme par une distraction que je partageai d'abord innocemment, continua d'avancer. Nous nous trouvâmes dans la rue. Dès que je m'en aperçus, je voulus rentrer ; mais il n'était plus temps. Cn de nosamis de l'intérieur avait fermé la porte.
Cette porte fermée me parut être comme un fatal avis du ciel; et le mur du jardin de D. Yincencio, hors duquel je me voyais en compagnie du Domenichi, comme l'enclos de la Jérusalem céleste , loin de laquelle vivent et meurent dans l'esclave du péché, ceux que Dieu n'a point appelés.
Cette pensée ipe contrista et m'emplit de crainte.
vu.
Mon inquiétude n'échappa point à Dômeiiichî.
— Je gagerais que c'est le prieur desTrini tairesqui nous joue ce tour, dit-il gaiment; il prend sa revanche des dix onces que je lui ai gagnées hier . . . sur parole , dans une honnête maison de la rue del Humilladero.
— Le prieur Joue ? demandai-je à demi-scandalisé.
— £til triche ! répondit confidemment Domeuichi. Ce n'est pas que je lui en fasse un repro-
che. . . au moins, quand il perd. Tout joueur est un peu hriccone, et moi-même ....
— Pensez-vous que nous puissions rentrer par San-Isidro? interrompis-je , ne songeant qu'à regagner le logis.
Mais Domenichi m'entraînait plus loin, me disant :
— Abandonnez -vous à moi , senor. Pour n'être pas Espagnol , je ne suis pas perdu dans les Ëspagnes; et par. la croix! c'est un bon guide et un solide compagnon, que celui qui a * parcouru sans lanterne le faubourg aux Perches de Malaga , les îles de Riaran , le compas de Séville, l'acqueduc de Ségovie , l'oliverie de Valence , les rondes de Grenade , la plage de San-Lucar, le haras de Cordoue et les cabarets de Tolède.
C'étaient, comme vous le pouvez penser, tous lieux de mauvais renom.
Je regardai Donneuichi de travers^ il commençait à me devenir suspect , et je dis des lèvres un Ave , me souvenant des paroles de saint Bernard : Le serviteur de Marie ne périra jamais,
— Que marmottez- vous donc tout bas, mm ^caro f me dit-il; la quale donna pregiate voi f
« Oh ! pensai-je , si j'écoute plus long-temps
BGGLésiASTIQUE. 287
cet Italien , comment oserai-je demain demander l'absolution à mes frères ? Chacune de ses . paroles est un tison de Tenfer. Que Dieu lui pardonne et me sauve !
Mais je continuais de suivre Domenichi
Lequel ne fredonnait point un cantique. Où allions-nous ? Je l'ignore. L'intelligence de ma pensée . emportée sur les pas de cet homme comme le grain sous la meule, se brisait aux angles des rues sans les reconnaître ; la conscience de notre marche ne me laissait de clair que ce qu'elle avait de heurté. Tout à coup , nous nous arrêtâmes. On poussait des cris devant, nous... c'était quelque rixe... un meurtre peut-être ! — jivez-vous des armes f me demanda Domenichi. — L'esprit du Seigneur esi avec moi, répondis-je. — Attendez-moi donc ici, reprit-il ; V esprit du Seigneur est efficace, mais surtout quand il est d'une bonne trempe. Il
Dir CÉLIBAT BGGLÉSIA.ST1QUE. 259
sortît une dague de demous sa robe , et se mit à courir dans la direction des cris. Je me pré- Hpitai à sa suite; l'impiété de son audace m'épouvantait; je le rejoignis... Domenichi était entre trois assassins et deux dames agenouillées; il se battait bravement , mais allait être enveloppé. Ma survenue le sauva. Je criais : Fuego ! fuego! Au feu ! Quelques fenêtres s'ouvraient ; j'arrivais , les bras étendus et la poitrine décou» fcrte,... une lame d'acier m'arrêta. Elle m'ouvrit le côté au-dessous du cœur, et fouilla dans mon sein où elle demeura clouée; je sentis la coquille de l'arme sceller la plaie et en étrangler les bords... Je tombai. Mon assasftin prit la fuite, les autres disparurent également. Domo^ nièhi avait sa soutane criblée de coups, mail était sans blessure; il aida à me transporter au logis des deux dames, situé à quelques pas de là... De ces dames, Tune était la duègne Balsagina, l'autre...
Ici, D. Luis soupira et passa la main devant ses yeux ; il reprit :
— L'autre était Gandida que voilà à ma droite, aujourd'hui votre femme! • sa voix était plus éclatante, et sonnait comme un timbre d'airain à l'oreille du mari.— Gandida ! mon ange gardien en ce monde ; celle dont le nom
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s'est, depuis cette heure, inscrit dans ma vie comme un signe mystérieux et providentiel ; la femme dont je retrouve l'image jusque sur les pages bénies de mon bréviaire , quand je les ouvre pour me recueillir en Dieu; dont la forme me suit partout , éternelle vision de mes jours et de mes nuits; à la chaire, au confessionnal , à la consécration ; en moi, hors de moi, sur la natte où je couche et où je pleure...
Il se tut , laissant tomber , une à une , ces dernières paroles, qui se fondirent comme une mélodieuse rosée dans l'âme de Candida. £lle lutta un moment contre son émotion, puis voila l'orbe noyé de ses yeux sous les brune» franges de sa paupière. M. Malorné passa son mouchoir sur son front , geste qu'on pouvait ^ ainsi traduire : Que va-t- il m' apprendre encore f
A compter de là , reprit D. Luis , je ne m'appartins plus. Ma blessure , quoique grave , n'était pas dangereuse. Aussitôt qu'on m'eût pansé, et sur mes instances , D. Yincencio fut prévenu. €e bon parent accourut , et se contenta des explications de l'Italien, qui lui conta je ne sais quelle fable. Deux jours après , je rentrai au séminaire ; quatre jours après, je reçus des mains de monseigneur l'évéque de Segorbe, l'étole et la manipule ^ ces insignes sacrés des plus saintes fonctions. J'étais à jamais engagé dans les ordres.
Mon état d'épuisement, la longueur de l'office, les vibrations tonnantes des cloches et de l'orgue se mêlant au chant des prêtres; l'éclat
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des chapes hérissées d'argent et rutilantes de tabis; l'odeur de Tencens et de la cire alla* mes ; la chaleur de la foule qui avait envahi jusqu'aux chapelles réservées , faisait ployer sous son faix la dentelle dorée des balustrades, etavait garni jusqu'aux chapiteaux des colonnes où elle semblait dénicher les tètes d'anges sculptées dans les volutes... Cet immense concours d'hommes, cette imposante majesté de l'appareil qui les réunissait , ébranlèrent puissamment mes organes émus et fatigués. Mais , plus que tout cela , la grandeur et l'importance de rengagement que je prenais devant le saint des saints, et en face de ses ministres assemblés pour en être dépositaires; le dialogue latin du prélat oificiant et de rarchidiacre , notre par* rain , interrompu et repris à chaque nouveau nom qu'on appelait... £t enfin ^ telle qu'une épine cachée dansma glarieivse couronne d'élu, le déchirant et doux souvenir de celle que je sacrifiais à Dieu , et sur une parole de qui je me serais enfui des bras de Dieu même!... ce dernier abandon , cette suprême croix du calvaire que je montais ^ anéantirent le reste de mes forces... C'en était trop pour un corps chétif et malade, trop (lour une âme perdue entre \e muet appel de la grâce et l'appel plus
puissant mais éloii^é de la créature... Je m'agenouillai , j'avais prononcé la formule que rien ne délie sur cette terre... J'étais le dernier des sou.«-diacres à ordonner. On entonna le Vent Creator. Je m'évanouis au milieu du chœur.»
Je fus emporté à la bibliothèque de l'église. Pour la gagner , il fallait traverser une des tribunes grillées qui communiquent de l'église au cloître. £n passant devant une des fenêtres ouvertes de cette galerie, un air frais et pur balaya mon front et rappela mes esprits ; j'ouvris les yeux : la galerie était pleine de dames. Je n'en vis qu'une. Gandida ! Elle avait écarté son voile, elle me reconnut; je crus qu'elle me tendait les bras... J'entendais un murmure de Toix mêlé de curiosité et de pitié obligeante. — Ce pauvre prêtre! ■ — comme il est pâle!» — Je m'évapouis de nouveau.
Je fus pendant six mois en danger de la vie.
Pendant six mois, D. Yincencio veilla à mon
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chevet conime à celui d*un fils; et il y dit souvent la prière des agonisans. Je dois à ta charité de son zèle de n'avoir pas succombé alors.
Après ce temps, j'entrai en convalescence.
Quand j'avais passé une journée et que mon sommeil de la nuit avait été paisible, D. Yincencio me permettait une courte promenade.
Il m'accompagna d'abord ; mais , ma santé se raffermissant et ayant cessé d^inspirer aucune inquiétude, je pus enfin sortir seul. Le premier usage que je fis de cette liberté fut de courir à la rue de... hélas! Candida n'y était plus. J'ap-^ pris qu'elle en était partie , la veille , avec sa mère et la duègne Balsagina. Partie! mais où ? derrière quel pan de muraille ? où me la cachait-on ? qui la dérobait à mon amour ?... Car, j'en avais fini avec mes doutes... Je l'aimais , Monsieur ! je la désirais . je la retrouverais , je
remporterais au désert avec moi ! Voilà
comme marche la passion , et aussi quelquefois la folie. J'allais rentrer désespéré , je rencontrai Domenichi. Depuis ma maladie j'étais un autre homme. Ce fut moi qui l'abordai.
— Seigneur, lui dis-je, je suis en peine des deux dames que vous et moi , sauvâmes un soir des mains des assassins ; ne savez-vous rien de leur retraite ?
— Rien , sur ma foi ! répondit Donieni«;hi , mais , si cela vous plaii , nous la chercheront ensemble ; puisqu'aussi bien j'en suis en quête moi-même.
*— Vous êtes Tamant de Gandida ?
— L'amant de.... Il me dit un nom à l'oreille. —* Unissons nos intérêts , repris-je , Toilà mon gage.
— Pacte conclu ; le premier a?isé informera l'autre. Voici le mien.
Nous échangeâmes nos chapelets; le sien était d'ivoire , le mien d'ébène.
Nous nous séparâmes.
C'était ainsi quedeax ministres du Seigneur devenaient les serviteurs du diable , et s'assooîaientdansladamnable industrie de leur perversité. Trois jours après, je revis Bomenichi^
— « Pai découvert legite, me dit-il , on demeure dans la rue dei Léon , la duège est à tu>as , et dès> qua vous serez prêt , nous entrepont en campagne. — A ce soir done*l — A ce aoir.
Le même soir , j'étais aux genoux de Gandida... Le même soir je connus le bonheur des anges !
M. Malorné éprouva une secrète défaillance.
— « Vous dites ? éternua'^t-il. '
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D. Luis n'entendit pas et continua. — « La serge de ma robe se soulevait.^ »
M. Malorné /w/ pris de subites tranchées,
— .... aux battemens de mon cœur, ajouta D. Luis , de ce cœur dont l'ivresse n'étouffa pas l'honnêteté.... Gandida demeura pure entre mes bras.
— k\ï\ rendit Mal orn é , c'est un beau trait et je vous remercie.
— Comment ? demanda sévèrement D. Luis, accompagnant ce mot d'un geste de mépris , est-ce que telle n'eût pas été votre conduite , monsieur ?
— Eb! eb!
— TaiseZ'VOUB ! s'écria D. Luis , en se détournant avec dégoût , votre bouche est une fontaine d*impudicité et votre entendement une piscine de corruption. Yous ai-je donc donné l'exemple de l'incontinence du langage, que le v6tre est une honte ? et mon discours a-t-il, un seul instant, manqué de cette ehastetéqui convient au discours du prêtre , au discours de l'homme qui se respecte ? Esclave comme vous êtes de Tesprit immonde, n'y »ves-vou8 accordé d'attention -que celle qu'on prête à un mauvais livre ? Alors, monsieur, que Dieu me )>ardonne d'avoir été involontairement une^
ECGLÉSI A STIQUE . 269
cause de scandale , et qu'il purifie votre pensée ; car , ce qui me reste à vous dire est assez sérieux , pour que je regarde comme une insulte la moindre plaisanterie de votre part.
M. Malorné se mordit les lèvres et fit Tînspection de ses ongles.
D. Luis reprit encore :
Pendant ce temps , Domenichi était occupé dans une autre partie de la maison.
Quand je le rejoignis , je fus près de lai sauter au cou; dans mnn ravissement , j'aurais embrassé la duègne Balsagina elle-même. L'abbé m'interrogea par un clignement d'yeux qui lui est commun avec les animaux à longue queue, tels que le renard et le loup.
— Gandida est une divine créature ! lui dis-je.
— £t sa... une femme comme je n'en connais pas! répondit-il en suçant l'extrémité de son doigt , une femme pleine d'attentions , ajoutat-il , en déclamant, une femme qui sait vivre ♦
qui étudie votre caractère , et qui fait le zabayon * comme on ne le fait plus : un za^ bayon^hlainc et rose, qui i'ume et qui mousse, de l'écume et du gaz-i ah ! signor!'... £t qui joue de la guitare!... tenez, il n'y a qu'un âge de la ?ie pour savoir attaquer certaines cordes^ de cet instrument-là !
— L'âge de la baronne , n'est-ce pas ? oe qui ne l'a pas empêchée de déloger sans vous donner son adresse.
— Cetfamente ! et pour une bonne raison ;^ ma non v'e cosa più piacevole ! On m'avait vu rôder le long des murs , et ne s'était-on pas imaginéquec'était pour la Fanciullina. Aussitôt, on a pris sa volée. Maintenant que mes intentions sont connues, c'est plutôt de suivre mes pas qu'on est capable , loin d'en faire un sans ma permission. Seulement , par les péchés que je dois à Dieu! de la prudence! Gandida est, je crois, réservée à quelque riche seigneur.
Moi , en raison de la moralité de mes vues , j'ai dès demain l'accès libre de la maison ; mais vous, mon scélérat d'ami , il faut ?ous résoudre à entrer par la porte du jardin. Surtout » nous ne nous connaissons pas.
* Kspèce de sorbet italien. «
— C'est convenu.
Je lui tins fidèlement parole.
Désormais , il s'introduisit tout seul ; Balsagina continua de me servir d'introductrice.
Mon amour croissait en proportion des rendez-vous obtenus. Pour plus grande sûreté , j'y allais toujours armé. Je vous J'ai dit: depuis ma maladie , j'avais fait de grands progrès dans l'art de vivre en oe monde. Mais voici qu'approchait une catastrophe dont le souvenir saigne encore sur ma vie.
Un soir que je venais de quitter Candida , jV perças en traversant le jardin an homme caché dans une des caisses qu'on dégarnit l'hiver de leurs arbres. Il était accroupi et avait -la face entièrement couverte par son chapeau — c^était un voleur ou an amant. — Dans cette dernière supposition', Domenichi ou moi étions trompés. Je feignis de n'avoir rien vu , et je gagnai la porte que j'ouvris et fermai avec bruit ; niais je ne sortis point. Je revins sur mes pas , rhomme avait quitté sa retraite , il dirigeait les siens vers la pièce où j'avais laissé Candida seule et dans l'obscurité»
274 nu CÉLIBAT
On accédait à cette pièce par on perron de quelques marches; il le monta. Je m'embusquai derrière une jalousie entr'ouverte. La lune brillait dans le ciel ; à sa lueur, je découvris , sur un fond d'épaisses ténèbres, la noire silhouette de la jeune fille , debout, immobile , et ïe cou renversé dans Tattitude de notre dernier baiser... Un fantôme survint qui la dépassa de kl tète; c'était l'homme! Elle se leva... Je me cramponnai, pour ne pas tomber, à la barre de fer qui traverse la fenêtre... Gandida disait: — C'est la Vierge qui te ramène , ô mon bienaimé , viena-tu me prendre enfin f je suis prête ! Je te suivrai partout , Luis, à mon amant ! Je me sigfiifli. Une voix répondit: *— Jeviênêpaur être le seigneur de ta nuii, tant qu'elle sera hngue ; le maître de ta personne , comme je le êuis de ta réputation ; je sais tout : D. Luis sort é^ioi et te quitte chaque soir à pareille hmêre.
C'était la voix de Doraenichi.
Candida cria : — Jfii mère ! Balsagina ! dee flambeaux! des fiambeausJ
DoAieniohi répondit : — Ta mère et la duègne tout hors du logis et D, Luie doit en éêre loin. Cesse dona ties cris qui ne sont entendus que de moi,
A ces mots, il écarta un panade son manleau
et plaça devant lui une lanterne, dont il releva le morion. — Voici de la lumière, dit-il.
Je fouillai ma poche pour en retirer mon poignard , je sentis sous ma main le chapelet de Domenichi. J'atteignis le chapelet et le poignard.
Domenichi ajouta : — Car encore fatU-il que tu me connaisses.
L'infamie de ce pécheur m'anéantissait ! je voulus tenter le ciel en sa faveur. Je jetai le chapelet à ses pieds. Il le ramassa curieusement. — Mon chapelet! mon chapelet oublié en ce lieu, jeune fille! et â tes genoux $ Est-ce donc seulement pour en égrainer le cordon béni quel). Luis
Mais le blasphémateur n'acheva pas. J'étais derrière lui. Ma main gauche maintint son braf gauche , ma poitrine , son bras droit; et, de la main qui me restait libre, brandissant une lame d'un demi-pied , j'écrasai par trois fois mon poing contre son cœur , où la lame ne fit qu^an trou - . . .
Ce fut couvert du sang de ce malheureux, entre son cadavre et votre femme privée de sentiment, dit D. Luis en revenant brusquement à M. Malorné, que je promis à Dieu et à mon saint patron d'expier mon crime en sacrifiant de Tamour de Candida ce que Domenichi ro*en avait voulu ravir. £t j'ai été fidèle à ma promesse. De plus, je jurai Dieu et le même saint ( qui, au prix d'un homicide impossible plus d'une fois à commettre en un seul corps , m'avait épargné cet autre et plus grand péché qu'un seul corps fait mille fois commettre ! ) je le jurai, monsieur, qu'en aucun temps, en aucun lieu et à aucun homme, amant ou mari ,
DU GISLIBAT BGCLÉSl ASTIQUE. â77
n^appartiendraît le trésor auquel je renonçais volontairement! £t c'est encore en quoi ma parole n*a point été faussée , comme vous pouvez en rendre le témoignage.
Après ce meurtre dont je fis, dans la nuit même, disparaître toute trace , je cessai de voir Candida , mais une correspondance secrète s'établit entre nous. Ce fut par ce moyen qu'à un' mois de là , j'appris qu'elle partait pour la France où la fortune politique du baron était alors dans tout son éclat. Je suivis Candida à Paris. De Paris , elle fit avec sa mère plusieurs voyages à Genève , à Turin , à Venise , à Flo* rence. En Suisse, enSardaigne , en Lombardie, en Toscane , je suivis Candida partout , conduit par elle, veillant sur elle... Nous arrivâmes ainsi jusqu'à Rome.
Dans cette course rapide , j'avais , une fois par trois relais , délivré régulièrement des bandits la berline de ces dames ; et jeté par la fenêtre, hôtellerie commune, une couple de comtes , altesses et marquis , illustres amateurs fort épris en apparence de la baronne que je privais sur-le-champ de leurs adorations , pauvre femme ! J'allais ainsi comme un jeune seigneur qui voyage, une bourse à la main et un glaive de l'autre , payant et frappant,
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J'ai omis de vous dire qu'avant de quitter Madrid, j'étais monté d'un pas dan^» l'échelle sacrée, et que le diaconat m'avait été conféré^ à Rome , je n'eus plus rien à désirer, je fus or-* donné prêtre de la main même de notre Saint- Père.
Mais tous ces détails, dit D. Luis en termi-, uant, deviennent étrangers à l'histoire des faits que j'avais à vous apprendre, et ne seraient d'aucun intérêt pour le mari^de votre femme.
Il se tut
Au jour , Candida partit pour son estaie du fVorceaiershire , et D. Luis pour Paris. Le seul M. Malorné resta à son hôtel de Grosvenor^ Square , où, couché dans le lit nuptial et veuf du vivant de sa femme, il rêva de plusieurs Africaines et eut un sommeil criminel.