‹ Madame IsabelleChapitre 19 sur 22 · LE BARON · texte numérisé non relu

LE BARON

ÀTant que les anges se fussent couchés ,le ^teuple acconrat depuis les Tietllards jusqu^anx enfans.

GiRfcSB XIX, 4.

DE I.'AMITlé.

A mesure que l'esprit envisage plus longtemps cet important sujet « le célibat ecclésiastique » il éprouve plus invinciblement le besoin de recourir aux autorités écrites qui se partagent sur la matière.

Ce fut pendant son séjour à Rome que D. Luis eut la pensée de les consulter. Elle lui était venue à la suite de cette autre : « Puis-je jamais

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/•pouser Candida ? » qui elle-ménie ■'cUît que la conséquence de celle-ci : « Pnis-je élre relevé djD mes yœux ? >

Interrogé de quoi , le pape répondit : « Noo. Le chef de la catholicité peut , dans qudqaes cas réservés et pour le bien des monarchies , dissoudre les liens charnels établis par le mariage entre des époux laïcs, et permettre à Fun d'eux une nouvelle union, ainsi que.

Pie VII étant pontife , nous en avons eu Fexonpie lors des deuxièmes noces de rempereor et roi Napoléon. Mais la résolution des liens spirituels formés, au nom de Jésus, entre Féglise et le prêtre , n'est permise sous aucune excepception. Et c'est à tort qu'on attribue au Saint- Père que j'ai nommé la scandaleuse autorisation qu*i] aurait, selon quelques documens infidèles ; donnée de sa propre main au mariage de l'évéque d'Autun. Le bref que sa Sainteté adressa en cette occasion è 9. de Talleyrand *, ne contient aucune disposition de ce genre.

D. Luis comprit que ce qui avait été refusé à H. de Talleyrand , ne lui serait point ac-

* Le 29 juin 1802. Voir la Chronique religieux y in 8", Paris , 1820, tome IV, pftg. 70 et suiv.

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cordé. Il slivimlia devant la raison de la tiare , et coarut s'enfenner dam la biblîoUièque du Vatican.

D. Luis est ud esprit sérieux quoique ardent. Son instruction est solide , son intelligence profonde, sa patience à toute éprenve. Le pauTTe prêtre usa les coudes de sa soutane a étudier dans les livres ce qu'il aurait dû chercher dans son cœur. Il lut fallait , comme au proCeiSear qui démontre , un proMOiemw de la ^rité morte ; et c'est ainsi que nous sommes tous laits , ne poursuivant la fibre de notre sens qu'au milieu de reliefe analomiqnes fouillé»

par une main étrangère t

Au lailieu de tous œs livres, reliques vi* vantes des sciences éteintes , D. Luis (H une halte, espérant 7 oublier son cœur. Peu à peu, il détînt comme les bibliothécaires eux-mêmes^ dont la i^ysionomie originale est recrépie uniformément du même mastic d'érudition qui leur sert à fabriquer leurs palimpsestes :

habiles gens qui font du Virgile avec le P. Ra* pin , du Rabelais avec M, Nodier , du Geoffroi arec M. Janin l B. Luts feillit tomber dans la BMme absurdité. A l'amour de €andida, noble passion à laquelle il devait d'avoir tué un traître et sacrifié à Dieu les dépouilles ojpimes

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de la victoire , il osa vouloir substituer cet autre amour qui dessèche et ossifie Târoe à ce point d'en faire des tablettes de controverâste. Il ouvrit tant de livres que son teint devint jaune comme les pages de leurs parchemins.

Un véritable élève de l'école des Chartres n'eût pas pris moins de soin de sa personne. Sa barbe et ses eheveux étaient incultes , ses bas à l'envers, ses souliers sans cordons, ses culottes sans boutons. Infatigable dans la lutte , D. Luis vit tout , dévora tout. D'abord , au hasard , sans frein, empilant volume sur volume , sautant d'un rayon à l'autre, escaladant les échelles et y restant suspendu , montant encore, montant toujours , des brochures aux dents , des manuscrits dans les poches, des catalogues sous le bras, des livres sur la tête, sous les pieds, devant lut, derrière lui , partout en un mot et de toute sorte , jusqu'à ce qu'enfin pris de vertige et d'efiroi à se voir ainsi, seul contre tant , il dégringola de son iiaite comme un soldat précipité d'un rempart. Cependant il se releva , et , quoique meurtri , se remit à l'œuvre, robuste et plein de courage. Mais cette fois ce fut avec calme, avec méthode. 11 procéda à la façon d'un homme qui compose un almanach. Il s'était égaré dans les espaces chimé-

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riques de la fantaisie , il circonscrivit son travail en rétrogradant jusqu'au quatrième siècle , il s'y arrêta comme aux limites de la certitude. '

£n ce temps-là , en Fan 820 de notre ère , l'empire déjà disloqué par Finvasion des barbares, se remettait péniblement des secousses qui l'avaient ébranlé. La loi Pappia excitait au mariage. Constantin , politique babile , l'abroge , pensant avec raison que là où le mariage est d'une pratique plus générale, la population est d'un accroissement moins rapide , puisque, dans la reproduction de l'espèce , un mari est à un célibataire comme un est à trois.

Cinq ans plus tard , en 325 , Nicée devient le siège d'un concile , et il y est décidé que « l'église repousse du ministère ceux qui, par une indiscrétion coupable , se sont eux-mêmes ré-

DU CÉLIBAT ECCLESIASTIQUE. 9tt7

duits au sort d'Origène. Elle excepte de cette disposition ceux dont Pinvalidité aurait dVu* très causes , et maintient à leur po9te les pré* très mutilés par les barbares »

Témoignage bien formel delà nécessité ,oîi se yit la sainte assemblée , d'appuyer elle-même les mesures prises par Constantin > et de réprimander les clercs assex insensés pour aToir altéré en leur personne la virtualité requise par les besoins de l'époque , et dont leur faisait une obligation leur état de célibataires.

Un des membres de ce concile, saint Paphnuce , évêque de la Haute Thébaïde , proposa bien , prétendent quelques historiens , de dé* fendre seulement les secondes noces aux prêtres. ; mais cette proposition tendait à subordonner le temps utile du service des prêtre à l'éventualité d'un veuvage , elle ne fut point appuyée. D'autres vont jusqu'à dire que le nom de Paphnuce n'est pas dans la liste des mem* bres du concile de Nicée ; Ârcudius * est de ce nombre , et il le déclare apocryphe.

£nS85,le pape Syrice décrète, par une mesure générale et dans une bulle particulière,

* Voyes Diêêêrlation d^Arcaditu êwrle mariafê dëê prétnê grecê , page 672.

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Hb t^élibat ecclésiastique. C'est ce pape qu^on peut considérer comme le principal introdacteur de cette règle , dont Innocent I et Gré* goire III farent les restaurateurs.

Chaque jour enfin l'église s'efforce d'écarter du sanctuaire tout ce qui peut y faire soupçonner des souillures. Saint Cyprien , saint Jérôme, saint Chrysostôroe censurent les a^apètes ou femmes sous-introduùes qu'où amenait de nuit aux repas communs des chrétiens*. Sur l'avis de ces trois docteurs , ces feiumes sont supprimées et leur institution disparait ainsi que celle des diaconesses, dont plus tard nous retrouvons l'ordre perpétué en Hollande, sous le nom de Clopieê,

Malgré tout , des imprudens s'autorisant d'exemples faussement interprétés, et se fondant sur la lettre de textes incompris , se révoltèrent contre la règle^Le premier qui l'enfreignit fut d'Angelric , curé de Chàlons-sur- Marne.

11 se maria en 89S ; mais le peuple en fit justice et le chassa. Ceux de sa communion disaient : « Mais saint Pierre , le chef desapô-

* Voyez Sancti Cypnani , Epist. 62 , ad Pompowium epiêcopwm ;H Sûwcti Hieronimi , Epift. 2 , 9d Eusioch, elc.

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très , ëtnit bien marié lui-hiêiuë ; dçds le lisons d^ns Tertullien et dans saint Isidore de Damiette. » G^est vrai , mais que n'y lisiez-TOUç aussi : « Que ce mariage se fit avant la vocation de saint Pierre , et que , depuis cette vocation il cessa d'hs^biter avec sa femme. » Ils ajoutaient ; c Saint Paul écrivant à Timothée * , exige dç celui qu'on élève à l'épiscopat qu'il n'ait point passé en deuxièmes noces. » C'est encore vrai , mais cela ne veut pas dire que cette dignité puisse être conférée à celui qui, pour unq première fois , vit présenieéHent dans l'état de mariage; saint Paul parle d'un veuf et sop exclusion s'entend de celui qui le serait de deux femmes.

Et cette version est si claire qu'elle est d'ailr leurs en tous points conforme frux canons ac^ tuels de l'église , qui admettent aux saints or*, dres des veufs, à condition qu'ils, ne soient ni bigames ni mariés deux fois , ni veufs d'une veuve.

En 1118 , le concile de Latran déclare le sacrement de Tordre empêchement dirimant du mariage. Le pape Alexandre II flétrit du nom de Nicolatteg les ecclésiastiques concubi*-

• l.Timot.,3,3.

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