‹ Madame IsabelleChapitre 20 sur 22 · DV CEL!B\T · texte numérisé non relu

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naires , et en 1119, Calixte les excommunie au concile de Reims , ordonne qu'ils soient déchus de leurs bénéfices et leurs enfans appelés bâtards.

Néanmoins , h cbaque effort de l'église pour affermir sa discipline , des efforts impies tendent à en renverser Fédifice. Le seizième siècle sonne à l'horloge du temps en lugubres volées. Les populations sont frappées de cette terreur qui , à l'approche de l'orage , rallie les troupeaux dans la plaine et les y balaie avec la poussière que le vent soulève. L'hérésie de Luther gronde au loin comme un tonnerre , elle approche , elle éclate , et avec elle fondent sur la chrétienté , toutes les calamités à la fois. Luther épouse une religieuse. £n 1524 , le prêtre Carlostadt se marie lui-même; et, à cette occasion , les théologiens de Wittemberg composent une messe où il est dit : « O Dieu ! qui avez donné au bienheureux Carlostadt la force de mépriser les lois papales et de prendre une femme , faites que les autres prêtres l'imitent ! » Hélas ! il n'est que trop bien imité! OEcolampade, Zuingle, Mélancton , Bucer, Calvin , Jean Bail , en Angleterre , en Suisse et en Allemagne ; Olaûs Pétri , en Suède ; Bugenhagen , en Danemarck , et une multitude d'au-

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très capucins, moines et diacres embrassent la réforme et secouent le joug du célibat. Le désordre est aucomble ; ce qui fait dire à Erasme, ce mot si connu , que ces changemens de religion finissent tous comme les comédies , par le mariage.

Et, en vérité , comment le père de tous ces maux , ce moine efirohté et en révolte, qui , dans la suite, autorisa officiellement la poly* gamie en permettant à Philippe, landgrave de Hesse-Cassel , de prendre deux femmes, comment Luther en eût-il refusé une aux prêtres ?

Il serait trop long d*énumérer les scandales enfantés par un tel état de choses. Encore un fait cependant Odet de Ghâtillon , évéque de Beauvais, devenu calviniste, se marie dans son costume de cardinal !

Elisabeth, au moins, une femme, la reine d'Angleterre, dans les états de qui le fléau avait pénétré , en combattit de tout son pouvoir la pernicieuse invasion. Le parlement anglais ayant, en 1349, permis aux prêtres de se marier , Elisabeth défendit à tout chartrier d4nsorire, avec le titre de milady , le nom de la femme d^un évéque quoique le mari soit lord et siège à la chambre haute.

TT- Ace sujet, dit à D. Luis, un de ses voisins, TOUS ne pouvez mieux faire que de consulter l'histoire du schisme anglican , par Sanderus.

D. Luis, interompu daixsson travail, ferma le livre qu*il tenait, et ^t^ à l'étranger :

— Je n'ai pas l'honneur de vous connaître.

— Mais je vous connais, moi, repartit celui-ci, je sais que vous êtes un studieux jeune homme, amant passionné de la vérité que vous cherchez avec courage. J'ai assisté avec intérêt aux progrès dç vos laborieuses, investigations. La question dont voyis. vous occujjez est grave, mQnsieur , et présente un sens caché que bien des savans ont ^enté vainement de découvrir;

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inôî-méme je l'ai étudiée huit ans sans y rien comprendre. Mon esprit flottait indécis comme le vôtre entre toutes les raisons amoncelées sur le sujet, comme autant de décombres sous lesquels on rétouffe J'ai même été plus loin que TOUS. Et^ depuis, les blasphèmes de Yigilance et de Jovinien qui traitent d'hérésie le célibat des prêtres, jusqu'aux assertions des PP. €ucufe et Tournemine qui invoquent en sa faveur la grâce d*état, c'est-à-dire rinfaillibilité de la chair que donne l'ordination, j'aî embrassé tout ce qui se rattache à l'histoire morale de cet important problème. Maultrot, Pluquet, Gaudin , le P. Richard , Sanchez et Mondelli à jamais célèbre* par son excellent ouvrage : 2>tfsertationi ecclesiastiche del sacerdoto romano , m'ont également fait passer des jours bien agréables. C'est grâce à ce dernier auteur que j'ai enfin compris pourquoi « une femme décente préférera toujours un chirurgien marié à un chirurgien célibataire, et inversement, un confesseur célibataire à un confesseur marié. » Et la raison qu'il en donne est parfaite , puisqu'à l'égard de la femme, les fonctions du chirurgien se bornent à l'accouchement, tandia

que celles du confesseur Mais, je m'aper-

* çois, mon jeune ami, que votre attention se fa-

t9k PU céliIBAT KGCLÉ8i ASTIQUE.

iigi*c. Je me »uis, par une pente bien naturelle, laissé entra Hier au plaisir de la discussion. Avec un homme conune vous, elle prend un tour qui sème de fleurs les chemins les plus arides...

« C'est quelquç libraire ruiné, pensa D. Luis, il va mè demander Taumône. >

L'étranger ajouta , en prenant son chapeau :

— Acceptez donc les excuses que vous offre de sa Uberté grande, le baron de*^^, officier de Saint-Louis et de la Légion-d'Honneur , chevalier de Batb , de l'Eléphant et de l'Eperon d'Or.

Et il sortit.

— Le père de Gandida! s'écria D. Luis, en secouant ayec indignation les parenthèses de sa virilité.

Et il se mit à sa poursuite.

De ce jour , la bibliothèque fut abandonnée* Le nom de sa maîtresse prononcé par une voix étrangère, était tombé dans le cœur de D. Luis, comme la sphère métallique du phi-* losophe , dans le bassin d'où sa répercussion brise incessamment les liens du sommeil et de la faligfue;. Ce nom fut pour D. Luis comme un appel aux armes. Son amour n'attendait que ce signal, son sang se torréfia de plus vives ardeurs, ainsi qu'une lave qui se rallume; il s'écria: — Pitié! folie! déception ! misérable orgueil ! ! L'homme se croit sage , parce qu'il écrit des préceptes de sagesse ; il se croit fort j paroe qu'il est en équilibre entre son impuis^

%9Qf DU GÉLIB4T

sance et ses désirs! Toujoars le même, toujoars hypocrite et scélérat, ce qu'il met de faiblesse dans l'exécution de ses projets , il l'appelle probité! Il se dit sobre, ^lors qu'il est repu ; continent, sitôt qu'il est lassé de débauche ! Mais, n'est-ce point là Thistoire de ces vieilles femmes qui, chaque matin , teignent leurs cheveux de noir, et leur principe, de vertus? Qui a jamais sérieusement pensé que vivre, c'était habiter le passé avec la génération qui n'es( plus , ou construire l'avenir pour la génération qui. n'est pas ? Non , vivre , c'est exercer la yie ! Aiiper , c'est presser contre le cœur ! Voir , 0*168* toucher avec l'œil ! Comprendre , c'est ajuster dans le cerveau ! Nobles actes, que d'obscurs métaphysiciens veulent en vain réduire à l'état d'inertes facultés ! Le cœur est un viscère , l'œil un intestin , le cerveau un trousseau de nerfs ! L'homme luimême n'est que le résultat de leur« fonctions combinées; un prolongement indéfini du grand générateur auquel ils.se rattachent ; une émission constante de ce centre merveilleux et irradiant, d'où vien^ toute impulsion et toute volonté ï — £t j'en suis moi-même la preuve en ce moment , ajouta D. Luis , emporté par la chaleur de ses idées, comme i^n cavalier malhabile

par un coursier sans frein , — tout mon être s'élève en un seul trait vers le seul bien auquel j'aspire! Gandida ! Candida 1

£t il répéta ce mot arec une telle oblation et dans une si grande rumeur «te ses esprits ^ qu'il les sentit se résoudre en pleurs amoureux et pressés, dont l'abondance déchargea son cœur gonflé de tant de {Peines. Il s'arrêta heureux et chancelant. Jamais il n'avait éprouvé a ce point l'insistance cft le bienfait d'une idée. Mais que d'amour perdu !....!! eût voulu pouvoir en condenser la fumante rosée et l'offrir à sa maîtresse en un seul caillot. Il en essuya avec piréçanUop les traces éparsiss^sur ses jpuçs et continua son chemin , se fiant , quant à ses ressources , sur un fonds de sensibilité qu'il croyait inépuisable. Étrange et imprud^n^e fatuité d'un hopmte que sa C^joilité à pleurer à propos, ne mettait pas assez en garde contre le danger de ne pas pleurer du tout dans la plus intéresisante opcasioi^!

- D. Luis avait retrouvé le baron. Peu satisfait de sa banale nomination de chevalier de l'Eperon d'Or, celui-ci briguait une autre et plus précieuse faveur ; il espérait ne pas quitter Rome avant d'avoir été fait grince du Saint- Empire. D. Luis fut bientôt au courant de cette énorme prétention ; mais ce qu'il ne vit pas tout d'abord, ce fut en quoi le baron la fondait. Deson côté, le baron ignorant l'amour de D. Luis pour Gandida , continuait de le traiter de bibliophile à bibliomane. Il croyait plus que jamais le

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jeune prêtre aux prisef» avec le dëmon de la science et capable , si rocoasion s'en présentait, d'acheter à tout prix le droit d'étendre le champ de ses connaissances que l'église , en mère prudente , avait restreint entre la somme de saint Thomas et quelques autres sommes non moins assommantes , au dire des impics du siècle. Dans cette supposition , le baron ëtait l'homme qui pouvait le plus sûrement faciliter un tel penchant; il avait Toreille du cardinal Alaïadrini , chef suprême des libraires, et par les mains de qui passaient nécessairement toutes dispenses et autorisations relatives à l'instruction du clergé catholique romain.

Mais le baron était dans l'erreur la plus positive , et D. Luis ne recherchait en lui que le père de Candida, ou tout au plus le futur prince du Saint-Empire.

£n cette qualité, le baron aurait pu en effet cire utile à D. Luis, pour la réalisation du projet que ce jeune homme nourrissait de nouveau : se faire relever de ses vœux. Car, oublieux de ses autres sermens et du plus terrible d'eux tous, de celui qu'une nuit il avait fait, les mains rougies d'un meurtre ! l'insensé ne voyait plus entre lui et Candida que ses premières et imprudentes promesses de prêtre à Dieu.

300 BU ni^XUkt ECCLESIASTIQUE,

Voici donc quelle était la position récriproque de ces deux hommes. Il nous reste à expliquer comment le baron se proposait à ion tour d'utiliser la bonne volonté de son jeune ami.

Ai*i

Nous ayons dît que le baron avait Toreille du rardinal Airaadrini ; qui dit l'oreille dit la con* fiance. Or , cette confiance étant mutuelle , le cardinal avait aussi l'oreille du baron. Qui ati* reê habent audiani , que ceux qui ont des oreilles entendent. Quant à nous, nous protestons contre toute interprétation désagréable. Nous nous bornons à déclarer qu'un des aïeux du baron avait été page du régent^ monseigneur le doc d'Orléans. Voilà tout.

Le cardinal , âgé de cinquante-huit ans, était

un homme de structure , de manières et de

physionomie peu communes. 11 était si grand

qu'un matin , Pasquin et Marforh prétendirent

que son éiniiienne résidait plus en sa personne qu'en sa dignité; si maigre, qu'il semblait, à chaque mouvement , vouloir fuir du long four» reau de pourpre qui l'enveloppait; si avare de sa voix, que sa conversation avait l'air d'une confidence perpétuelle; si ophthalmiquenient cala miteux , que l'orbe de ses yeux offrait l'as* pect bouffon d'un gland de sonnette.

Mais là, ne se bornaient pas les qualités du cardinal, et l'on était forcé de reconnaître qu'il se recommandait autrement que par cette brillante surface.

La régularité de ses mœurs était hautement citée parmi le clergé romain. Le cardinal n'était l'oncle de pas une nièce , quoiqu'il le fût de nombreux neveux; et il lui était arrivé une fois de chasser impitoyablement de sa mai* son , trois valets qu'il avait surpris, à la brune, causant sous le porche du palais avec trois ser* vantes du voisinage. Ah !

D'ailleurs , sa libéralité n'était pas une chimère et sa sobriété était dans toutes les bouche<« 11 ne prenait après ses repas qu'un doigt de rossolio, quoique ses caves fussent lambrissées de tous les vins et des meilleurs, et il se contentait, à son diner, d'un plat de gaiyons frits dans l'huile , avec une tranche de mortadelle.

Il est ' toutefois nécessaire d'ajouter que ces diverses habitudes constituaient seulement chez le cardinal la vie extérieure et d'apparat ; que s'il dînait inaU il soupait fort bien; que s'il faisait l'aumône, il rançonnait ses fermiers; et que s'il nettoyait de la fornication les abords de son domicile, au dedans (disait-on , il ne la traitait pas si mal ).

Mais ce dernier propos trouvait peu de créance.

Les quelques femmes que leur service appe^ lait chez le cardinal étaient vieilles et laides , et , s'il s'enfermait souvent , en compagnie de certains adeptes , dans une petite pièce, dont lui seul avait la clef, c'était, prétendaient les uns, pour se livrer aux mystères de la cabale, pour écrire , a^^suraient les autres , des pamphlets révolutionnaires^ Et , accoutrée de toutes ces sottises , la vérité devenait méconnaissable. Quaut au baron , il l'avait depuis long*temp9 découverte.

Il avait déoonTert , un cerlain jour , le bout d'un instrument de pénitence qui passait de la poche de monseigneur.

Un martinet ! mais à quelle fin ?

Monseigneur était-il de la seete des Flagellons f

Et ne »'enfermait-il que pour se livrer sur lui-même à ces rigueurs salutaires qui mortifient le péché en excoriant le pécheur ?

Ou , admettait-il à l'honneur d'être corrigés de sa main quelques repentirs de haute qualité ?

La complexité de cette question n'effraya point le baron.

Le cardinal , pensa-t-il, avait peut-être sur

IHJ GXLtBAT BGCLÉS1A8TIQUB« M$

la eoiMoience le souvenir de quelque grand crime qu'il expiait ainsi dans la solitude et dans les larmes. D'antre part , le baron se souvint fort à propos des anciens Spartiates , qui , pour façonner leurs enfans à la douleur , les fustigeaient sur l'autel de Diane , et couronnaient , vert comme pré, celui des petits malheureux qui criait le moins fort et avait le cuir le plus dur. £n conséquence, le baron se persuada que sous sa robe le cardinal portait unepiaire, voire un cilice ; qu^en particulier il se couvrait la tête de cendres et ne se nourrissait que de charbons ardens. Mais il s'agissait bien, en vérité, de haire, de cilice, de charbons et de cendres! Uri moyen tout simple mît dorénavant le baron en présence de la vérité. Ce jour , Monseigneur s'étant retiré avec un client^dans le mystérieux cabinet... le baron regarda par le trou de la serrure

D'abord il n'en put croire ses yeux ! Il se demanda s'il n'était «point la dupe de quelque vision apocalyptique , et si le seigneur n'avait pas daigné le transporter tout vif dans l'ile de Pathmos ; à moins pourtant que le groupe qu'il

apercevait ne fut iinefri»qued*flerculanum ou quelque fantai&te socratique échappée au pinceau de Jule» Romain.

Mais, tout à coup , le tableau parut s^aniiuer;

Il r^xtua.

Les personnafpes étaient secoués comme des corps tourmentés par un galvanisme violent...

— CeftL donc une toile que le vent soulève ?

dit le baron épouvanté d'admiration.

Puis les personnages se déplacèrent... Alors, il n'y tint plus et s'écria en s'enfuyant : — Non f ce n'est point un tableau...

Mais la porte du cal)inet s'ouvrit et le cardi-* nal s'y montra rajustant sa perruque : — Que faites* vous là , inonsieur ? dit-il au baron d'une voix sévère.

— Je cherche, répondit celui-ci, en piétinant et dans la posture d'un homme qui va s'asseoir , je cherche un lieu favorable où je puisse me recueillir quelques instans... mon chocolat me tourmente , et je croyais que

c était ICI.

Ce n'est point ici! répliqua monseigneur , dont le mécontentement fit explosion , allez au diable ! et il s'enferma de nouveau.

— Cet homme n'a pas d'entrailles ! murmura l'incorrigible baron , et moi, pas la moindre connaissance en géographie ! Aussi , pourquoi vais je m'informer à ce Romain de la lunette Saint-Laurent ? C'est pardieu comme si je de-

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mandais à Anvers, le château Saint-Ange, ou à Bordeaux , le Château-Trompette ! — Règle générale : — A Rome , les yeux n'ont point besoin de lunettes , par la raison que , confrères de saint Thomas Tincrédule , les Romains ne voient point avec leurs yeux, mais avec leurs doigts qu'ils fourrent dans la plaie jusqu'à la dernière phalange.

Souvent ce qui devrait nous perdre nous sauve.

La <)uriosité du baron , condamnable en principe, eut pour lui, en résultat, un avantage précieux* De ce qu4l avait vu , lé fond ne rémerveillait pas, mais la forme; et, dans l'espèce, l'emploi de la discipline lui semblait d'une excentricité rare. Il eut donc, encore une fois, recours à ses livres, ikles compila.

les compulsa, les ëventra. Puis , dès qu'il leur eàt arraché le mot de l'énigme , s'autorisant de l'exemple de ces crémiers de Paris, qui confectionnent eux-mêmes leurs œufs frais avec deTamidon et de la colle forte , le baron , par un procédé analogue, se composa une figure de circonstance. Il mania sur ses traits de renard diplomate un masque de bonhomie et d'enfantine ingénuité. Vous jugez de l'ensemble ! et , coulé dans ce moule , s'en fut trouver tout droit son compère en grimaces , le cardinal Almadrini^..

Le cardinal ^en ce moment , était d'humeur gaillarde. Le baron lui dit sans préambule: — Mais, monseigneur, votre éminence ne m*a jamais complètement expliqua... Et il fit le geste de caresser un nourrisson indocile.

Le cardinal répondit en ricanant: — Avoues que pour un savant, moucher bavon, vous êtes bien ignorant.

Le baron fît la révérence. — Son érainence me oomble l

— Car j<e dois présumer, d'après votre qaestion , que vous n'avez jamais oui parler de Jérôme Mercurialis.

— En effet , le nom de ce léginlateur m'est absolument inconnu.

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«— Lequel, continua le cardinal, flortssait au seizième siècle, dont il fut un des plus célèbre» médecins. Il professa long-temps son art à Padoue , et mourut à Forli , sa patrie, en 1006,0 rage de 66 ans.

— Forli ? charmant pays ! dit le baron qui connaissait autant Foli que Mercurialis.

— £n outre, c'était un homme de belle taille , de bonne mine , d*une grande douceur et d^une piété exemplaire.

— Son éminence trait pour trait I

— Flatteur ! dit le cardinal en pinçant IV reille du baron. Il ajouta: — £t il a laissé, puisqu'il faut vous en instruire , un petit traité de arte ffymnaslicâ où il est écrit ^ , « que plusieurs de ses confrères ont, avec succès, ordonné à des personnes maigres le correctif en question... » En foi de quoi, et dan» le but d'engraisser , je me suis mis à ce régime.

Ici , le cardinal donna de nouvelles preuves de son hilarité, mais si hautes, si fortes, si immodérées , qu'on eut juré qu'il se moquait du baron. Une toux pénible mit fin à cet épan* chôment inusité. Le baron avait conservé son air sot ; et ces deux bommes , l'un goguenard ,

* Lib . IV, cap. ix.

312 DU CELIBAT

Tautre grimé , celui-là cfaercbcint à (mhiper , celuiei feignant de l'être, se valaient bien as" sûrement : vieux imposteurs, hideusement tatoués à la même place et du même signe infamant! et se faisant, à coups de langue, les honneurs du vice ; comme , à la porte d*an salon , des bourgeois celui du rang, à coups de chapean.

Mais , pas de scandale ! Le baron desserre ses dents. Il reprend ainsi la conversation :

— A quels écarts le préjugé ne nous porte- 1il pas! et il pose familièrement sa main sur le genou du cardinal.

Monseigneur se recule , choqué d'une telle hardiesse. Le baron n'y prend garde et répète: -*'- A quels écarts.;..

Mais l'émiiience qui ne ritplus l'interrompt:

' — Au fait , monsieur !

— Voilà le fait : c'est toujours au sujet de la singulière expérience...

— Passons!

— Oui, passons. De la singulière expérience de son éminence....

— Passons, vous dis-je!

— Oui ,^passons. Relativement à la flagellation.

— Baron !!!

EG0LBSIA8TIQUE. ^1$

^ ,^J^n , j'avais auBsi mon autorité h citer. Mais éYidaiDoient je m'étais trompé.

— Vous n'en faites jamais d'autres.

— J'expliquais la chose d'une manière difi'é* rente.

— Plaît-il !

— T expliquais la chose d'une manihre dijfé* rente, répéta le baron , charmé de prolonger les angoisses de son interlocuteur.

— J'entends bien ! grommela le cardinal.

— £t j'avais tort, je n'en fais aucun doute; l'autorité que j'invoque étant de cent ans pos* térieure à celle de monseigneur.

Le. cardinal se dérida. -^ Vous voyez bien I dit-il, d'un ton triomphant.

— Que voulez-vous ? répliqua le baron, avec l'accent penaud d'un homme accablé par l'évi* dence, — un plus adroit y aurait été pris. £t , subitement, changeant d'intonation et de fi-* gure, du haut de sa voix et la face souriante , il s'écria : — Connaissez- vous Jean-flenri Meibomius ?

— Du tout.

— Vous êtes bien sur de ne pas le con* naître ?

— Mais vous êtes comme une vieille femme , baron ! Vous répétez cent fois la même chose»

si 4 DU CELIBAT

Qaand je tous dis qne lé nom da saint , dont vous me parlez , n'est dans aucune légende !

— Ah ! c'est que , reprit l'obstiné baron , ce Meibomius...

— Il y tient ! dit le cardinal , dans l'attitude d^un martyr.

— Ce Meibomius, dis -je, était un célèbre médecin.

Le cardinal se leta ayec l'intention évidente de fuir* Le baron se suspendit à lui et continua: — Un très célèbre médecin qui fiorissait ao dix- septième siècle...

— Siècle impie ! articula énergiquement le cardinal , protestant , comme il le pouTait , de la violence qui lui était faite.

Le baron , cependant , poursuivait impitoyablement : — Lequel professa d'abord son art à Helimtadt , sa patrie , et de là à Lubeck , ville d'Allemagne , dans le duché de Holstein , dont il fit long-temps les délices. Et il ajouta à demivoix et pour sa satisfaction personnelle : — Meibomius pour Mercurialis ! Un vendeur d'emplâtres pour un faiseur d'onguent ! Le compte y est , nous sommes quittes !

Le cardinal haletait, enseveli dans les coussins de son fauteâil, où le baron le tenait réellement prisonnier. Il était dans l'impossibilité

EGGLESUSTigUE. 9 IIS

{Absolue de proférer une seule parole. Le baron n'eut pas honte de profiter de ce dernier ac* cablement de son adversaire , et conclut en ces termes : — Or , parmi les ouvrages attribues audit Meibomius , on cite en particulier un petit traité de Flagrorum usu.,. *.

Mais, vaincu par tant de preuves, le cardinal fit un signe de tête dont Texpression résignée fléchit le baron et Tarréta. Cette muette sollicitation signifiait : « Assez , je vous comprends. » Les deux vieillards étaient émus ; l^e cardinal surtout : il avait les larmes aux yeux. Enfin f il se précipita dans les bras du baron. .

Désarmé par cette haute marque de faveur, celui-ci reprit d'une voix plus douce : — Que ne mesuis-je, dès l'abord , ouvert à vous, monseigneur ? Il y a long -temps que vous seriez entré dans mes vues. A cet égard, la science et le monde sont d'accord. Gela se fait dans les meilleures maisons.

Telle fut l'origine de l'amitié qui unit encore ces deux hommes.

* Le baron veut saus doute parler d'un livre publié en effet sous ce litre, à Londres, en 16&5, un vol. in-64; et réimprimé é Francfort, en 1670, in-8.

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Néanmoins , au bout de quelques conféren- «es, cette liaison changea de caractère. Egalement érudits, le cardinal et le baron en étaient venus à n'avoir plus rien à se montrer. Le cas était embarrassant. La fatigue était à craindre. Gomme le plus intéressé au maintien de l'union, le baron, le premier, pressentit cette vérité. Il en fit son profit, trancha le nœud gordien, et détourna le danger en proposant à monseigneur quelques distractions étrangères. Le prélat y consentit, et chaque jour c'était surprise nouvelle. Une fois, entre autres, le baron arriva au palais Almadrini avec une couple d'oies :

• Préparées à l'Jnélytroide , dit-il , elles seront dignes d'un roi ! » mais son éminence n'y voulut pas toucher. Le sacrilège baron avait oublié en quelle vénération les Romains tiennent ces animaux sauveurs du Gapitole. Il lui fallut remporter ses oies.

Et il en était là de ses expédiens , lorsque le hasard vint à son secours.

En sa qualité de chef suprême des libraires, le cardinal visitant un matin la bibliothèque du Vatican « y avait aperçu D. Luis. La figure de D. Luis plut à monseigneur. Monseigneur le dit en confidence au baron. Le baron , sans

perdre une minute, dressa de ce côté ses batteries et les blinda savamment.

Trois jours après , il revint dire à monsei gneur ; — Tout va bien.

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