‹ Madame IsabelleChapitre 21 sur 22 · CANDIDA · texte numérisé non relu

CANDIDA

Dieu: que pré(Kire ici Tolre éternelle providence T

Bosse BT.

DB LA PUDBVE.

Tout allait bien , en efifet , trois jours après D. Luis avait revu sa maîtresse.

Quel changement ! Il la trouva cent fois plus belle. Ce n'était plus l'enfant gracieuse mais fluette , mignone mais gauche , svelte mais le sein absent comme une fille d'Athènes. Pendant les quelques mois que D. Luis avait passés dans l'isolement , le soleil d'Italie avait achevé de faire éclore cette fleur d'Espagne! Il avait développé tous ces trésors ; il les avait vivifiés , ouverts, personnifiés, inondés de son éclat, de sa force , de sa majesté ! Gandida n'avait plus rien à envier à aucune femme : Son pied blanc,

et rau&caleux comme le pied d'oue Diane chasseresse , soutenait maintenant une jambe dont le mollet était d'une perfection à donner des vertiges. Ce n*était ni le mollet sec et désolé d'Artémise, ni celui insipide et flasque d'Ariane , ni la chair inculte et engorgée de Pénélope. C'était, mais plus amoureux et non moins jaloux , le royal mollet de Junon , quand , chaussée du cothurne, cette sœiir du maître de la foudre se réconcilie dans un nuage avec son infidèle époux. C'était un mollet plein, solide, élégant et riche, énergique et nombreux, et d'un tel mouvement, et si aristocratique, qu'il révélait incessamment son rang , son humeur, sa volonté. Ainsi, dans tout le corps de l'Espagnole , une nouvelle vie semblait courir sous une nouvelle forme. C'était comme un accent retrouvé pour un caractère sans prosodie. Ses cheveux étaient plus noirs ; son cou , ses épaules, ses bras plus gras; la courbe de son flanc plus puissante... Un poète eut comparé sa taille à une corbeille de fleurs épanouies, et son corset à quelque sachet gonflé d'une mystérieuse et féconde substance où, captive long-temps et ignorée, *une nymphe sommeillait qui est éclose et bat des ailes. D. Luis se prosterna devant cet ange.

— Est-ce bien vous , D. Luis ? dit*elle , et , dans un sévère regard, elle lui demanda compte et de l'abandon où il l'avait laissée et de l'état chétif où elle le retrouvait.

— Est-ce une autre femme qui a ainsi flétri votre front, amaigri vos joues, blanchi déjà vos cheveux? En disant ces mots, elle arracha, du milieu des touffes brunes que soulevait^ sa main sur la tête de son amant, un long cheveu blanc qu'elle mit sous les yeux de D. Luis comme une vivante accusation.

— Vous le voyez ! dit-elle ; vous êtes vieux maintenant ! Vous n'avez pu me conserver votre foi. Parce que notre amour vous faisait

une loi de la chasteté , vous avez trahi le ser* ment de notre amour , comme ? ous avez trahi celui de votre religion. Vous n*avez pas eu la plus facile de toutes les vertus, la vertu d'un cénobite. Dites, D. Luis, d'où venez-vous?

quelle rivale m'avez-vous donnée ? ah ! je veux tout savoir ! ne croyez pas me tromper ! »

ajouta-t-elle en repoussant avec énergie le front de D. Luis qu'elle contint et interrogea comme le front d'un coupable. Elle attendait qu'il parlât. Il se taisait, jouissant avec délices de ces|emportemens passionnés. Gandida reprit : — Vous êtes muet ! vous souriez ! £t laissant déborder tous les sentimens de son cœur : — C'est une étrange folie que la vôtre , dit>elle , si vous avez imaginéque jeme contenterais d'un semblant de ûdélité!... Que, languissans d'un mal qu'ils ne savent vaincre , brûlans sous le bracelet qui les meurtrit comme sous une étreinte de votre main, mes bras, élevés au Seigneur, ne demanderaient des forces que contre moi-même!... Que, soumise enûn et patiente, j'userais ma vie à vous attendre!... Que je ne vous irais point arracher au giron des dames de ce pays ? — Oh ! les Romaines! les «uperbes Romaines! s'écria- 1- elle dans une plainte où son orgueil de femme et d'Espagnole

aocvsûi et se révoltait tout ensemble. — Les BABiaines! les femmes aa regard effronté, à la ▼oix rade , au cou tordu de jalousie , aux lèvres épaisses, aux longs pieds, aux noires épaules ! Mais , qu'ont-elles donc ces femmes , quel charme, qui ne soit point en moi ? » Kt Gandida défit l'épingle d'or qui retenait son ▼oile, ouvrit les secrets de son corsage, rompit les agrafes de sa ceinture, et repoussant du pied son voile et sa robe : — Suis-je moins belle, dit-elle, que celle qui me vole votre amour ?

D. Luis la prit dans ses bras et dit : — Il n'y a point de femme au monde qui te voyant ainsi ne se déchirât le sein de désespoir!...

Et il remporta comme une proie au fond de la chambre.

C'était sur Theure de midi.

D. Luis déposa son fardeau sur un large canapé à dais et à tenture cramoisis, dont les volans se fermaient comme les rideaux d'un lit. C'est un meuble que Ton retrouve partout en Italie. On y trône , on y siège , on y dort , on s'y réunit pour causer d'amour; D. Luis y abrita le sien.

Dans l'imprudent transport de sa jalousie , Candida, sans y songer, l'avait convié à toutes les audaces. L'unique jupon qui la vétissait était , comme ce lambeau de pourpre dont on amorce le taureau dans l'arène , plutôt un

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danger qu'âne protection. D. Luis y rendit fervemment hommage.

Sous l'activité de cette impression , elle parut seulement se reconnaître. Ainsi que dans un rêve éclairé par l'incendie, il lui sembla qu'elle fuyait, cherchant une issue qui n'exis* tait point ;> où qu'elle se tournât, c'était comme un pli de son corps devenu pour elle une en* trave inexpugnable; et, dans l'effort qu'elle fit pour en rompre les liens, elle s'aperçut avec effroi, qu'elle-même les resserrait convulsivement!... L'insensée! comme autant de blessures à l'ennemi qui vous blesse, rendait avec usure tous les baisers qu'elle recevait de son amant!... Elle se tordait, sous ses caresses, plus tourmentée qu'un sarment roulé dans un brasier ! ! !

Lui , profitant de cette fatale ivresse , oublait tout : l'heure, le lieu qui était voisin de l'appartement de la baronne, et d'où Ton pouvait entendre le choc de la vertu qui se brise. Son indomptable esprit supprimait le temps, la distance. Il voulait se justifier, il allait le faire... lorsque , secouant sur lui les folles clartés de son regard , éperdue et le repoussant enfin , Candida jeta ce cri d'alarme : — Ma mère !... voici ma mère!... > D. Luis, trompé, se re-

dressa. Personne ne venait. Gandida profita de ce mouYcment pour l'arrêter et dit : — Je te crois... je croîs en ton amour... mais souffre encore... souffre un jour !... un seul ! souffre pour moi !... £He retomba, sans force et sans voix, sur les coussins du canapé, expirante quoique armée, et, dans son abandon, les mains à la garde de son honneur.

D. Luis pourtant ne faiblit pas devant tant de faiblesse

Donc, ce fat le seigneur qui , en ce moment critique , vint au secours de celle que tout semblait livrer à son ennemi. Ce fut lui qui doua de forces et de vigueur l'imbécillité des reins d'une femme; et, comme par miracle, Gandida se leva sur son séant , les muscles tendus et la volonté instituée. D. Luis subit la loi de cette irrésistible contrainte... Gandida était sauvée. Elle lui dit : — « Avez-vous oublié, seigneur D. Luis , ce que les filles de notre pays portent à leur jarretière ? » Et , au défaut de la sienne , au fond d'une gaine cachée par la soie du bas , elle saisit rapidement un mince et brillant stylet, qu'à l'instant , cependant^ elle laissa retom*

ber comme une arme inutile. — « Pensez-Yous, dit-elle, qu'avec ceci on ne puisse venir àbuut du plus intrépide ou du moins respectueux des amans ? » Bâ Luis sourii. La résistance de Candida avait un caractère de désespoir et de sincérité qu'il ne comprenait point. Il oublia , en cet étrange encombre, de poursuivre plus vaillamment ses avantages; et dans la posture d'un serviteur fidèle, il se mit sur un carreau, aux pieds de la jeune fille , que cette résignation trompeuse rassura facilement.

£Ile reprit en l'attirant contre son cœur. — « Je te l'ai dit, et que la, Vierge me le pardonne ! Je te donnerai de la joie par-dolà tes douleurs ; j'emparadiserai ion esprit ravi; mais que ce jour se passe encore qui m'est une halte et UD repos. Laisse-moi , cher hôte , réparer l'indignité de ra< maison où se rejoindront nos deux âmes ! ! ! » £t le baisant au front : — Orgueilleux ! dit-elle , qui te crois le plus navré parce que tu as le moins de courage !

D. Luis n'écoutait pas : ce qui lui restait d'intelligence n'était plus au service d'aucun sentiment honnête. Il s'acharnait à tenter Dieu; Dieu l'abandonna...

£t , comme il aspirait déjà la senteur pénétrante de la rose de Saron , mystérieuse éina-

nation qu'elle ëpand au momentd'étre cueillie, arôme exalé de sa feuille humide et développée..., elle se referma soudainement, sa tige elle-même disparut; et tout, arbuste et fleur, ainsi qu'une abomination delafofét enchantée, s'abima entre les bras de D. Luis épouvanté, anéanti , vaincu.

Candida s'était enfuie. Alors, D. Luis put dire avec saint Ambroise : Je serrais les bras, mais j'avais déjà perdu ce que je tenais.

Il avait la face contre terre , et ne paraissait devoir Ten détacher jamais.

Et cependant il la relève, il marche; ses articulations tremblent comme celles d'an spectre qui se rend à Josaphat.

C'est un duel entre le ciel et lui , un insolent défi qu'il accepte et renvoie.

Gène peutétrecelle quHI aime qui s'échappe ainsi , ou quelque infernale puissance la lui dérobe qu*il va dompter et détruire!

Il se met à la poursuite de Gandida.

Il ouvre violemment la porte qui donne issue dans l'appartement voisin , et se précipite en aveugle...

BU CÉLIBAT ECCLÉSIASTIQUE. 3âS

Que voulait-il ? qu'allait-il feire? Me permettrez-TOus , ô seigneur! de le raconter?

Les volets de la chambre , dont il vient de forcer Fentrée, sont hermétiquement fermés ; D. Luis est dans l'obscurité , mais avec Candida, sans nul doute ; elle n'a pu se réfugier que là.

Il avance, laissante sa gauche un paravent, à sa droite, un pan de la boiserie qu'il suit à tâtons... un léger soupir qui se fond à son approche, dirige plus sûrement ses pas égarés

« Je te tiens enfin , dit D. Luis, c'est toi ! » Deux bras de femme l'entourent aussitôt , les siens enlacent un corps souple et qui cède en se cambrant.,. Il sent le velours d^uue robe s'étouffer dans cette étreinte...

Ainsi rajustée , Gandida a revêtu un charme de plus ; elle est encore une fois à vaincre.

D. Luis l'enveloppe de mille nouvelles tendresses , parcourt amoureusement chaque modulation de ce beau corps, savoure avec plénitude l'irritante volupté que développe si rapidement le contact du velours... et s'écrie, dans la muette extase de sa pensée : > Oh ! la ravissante industrie !... et, que ne me disais-tu, vierge folle et trompeuse, qu'il te fallait les ténèbres pour aimer et cette basquine pour être amante? • On se mourait, il en finit...

2%k DU CÉLIBAT ECCLÉSIASTIQUE.

Un doux et tardif reproche , — un aveu plutôt qu'une prière, — s'épancha de lèvres frémissantes et résolues, et il... reconnut la voix de la baronne.

Mais il était trop tard !

Après ce crime, qui demeura enseveli dans le plus profond mystère, et fut couvert de Fimpunité que quelques hommes confondent avec l'absolution , D. Luis quitta la maison du baron pour n*y plus rentrer.

A quel concours inexplicable de circonstances devait-il de s'être ainsi heurté à une étrangère , en ce moment , à cette place , en cette disposition ? Le droit de qui avait-il usurpé ? c'est ce qu'il ne chercha point à savoir.

Une seule idée, implacable et désolante, le poursuivait, l'irritait , l'humiliait : la disparition subite de Gandida !

L'amour-propre et l'amour de D. Luis se révoltaient à ce souvenir.

Gandida l'aimait cependant !

Ou pourquoi ses transports jaloux ?

Mais aussi pourquoi sa froide trahison ?

Gandida aux bras d'un autre homme, l'eûtelle plus outragé que Landida fuyant des siens ?

Et, dans ce cas, un autre homme, — un inconnu! — eut-il été plus sévèrement traité que D. Luis avait été traité ?

A supposer un insolent , égaré par le vin ou tourmenté par la fièvre, et qui, sans amour partagé, sans espoir déçu, comme un soldat ivre dans une ville conquise, se fût présenté et eût menacé , comment se fût dénoué cet effroyable drame ?

Par la mort de Gandida, à coup sûr, ou celle du Pandour égorgé par la jeune fille.

Ici , D. Luis fut forcé d'avouer qu'entre une telle façon d'agir et les, manières de. Gandida à son égard , il y avait quelque différence.

Mais n'y en avaitnl point aussi entre lui et un homme ivre ?

ECXLÉSIASTK^UE. SS7

Gai.

Autant qu41 y en a entre un amant ivre et un homme ivre»

C'est-à^ire aueune.

L'ivresse fait déchoir l'amant du ciel où Fa placé l'amour de la femme, comme elle précipita Satan de celui où la bonté de Dieu l'avait assis :

L'ivresse des sens qui est toujours une, la même, et aussi condamnable , qu'elle ait pour mère l'orgueil, l'intempérance ou la luxure.

Et , toutefois , ces raisons fort bonnes dans l'ordre moral, ne l'étaient point dans l'ordre naturel.

Ou, en ce qui touchait D. Luis, — dans l'intimité rapprochée où vivent deux amans.

Il est évident que, dans le progrès d'une telle intimité, un instant arrive où , de la part d'un des amans, certains refus pour l'autre peuvent être assimilés à une injure.

Il n'était pas moins évident que , pour D. Luis, cet instant était arrivé; que ce refus, il en avait été l'objet ; que cette injure, il l'avait soufferte.

Ce n'était donc point en lui-même qu'était la cause du tort éprouvé.

Une injure à l'homme qu'on aime est une injustice.

3^8 I>U G&LlBiLT KCGI.^1A8TH}UE.

Une injustice, la lésion d'un droit.

£t lui , quel droit avait-il lésé ? quel sentiment blessé? si ce n'est la pudeur ! la pudeur d'une femme! Pudeur ! grand mot! admirable chose ! invalidité exotique I

D'abord , oq ne bJesse'îikmMs ta pudeur dans la véritable aeception de ce mof : on la fait siaiire ,. ou ,. à son défout , une répulsion -qui n'a rien de coramun avec elle , et à qui nou« nous hâterons de restituer son véritable nom , celui d'instînet conservateur de toute chose — ndtrtf.

Kt , en conséquence, Ol Luis établit ce principe , sous forme de distinction :

« Une femme ne peut éprouver de pudeur <iu* à kl aoHicitation de l* amant, »

C'était un pas de fait vers la vérité.

Il continua hardiment :

A quel degré d'instance doit être parvenue cette sollicitation pour engendra la pudeur ? ^ La pudeur nait-elle^ certaine latitude dépassée , et tout d'un coup ? ou progressivement , et à partir de quelle latitude ?

Sous l'influence et par l'ensemble de quels 'faits, doit être déterminée la sollicitation de Vanuint ?

Triple question qu'il résolut ainsi :

Filles d'une même mère, les femmes, prises au même point de vue de leur origine, ont toutes la même pudeur , et chacune d'elles au« tant de pudeur que chacune autre ; comme on voit , sur le même arbre ^ chaque grenade porter autant de grains que les grenades ses sœurs.

Si le mène acte a une différente action, à rencontre de telle ou telle femme , c'est que le préjugé , l'éducation et Thabitude les différencie en les individualisant

£n raison de cette différence introduite par rhabit, les codes et les usages (vous remav*querez que D. Luis négligeait même la différence introduite par le climat ou le tempérament), il est impossible de préciser d'une manière quelconque, et le degré d'instance

OÙ , parvenu , l'amanl fera éclore la pudear ; et la zone d'où elle surgira , et la minute qu» la verra naître.

On peut aussi bien faire naître la pudeur en pressant la main , le pied ou le genou avec un certain acëent et avec un certain geste ;

Qu'on est certain de la faire naître en allant au-delà.

Gomme on est sûr pareillement d'avoir rempli un vase qui déborde.

Mais , quant à faire naître profilablement la pudeur, c'est-à-dire de telle sorte qu'on la puisse vaincre après l'avoir fait naître , il importe de la faire naître sous l'influence et par l'ensemble de certains faits , ou moyens exié^ rieurs, complètement laissés à 1» disposition, de l'amant , et de la combinaison desquels dépend toujours pour lui le succès ou le désastre.

On ne saurait croire tous les beaux plans, toutes les belles conduites d'affaires qui ont échoué , par le manque ou la mauvaise entente de ces faits, en apparence les plus insign ifians.

Il y a telle femme qui n'a point succombé , parce que son amant avait trop tardé à ôter la clef de la porte.

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Telle atrtre, parce qu'il 8'était trop pressé de lirer le verrou.

Telle autre, parce qnlf avait tout-è-fait oublié d'ôter la clef ou de tirer le verrou.

£t r en bonne conscience, une pauvre femroe ne peut s'oceuper elle-même de ces petits détails d'intérieur.

D'autres fois, c'est le portrait de la Vierge, dont un imprudent n'aura point fermé le rideau.

Ou^ le portrait du mari qu'il n'a point vu, mais qu'on verra.

Ecoutons, à ce propo», un komme d'une haute intelligence et d'une habileté rare, M. le vicomte de Yalmont :

« ... Mais je remarquai ( dit-il ) qu'en face » d'elle ( la présidente deTourvel), était un » portrait du mari , et j'eus peur, je l'avoue , » qu'avec une femme si singulière, un seul » regard que le hasard dirigerait de ce côté, » ne détruisk en un moment l'ouvrage de tant » desoins. » (Lettre CXXV.)

£n général , les portraits sont ce qu'il y a de plus traître.

Enfin , il s'est trouvé des femmes , dont la pudeur n'a résisté victorieusement , que protégée par l'ignorance de l'amant relativement au cours et décours de la lune.

Ou même, d'oprès la vieille astronomie y.

parce qu'il ne s'était point enquisde la révolution des heures ; — imprudence notable qui ne tend à rien moins qu*à c<»ttfondre le jour avec la nuit.

Ce fut grâce à ces considérations générales^, que D. Luis fit encore un pas dans l'œstueuse voie qu'il gravissait , et se trouva en possession de cette deuxième vérité :

« Lei yeuofsont le principal organe de lapu' deur, •

Or , en cet important carrefour du ptus^intéressant des problèmes , les prémisses acquises et la conclusion si imminente, D. Luis voulut la tirer de sa propre cause.

Il se plaça héroïquement au centre de sa ridicule aventure.

£t,là, pressé de tous côtés par le fait personnel , présent , irrécusable ;

Il conclut que :

Sur le canapé et derrière le paravent, cette aventure n'eût point eu le déplorable dénoûment qu'il maudissait , ( mais dont il n'avait pas laissé de profiter ,) si le canapé eût occupé In place du paravent et le paravent celle du canapé; ou, plus explicitement, s'il eût fait nuit dans la première pièce et jour dans la seconde.

s 44 DU CÉLIBAT

Ainsi , en faisant abstraction des femmes qui se vendent ou sont à vendre ; — qui se vendent à un débauché, pour quelque monnaye, ou qu'on vend à un mari , pour les avantages que le mariage assure ; — pauvres créatures qui ne donnent rien , mais font un marché ou en sont l'objet ; qui , flétries ou dépouillées , échangent ou sont échangées , et ne ressentiront jamais la sainte pudeur , à moins qu'un jour l'amour ne la leur révèle ;

£n excluant, disons-nous, ces femmes que leur malheur ou leur opprobre prive de la plus belle immunité de leur sexe, et de l'application possible de la proposition suivante, D. Luis reconnut que :

Pour celle qui aime d'amour et est aimée d'amour ;

Qui est seule avec son amant ;

£t 9 très près de lui ; — puisque en amour rien ne finit que de très près, c'est encore M. de Yalmont qui l'a écrit :

« La pudeur — pour cette femme — n'esi que la crainte de perdre , dans la réalité d*une défaite qu'elle pressent et désire , ce qu'elle doit, en trop , de charmes et d'appas , aux libérales imaginations de Vamant. »

Bien' des femmes , nous n^en doutons pas, se

récrieront haatement sur Tétrangeté d'une telle doctrine, mais il n'en est pas une, nous ett avons la conscience, de celles qui peuvent ju-^ ger par expérience, qui , tout bas. et en secret,, ne la trouve exacte et vraie.

Notre probité conviendra néanmoins cgue peu , d'entre les femmes , comprernient ou essaient même de comprendre ce qui se passe en elîes , à Tétat que bous avons dit.

Mais, cependant, leur dernier scrupuleaboK, que disent-elles toutes? si ce n'est cette ravissante folie :

— Qu'allez-vous penser de moi!... Vous ne m'aimerez plus;!...

£t cent ajustemens semblables !;

Nous adjurons, à cel égard , les souvenir» de tous les bommes^

Nous allons plus loin; nous n'hésitons pas à faire sincèrement appel au témoignage des femmes elles-mêmes, et des plus précieuses; des plus, grandes dam^s,^ comme des moins considérables ;

Et nous leur demandons :

Si ces paroles ne sont pas en effet l'expression , la moins équivoque peut-être , d'un sentiment qu'elles croient bien caché ; charmant regret, dont leur maladroite pruderie fait

s 46 DU CÉLIBAT ECCLÉSIASTIQUE.

ostensibleiuent honneur à un ordre de repen* tirs des plus ëdifians, sans doute , et extrêmement respectables; mais que nous nous ob^ti* nous à exp1i(^er comme le très légitime mouvement d'une peur elle-même très légitime:

— celle d'avoir moins tenu que promis.

virr.

Pourquoi , D. Luis, si ingénieux à deviner ia route des étoiles, «sVgarait- il si souvent dans la sienne, et tombait-il à chaque instant dans un trou ?

Pourquoi , s*avisait-il seulement de théories, alors qu'il n'en était plus besoin ?

C'est que D. Luis, non moins que les autres hommes, était le Don Quichotte qu'ils sont tous.

C'est qu'il ne s'armait d'une salade, que lorsqu'il avait le crâne ouvert.

Il ne niait pas qu'il eut commis une sottise; mais il se persuadait avoir fondé un système , et se disait :

348 DU CELIBAT ECCLÉSIASTIQUE.

« Il est toujours facile de tracer un plan de conduite, quand un fait est accompli; ce qui Test moins, c'est d'arrêter une résolution et de Texécuter. »

Et, lenlement, mais d'un pas ferme, il reprit sa marche un inslant suspendue, et se dirigea Tcrs les collines. 11 avait salué d'un éternel adieu cette Rome où il laissait tout ce qu'il aimait dans le monde.

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