I- IV
Avant tout, sou cœur de chrétienne souffrait d’anciennes et regrettables dissidences entretenues entre le gouvernement ducal et le Souverain-Pontife. En vraie fille de saint Louis, elle écoute le mouvement spontané de son affectueuse vénération pour le chef de l’Église, et, dès les premiers jours de sa Régence, au milieu des jem de ses royaux enfants, elle écrit, de l’abondance et de la sincérité de son âme, une longue lettre au Saint-Père. Dans cette lettre, elle assurait Pie IX de sa loyale et ferme intention de
(1) 3,000 livres furent distribuées sur le parcours du convoi funèbre, de Parme è Viareggio.
(2) Quarante chevaux de selle et de trait, vingt voitures de la cour, de nombreux et riches harnachements furent immédiatement mis en vente.
terminer directement et sans retard tout différend et tout désaccord ; de consacrer, sans rien diminuer des droits de sa couronne, l’union et la concorde avec le Siège apostolique. Elle prévoyait les difficultés et les résolvait par avance. Tout était indiqué, tout était dénoué avec une franchise et une décision sans égales.
C’est qu’elle savait, elle aussi, que * le maintien de la divine liberté de l’Église dans les choses spirituelles et de la souveraine indépendance de l’État dans les choses temporelles , avec un parfait accord entre l’une et l’autre dans celles qui sont mixtes, tel est le principe qui, au sein des sociétés chrétiennes, doit régler les rapports des deux puissances pour le bien de la religion et le bonheur du peuple. » C’est qu’elle était jalouse d’assurer à ses États ce bien et ce bonheur, principale garantie de l’ordre social et condition de la paix des âmes.
Il était digne d’elle de le vouloir, digne de Pie IX de s’associer à une telle volonté ; l’âme généreuse du Pontife fut profondément émue de cette heureuse avance ; le Saint-Père y répondit avec l’empressement de sa paternelle bienveillance, et d’un mot, par l’échange d’une correspondance, les obstacles furent levés, les préventions anéanties, l’enieUte rétablie. •
Cette concorde n’a pas été altérée depuis : bien au contraire , la plus parfaite harmonie n’a cessé de présider aux rapports des deux cours. Dans le triomphal voyage de Pie IX, .Madame la Régente put resserrer encore, en de longues entrevues, les nœuds de cette alliance; et les bénédictions du Père commun des fidèles, la profonde affection dont il a multiplié les marques pour la Princesse, pour le jeune Duc et
pour sa famille entière, attestent combien ces deux grandes âmes se comprennent, s’estiment et se vénèrent.
Or, pour quiconque réOéchit, pour quiconque a la pratique de ces hautes et délicates relations, pour quiconque apprécie le bienfait immense de la pacification religieuse, la conduite de Madame la Duchesse Régente paraîtra assurément marquée au sceau de la plus généreuse habileté : celle de la loyauté, du droit et du respect.
Les grandes pensées viennent du cœur, a-t-on dit : ici, le cœur de Louise de France avait eu du génie.
C’était noblement inaugurer son règne : Ja suite répond à de telles prémices.
Sans doute, on n’attend pas de nous que nous tracions ici l’histoire déjà longue des cinq années parcourues. Qu’il nous soit seulement permis de résumer, en quelques traits rapides, l'ensemble des réformes accomplies dans les diverses branches du gouveruement.
La Régente voulait une administration honnête, douce et tempérée, ménagère de la fortune publique, équitable à l’intérieur, digne à l’extérieur. Voici comment elle y parvint.
La justice est le fondement des États : pour les Godes, il n’y avait à opérer que certaines modifications indiquées par l’expérience : le fond de la législation est emprunté aux lois françaises. Des rouages trop couapliqués furent rendus plus simples; et notamment.
dans le régime hypothécaire, la Duchesse sut accomplir des améliorations longtemps et vainement poursuivies parmi nous.
Le droit d’aubaine, ce débris des anciennes coutumes d’hostilité qui séparaient les nations, est aboli à Parme, comme il l’a été en France par la maison de Bourbon ; et nos compatriotes, notamment, sont admis à jouir de la réciprocité des avantages que la loi de 1819 assure, sur notre territoire, aux sujets des puissances amies (1).
Pour ce qui touche la magistrature. Madame resserra les liens de la discipline, honora les corps judiciaires par des choix éclairés, augmenta le nombre des tribunaux de divers ordres, et procura une plus prompte expédition des affaires.
Les matières contentieuses mieux réglées et mieux déCnies; la séparation des pouvoirs administratif et judiciaire plus exactement établie ; les frais et les longueurs de la procédure diminués, complétèrent pour le Duché les avantages d’une organisation modelée sur ce que la France elle-même se vante, à juste titre, de posséder de meilleur en fait de hiérarchie et de juridiction.
Inutile d’insister sur l’importance de ces avantages; mais quand on songe quels sont, sous ce rapport, les vœux légitimes des populations et combien de vast'es empires laissent encore à désirer, on aime à voir le modeste État de Parme ainsi placé à la hauteur des plus civilisés.
(1) Décret de décembre 1638-
L’administration intérieure ne fut pas moins sage» ment étudiée et réformée.
Un souverain ne voit jamais mieux que par ses propres yeux. Aussitôt qu’elle le put, après les douloureuses émotions des premiers mois de son veuvage, la Régente eut soin de parcourir avec le jeune Duc les provinces et les villes (1), recevant les hommages et les sollicitations de tous, montrant à ce peuple fidèle une mère en deuil, un Prince orphelin, déjà bénis pour les prudentes améliorations apportées à l’État.
Fréquemment ces voyages se renouvellent, et des séjours prolongés permettent à la Régente de pénétrer dans les détails les plus utiles de l’administration. Ainsi, durant 1e mois qu’elle a passé l’an dernier à . Plaisance, elle a visité les hôpitaux, les écoles, les établissements publics ; elle a embelli de sa présence et de ses encouragements les fêtes dès arts et des lettres ; elle a parcouru les fabriques et les magasins de cçtte riche et industrieuse cité, laissant partout de^ marques de sou goût, .de sa bienveillance et de sa sollicitude.
. Des audiences nombreuses ont rapproché d’elle tous ceux qui avaient à lui soumettre un vœu, une réclamation, une demande ; et chacun, en s’éloignant, remportait une admiration, uâe consolation ou une espérancô.
(1) Voyage à Plaiu&ce, le 20 Juin 18M.
Du reste, la Princesse se montrait à Plaisance telle • qu’elle est à Parme, partout accessible, partout em- , pressée de s’entretenir avec les siens. Deux fois par semaine, au moins, plusieurs heures étaient consacrées à ces audiences, et le plus humble des sujets s’y voyait admis sans retard. Ce temps lui paraissait le mieux employé : elle sait y ajouter un travail quotidien considérable, et de plus, tous les deux jours, elle réunissait et présidait son conseil des ministres, examinant les affaires et les discutant avec une rare lucidité.
Au nombre des premiers bienfaits d’une autorité ainsi vigilante, il faut citer le plein exercice rendu aux institutions municipales.
En Italie, comme partout, la base de toute liberté civile et politique, c’est la liberté communale. Cette liberté y connaît une étendue, je dirais presque une souveraineté, à laquelle la plupart des États occidentaux ne sont plus accoutumés. Le gouvernement de la Régente, tout en gardant les liens de l’unité, s’empressa de favoriser l’indépendance des municipalités et il s’est bien trouvé de cette confiance généreuse.
Se bornant à maintenir l’ordre et la sécurité, il a rendu plus facile et plus simple le jeu des institutions locales ; il a relevé encore le pouvoir des podestats et des syndics ; il a stimulé le zèle des administrations ^ communales par des encouragements, par des subsides, par des primes d’honneur. Et surtout, il a ouvert l’accès de ces humbles fonctions aux hommes dévoués, intelligents, jaloux du bien public.
De la sorte, il a trouvé un concours actif dans les entreprises d’utilité générale, une aide assurée dans les crises de divers genres que le pays a eues à subir, et
une émulation dans les créations utiles auxquelles les chefs de ces petites républiques sont tiers d’attacher leur nom.
La ville de Parme en fit avant toutbs l’heureuse épreuve. La loi du pays laissait, on le sait, aux citoyens le droit de nommer leurs magistrats: pour les fonctions de podestat, qui répondent avec de plus larges attributions h celles de nos maires, trois candidats étaient élus par la ville, et c’est parmi ces candidats que le gouvernement doit choisir. Cette loi avait été suspendue pour la capitale. Dès le commencement de juin 4854, elle fut remise en vigueur, et les élections du 9 assurèrent une immense majorité aux conservateurs. La population témoignait envers sa souveraine d’une gratitude qui eût dû survivre aux heures de crise.
Même conduite dans la haute administration des provinces et de l’État.
Le régime intérieur de ces provinces a été heureusement modifié dans le sens d’une plus rapide solution des affaires, dans le sens d’une part plus large accordée 5 l’initiative des représentants de leurs intérêts.
Le conseil d’État a été entièrement réorganisé. Le personnel, mieux choisi, a pu se livrer avec plus d’activité à ses attributions, étendues en vue de l’avantage des administrés. Là encore la Régente a pro- , fité des expériences et des progrès dont notre France pouvait offrir l’exemple.
Chaque ministère a reçu une impulsion vigoureuse.
De justes réductions dans les emplois ont accompagné une répartition plus équitable des services, et lorsque sont venues les crises alimentaires, lorsque la cherté
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de toute subsistance s’est appesantie sur le Duché, Madame la Régente a été la première à prendre en considération le sort des petits employés et à élever leur traitement (1). Initiative touchante, qui n’a été imitée que plus tard dans des budgets dont les ressources sont cependant bien autrement considérables.
Aujourd’hui donc, et de l’aveu unanime, l’administration parmesane a réalisé des réformes qui seraient enviées partout ailleurs.
Ges excellentes réformes ont permis à Madame la Régente de porter un soin particulier et toujours croissant vers les travaux publics, vers ces créations de l’ordre matériel qui sont devenues à la fois une des nécessités et un des bienfaits de ce siècle.
Peu de pays, à ce point de vue, ont obtenu tant de résultats en aussi peu de temps et avec une aussi persévérante activité. Chaque année, une somme, relativement énorme, a été affectée aux œuvres d’utilité générale.
Non-seulement le budget ordinaire y consacrait, pour l’entretien et pour l’extension, une allocation à elle seule plus élevée que toutes les autres ; mais un chapitre spécial y était réservé dans le budget extraordinaire. Ce chapitre, indépendant des affectations communales et provinciales, s’est monté, pour la part
(1) Pécret da 16 janvier 1856. Budget des années suivantes.
à la charge du trésor de l’État, aux cliUîres suivants durant les cinq années de la régence :
1® Exercice 1855. . . . 180,000 livres.
c’est-à-dire eu cinq ans ... 3,240,000
Dans un État dont les recettes, en moyenne, sont de 8,500,000 livres, ce chiffre témoigne d’une résolution assez active et assez persistante.
Aussi les routes, les canaux, les ponts-et-chaussées étaient-ils parfaitement entretenus; et une commission, récemment créée (1) , s’occupait-elle à refondre la législation, pour la mettre en harmonie avec les nécessités qu’entraîne le développement des voies de communication.
Pour faire travailler avec zèle aux chemins de fer. Madame la Duchesse régente avait voulu prendre sous sa protection directe la Compagnie qui relie ces voies ferrées avec celles de la Lombardie et de l’Italie centrale.
De même aussi, désireuse d’assurer à son pays les avantages des établissements de crédit, S. A. R. a placé son nom à la tête de ceux des fondateurs de là Banque de Parme (2).
D’importantes améliorations ont été apportées à la
(1) Décret de décembre 1838.
(2) Décret du mois d’avril 1858. ’
fabrication dn tabac et du sel, dont l’État s’est conservé le monopole et qui sont une source de ses reve- ' nus ; eu même temps^ des sommes considérables ont été accordées aux principales municipalités, à celle de Plaisance notamment, qui, pour la restauration de ' son théâtre, n’a pas reçu moins de 108,000 livres.
Ce souci des grands travaux n’a nui ni aux sollicitudes que le gouvernement devait à l’agriculture ni à celles qu’il portait au commerce.
Le sol a reçu la première et la plus précieuse faveur, à savoir le dégrèvement des impôts ; la contribution foncière a été diminuée de 77,000 livres. C’était appliquer au duché de Parme une des plus chères traditions de la maison de Bourbon; c’était préparer la réalisation du vœu d’Henri IV, et si les événements actuels n’y eussent formé obstacle, cet allégement n’était que le prélude de plus notables adoucissements. . ‘
L’administration se préoccupait également d’assurer de nouveaux débouchés à la production rurale, soit en établissant des foires et des marchés, soit en levant des prohibitions, soit en maintenant une protection' eflicace. Expositions, concours agricoles, distributions de récompenses, exemples donnés dans les domaines royaux, le gouvernement ne négligeait rien de tous les stimulants que notre âge a essayés pour exciter le zèle des agriculteurs. De plus, la Regente instituait un cours complet d’agri-
culture à TUnlversité de Parme (1). Au bout de trois ans , les élèves qui s’y sont distingués , reçoivent un diplôme d’agronome expert. ËnGn, une statistique sanitaire a été organisée ; ses études et ses résultats devaient comprendre tout ce qui peut intéresser le Duché sous le rapport de l’hygiène , de la nosographie et de l’économie sociale (2).
Pour ce qui regarde le commerce et l’industrie, mômes soins, môme prévoyance, môme succès: ici ce sont des tribunaux consulaires qui se fondent ; lè, des Chambres de commerce qui s’instituent. La ligue douanière conclue avec l’Autriche et avec le duché de Modène, ne semble pas avantageuse à l’industrie parmesane; elle est rompue, et, malgré de puissantes sollicitations, elle n’est pas rétablie et à plusieurs reprises des propositions analogues sont énergiquement repoussées. Les droits de transit gênaient les opérations ; ils sont abolis. Un tarif de douane est étudié avec la plus grande attention, modifié avec la plus loyale indépendance, approprié, avec toutes les lumières de la science, aux besoins de la production et aux nécessités de la consommation. Les difiicultés soulevées par la crise monétaire sont examinées et résolues dans le sens d’une économie politique prudente et fermé.
Quoi de plus digne d’un sage gouvernement, et en môme temps quoi de plus honorable pour un petit État, qui, là aussi, sait garder sa souveraineté et la |
(1) Décret du mois d’avril 1858.
(2j Décret du 9 octobre 1857.
(jéfendre contre les entraînements de plus puissants voisins?
D’ailleurs l’application au progrès des intérêts matériels n’affaiblit en rien le culte des intérêts moraux et intellectuels. Madame la Régente sait combien est impérieux le devoir de protéger les fortes éludes, d’élever le niveau des connaissances, de favoriser le savoir, de répandre l’instruction, de conserver le culte des lettres et des arts.
Elle est de la race de François I*'^, elle est fille de la Duchesse de Berry. A ces titres elle lient à honneur de réorganiser l’Université de Parme et de lui restituer son antique renom ; et cela malgré les troubles civils et au milieu de redoutables difficultés. En même temps, elle donne aux écoles supérieures de Plaisance un régime nouveau et fécond.
Une magistrature élevée, indulgente et ferme est placée à la tête de l’Université. Des chaires sont créées ou rétablies, des professeurs éminents y sont installés et des règlements habiles y font régner une discipline vigoureuse. Aussi, après plus d’un quart de siècle, les études interrompues ou négligées reprenaient faveur, et un an à peine s’était écoulé que le chef de l’Université pouvait se féliciter publiquement des progrès déjà obtenus (1) ; et la Régente lui répondait:
« Je suis très-louchée des hommages de l’Université qui, dès cette première année, a si heureusement
(i) L^airtrslté fat inaugurée le 9 janvier 1855.
répondu 4 nos espérances. Que le zèle de nos habiles professeurs, marchant sur les traces de leuf président, continue à améliorer les études et à inspirer à la jeunesse le respect de la religion, source de toute autorité, ainsi que l’amour de l’ordre, et mon Robert aura des lils soumis, des conseillère lidèles et d’utiles instruments dans ses labeurs pour le bien de son pays. >
Voilà comment Louise de France comprend l’éducation publique. Aussi se plaît-elle à étendre son patronage sur les collèges et les écoles ; aussi s’est-elle hâtée d’ouvrir pour les jeunes filles des pensionnats confiés aux congrégations les plus instruites, de multiplier tous les moyens d’enseignement public, littéraire et professionnel ; aussi a-t-elle, avec une rare munificence, augmenté les écoles jtopulaires ; aussi se faisait-elle une joie de famille d’assister avec ses royaux enfants aux distributions de prix, sans oublier les écoles des frères, non plus que les collèges de la no- ^ blesse : veillant à tout, exhortant et encourageant lés maîtres et les élèves, et préparant une génération religieuse et fidèle.
Puis, son intelligence avide du beau et éprise de l’art, porte une généreuse protection sur les académies, sur les arts, sur les musées, sur les trésors de la peinture et de la statuaire. Gardienne des collections inappréciables que lui ont léguées ses prédécesseurs, elle a enrichi les musées, soutenu et développé les compagnies savantes, assuré la conservation et la ■ reproduction des chefs-d’œuvre des anciens maî- ,tres (1), en essayant de donner à cette grande école
(1) C’est sous ses auspices que le célèbre gravenc Tosclii a conti-^
des continuateurs qui n’en laissent pas dégénérer al réputation européenne.
Au goût éclairé, à la passion des arts qu’elle a empruntée à sa Mère et à sa patrie d’adoption, Madame la Régente de Parme joint cette vertu toute française de la charité intelligente, dévouée, ingénieuse, de la charité, dans sa plus haute et sa plus féconde exprès^ sion. Non pas seulement la charité appliquée aux misères individuelles si dignes de commisération, et pour le soulagement desquelles il suffit de l’élan de la pitié, mais la charité sociale, celle qui prévoit le besoin de toute une classe, celle qui s’étend à toute une contrée, celle qui fonde dans le présent des œuvres d’avenir, des œuvres aussi durables que les souffrances de l’humanité, aussi actuelles que les maux du moment.
Ainsi, pas une des institutions modernes qui n’ait été rapidement introduite dans le Duché : aux artisans, aux petits employés, aux familles économes, la Caisse d’épargnes ; la Duchesse en est la fondatrice et elle l’a dotée avec une générosité empressée ; des orphelins sont-ils délaissés : un asile leur est ouvert sous le patronage des jeunes princes; si, une année, les pauvres ont souffert plus que de coutume à cause de la rigueur de la saison et de la cherté des vivres, une
nué de reproduire l’œuvre du Corrége ; et, après la mort du grand artiste, la Régente a ordonné que ses élèves fussent entretenus et le travail achevé aux frais du trésor.
pensée heureuse est émise : au lieu de rinsignifiant échange de cartes de visite à l’occasion de l’année nouvelle, chacun s’inscrira en faveur des malheureux et le produit de cet impôt volontaire, en acquittant les dettes de la courtoisie, viendra en aide aux indigents. La Régente donne l’exemple et engage la cour et les riches à l’imiter ; aussitôt, avec ce produit inattendu, les maisons de refuge et d’ouvroir voient se doubler les secours dont elles disposent.
Depuis dix années environ, la construction de maisons spéciales pour les ouvriers est l’un des rêves de la bienfaisance publique; liadame la Duchesse de Parme a trouvé le secret de le réaliser ; sa capitale a des quartiers à assainir ; il faut que l’air et le soleil circulent dans ces réduits où se réfugie la pauvreté. On ouvrira des voies plus larges, des places et des carrefours. Mais que deviendront les familles ainsi d^aysées ? On y a pourvu. Les embellissements ne sont pas des ruines et des expulsions. A mesure quA des démolitions s’exécutent et sont remplacées par des édiRces plus riches, un emplacement nouveau, choisi avec soin, dans des conditions de salubrité et de paix, reçoit des maisons nouvelles, humbles, solides et saines, fies maisons sont élevées aux frais d’une société charitable dont Madame s’est réservé la présidence ; elle a voulu que les preuMères coantructions fussent érigées par ses augustes enfants ^ que quatre statues, consacrées aux saints patrons de sa famille, rappelassent ce bienfait (1). Et de la sorte.
(X) Osa quatre statues sont celles de saint Robert, de saint Henri, de sainte Marguerite et de sainte Adélaïde ; elles ont été comman-
l’exemple descendu de haut étant suivi, une rivalité généreuse ayant été excilée jusqu’en France, jusqu’à l’étranger, la cité nouvelle s’est élevée comme par enchantement ; le déplacement s’est opéré sans secousse, sans aucun murmure. Au contraire, de ce quartier montent les actions de grâces et les béné(jtic~ tions des familles si efficacement, si délicatement secourues (1).
dées à de Jeunes scnlpteurs parmesans, et elles occnperont les quit* tre angles de la place principale du nouveau quartier (tel/a Sainte.
( 1 ) Voici les admirables oonsidérauts de ce décret, fln 4aV» 4g .3 décembre 1856 :
a Considérant combien il est important pour l’hygiène publique que les habitations soient salubres ; sachant combien l’étroitesse, la vétusté, la malpropreté, le défaut d’air et l’absence de tout nettoiement, dans un grand nombre de petites maisons de Parme, les ont rendues tellement insalubres qu’elles ont besoin d'être complètement démolies et en grande partie reconstruites ; considérant la nécessité que de nouvelles maisons soient construites avant ces déiooUticiia.flt ces reconstructions, afin que, en attendant, un grand nombre de familles ne soient pas privées d’abri, et que l’élévation du prix des loyers ne soit pas trop onéreuse pour les classes pauvres::
«Art. 1*'. Une nouvelle rue sera ouverte dans la partie la plus haute de la ville, sur le coteau, près de l’église Saint-Joseph.
« Art. 2. La nouvelle rue sera large et tracée en ligne droite. Sur les deux côtés seront construites, d’après les plans indiqués, des maisons bien aérées, contenant tout ce qui est nécessaire au bien-être, ayant chacune une petite cour ou, un jardin, et pouvant ccnteuk' une, deux ou trois familles au plus.
a Art. 3. Il sera donné à toute personne voulant construire des maisons dans la nouvelle rue, .le terrain, tes man^-picds en ptWQI, les conduits d’écoulement des eaux le long de la rue ; le pavage 4p ladite rue sera fait aux frais du trésor publient sans aucune charge pour les personnes qui auront fait ces constructions, bien que tfi soit un nouveau pavage.
B II ne sera payé aucun droit d’entrée pour les matériaux et bois de charpente nécessaires aux constructions.
« Art. 6. Les nouvelles maisons seront affranchies des contribuF tions foncières et de toute charge municipale pendant deux ans, A partir du moment où chacune de cos maisons aura.pu être misa «en état d’être habitée.
« Art. 5. Toute pessonne ayant construit, à ses fraUj d’ici A trois
Puis les œuvres de l’apostolat lointain ne sont point oubliées ; témoin celle de la Sainte-Enfance, pour le rachat des enfants infidèles ; la Princesse Mai^uerite en est la protectrice et elle préside à ses pieuses as<* semblées.
Mais c’est surtout dans les épreuves générales, dans les fléaux soudains qu’éclate l’ardente générosité de la Régente. Ces épreuves ne lui ont pas été épargnées 1 En 185Ü, 1855, en 1856, rareté des subsistances; en 1855, le choléra ; en 1856, les inondations. Son zèle alors ne connaît plus de bornes.
Voici la disette, non pas seulement passagère, mais continuée durant trois années consécutives; si, comme le reste de l’Europe, le Duché souffre, son gouvernement veille. D’avance il a pris les mesures nécessaires d’approvisionnements : il a abaissé les barrières à l’importation des grains, il a prohibé la sortie des denrées ; et déjà, avec l’espérance, la sécurité rentre dans les esprits, les privations s’adoucissent et la misère diminue. Pour achever de conjurer le mal, le trésor de l’État et surtout celui de la Princesse s’ouvrent aux plus malheureux. A l’armée un supplément de solde ; aux agents des services publics une
ans, une maison le long de la me nouTelle, sera, ses traraux achevés, inscrite aux nombre des hommes ayant bien mérité du Prince et de la patrie, et, pour ce fait, recevra la médaille d’or. »
Depuis, la rue est devenue le centre d’un quartier tout entier, avec quatre divisions aboutissant à une belle place. Le nombre des maisons est considérable ; chacune peut contenir de un à quatre ménages.
Digillzed bÿXjOÔgle
augineotation de traitement ; aux pauvres des campa* gnes et des villes des secours abondants, du travail avant tout (1), la meilleure aumône. C’était an commencement de l’hiver de 1855^ une loterie s’organise; l’aristocratie, les classes aisées y prennent part; Madame la Régente a inspiré cette pensée, elle y préside : les plus beaux lots sortent de ses mains. Des sommes considérables sont recueillies ; distribuées avec une intelligente économie, elles assureront du labeur et du pain à des milliers d’indigents. Le pays, les communes et les familles profiteront ensemble de ce tribut volontaire prélevé sur la muniGcence de tous. Et pendant les trente mois que se perpétue la rareté des subsistances, les œuvres charitables, sans cesse stimulées, se renouvellent et se maintiennent. Aussi, le l®*" janvier 1856, Louise de France, heureuse et Gère du concours de son peuple, peut dire : a Oui, la charité et le courage de tous ont soutenu mon cœur si profondément affligé. Je les remercie d’avoir secondé tous les désirs que j’avais d’apporter à tant de malheureux tous les secours qui étaient humainement possibles. Pour l’avenir, j’espère en Dieu : j’espère dans le concours de ceux qui m’ont aidée jusqu’ici à préparer, à travers les obstacles do présent, une destinée meilleure à mon Fils, lequel, j’en ai la conGance, saura payer la dette de ma reconnaissance (2).»
( 1 ) Madame la Régente disait, le janvier 1856, au Podestat de Parme : a Dieu veuille nous préserver dans l’avenir ; Dieu veuille nous rendre plus faciles et plus abondants les moyens de pourvoir, par le travail, aux besoins des classes pauvres et à la prospérité publique, objets incessants de mes pensées et de mes voeux ! »
(2) Réponse au commandeur Salati,àla réception du premier jour de l’année.
Puis c’est une terrible invasion du choléra asiatique. Vers la fin de juillet 1855, le fléau éclate à Parme; le jour même, une commission de secours est créée, et Madame la Régente envoie 40,000 livres pour subvenir aux plus pressantes misères. Elle fait appel à toutes les classes, à tous les rangs : à sa voix, à sa suite, c’est une admirable rivalité de courage, de soins, de charité. Ces beaux traits ne demeureront point ignorés : par les ordres de la Duchesse, les noms des personnes qui se sont signalées le plus généreusement sont insérés au journal officiel ; l’administration, l’armée, le clergé, les médecins y figurent à l'envi.
Plus tard, quand le fléau aura cessé ses ravages, un monument durable gardera le souvenir de ces dévouements et servira à en allumer d’autres dans les crises analogues. Par un décret du 12 novembre, une médaille est instituée qui récompensera l’héroïsme de la charité, f Notre cœur, dit la Princesse, a été touché de la courageuse piété qu’ont déployée dans la funeste invasion du choléra-morbus ceux qui, mettant Pamour de leurs frères avant leur sécurité personnelle' et rivalisant avec la bienfaisance publique, ont su se montrer vigilants dans l’exécution des mesures de précaution, infatigables dans le service des hôpitaux et ambulances, avides de soulager la douleur de réconforter les âmes, et prodigues dans la distri- , bution des secours. Nous avons voulu les honorer d’une distinction particuli^e qui fâl un témoignage durable de reconnaissance et une excitation à une noble émulation. »
La médaiiile est d^or, d’argent o« de bronze^ selon l'importance des services rendus. D’un côté sé Voient
les images du Duc Robert et de son Auguste Mère, et, de l’autre, la légende : alla carita cobaggiosa (1). Les registres de cet ordre sont le livre d’or de la charité et du courage. Comme Louis XIV, Madame la Régente « avait chargé l’honneur de payer la dette de la patrie. »
Enfin, la crue subite des fleuves menace et désole ses provinces : l’inondation, là, comme en Fiance, exerce de subits et douloureux ravages. La cassette de' la Régente s’ouvre pour subvenir aux besoins et réparer les pertes. Les palais de son domaine offrent un abri aux plus éprouvés, et elle-môme, tenant son royal fils par la main, va aider, consoler, encourager ces pauvres victimes, qui lui baisent les mains dans leS transports de leur reconnaissance. Tout ce que souffrent les siens lui retentit aü fond du cœur, et sa vie entière est l’application de cette belle et vive parole , de son aïeul Herrri IV : « Qui s’en prend mon peuple s’en prend à moi-même. » '
Avec de tels exemples, avec des exhortations siélo* quentes, comment le dévouement des particuliers n'aurai t-il pas réfiond» à celui de la souveraine ? Aussi est-ce avec un légi^e orgueü qu^elle s'est plu à répandre, sans les prodiguer, les marques de- distinction, soit ancienites, soit nouvelles, qui récompensent, en exaltant le sentiment de Phonaeur, les services rendus au Prince et au pays. €e lot fnt une douce tâche que de les conférer aux bienfaiteurs des indigents, aux magistrats connus par leur intégrité, aux
(1) Cette médaille se porte suspendue A un rubaa bleu liseré de rouge.
médecins illustrés par leur zèle, aux citoyens anoblis par leur intrépidité.
Ici, qu’il nous soit permis de rappeler un souvenir dont l’oubli serait impardonnable en France. Nos plus riches contrées ont eu, elles aussi, à subir les ruines et les désastres des inondations. A cette nouvelle, le cœur de la fille de saint Louis s’est ému, et, sur les débris de sa royale fortune, elle a voulu, s’associant à la noble inspiration de son auguste frère, que la main paternelle de nos évêques fût la dispensatrice des dons que, de loin, elle destinait à la terre sacrée de la patrie (1). Les larmes et les bénédictions des malheureux ont payé cette dette de la reconnaissance publique.
XU. .
■ Restent maintenant trois autres éléments principaux de la prospérité des États : les finances, l’armée, la politique extérieure. Les hautes qualités de Madame la Régente éclatent encore ici.
Les finances sont le nerf des empires : Taxiome est vrai pour les plus faibles comme pour les plus puissants. Dans les dépenses, ordre régulier et économie sévère ; dans les recettes, exactitude de perception , modération d’impôt : voilà les principes que la maison de Bourbon a toujours eus pour loi. Du moment
Monsieur le comte de Chambord, S. A. R.Madame la duchesse de Parme, S. A. R. Madame la duchesse de. Berry, ont placé leur nom en télé de la souscription, dont le produit a été remis à NN. SS. les évêques des diocèses les plus cruellement affligés. Madame la Duchesse de Parme a envoyé 15,000 francs. ■
où Madame la Duchesse a pris le pouvoir, l’application de cette loi a été sa sollicitude. Elle avait demandé à l’habile et intègre ministre que, de la présidence de la Chambre des comptes, elle avait appelé à la direction des finances, un rapport complet sur la situation du trésor, sur la dette, surle revenu. Le 8 juillet 185A, M. Lombardini présentait ce rapport
La dette, à la fin de 185ù, atteignait le chiffre total de quinze millions. En soi, ce chiffre n’avait rien d’alarmant, puisque la valeur des biens du domaine, qui en formaient comme la garantie, est de vingt millions. La Princesse voulait, non-seulement clore cette dette, mais la diminuer progressivement et l’éteindre. Dans ce but, le ministre proposait dé la réduire à moitié par un amortissement de sept millions, amortissement qu’on obtiendrait au moyen de prélèvements ou retenues trimestriels sur les revenus de l’État. Ce prélèvement serait de 1,200,000 francs pendant six années, et il irait ensuite en diminuant pour les périodes suivantes. La Duchesse s’empressa d’approuver cette mesure et elle y a tenu avec une sévérité rigoureuse. Aussi, en j 859, plus de quatre millions ont été remboursés.
Ce point obtenu, les réformes vont être poursuivies dans tout le détail de l’organisation financière.
Le budget, désormais, sera établi d’après les bases les plus claires et les plus solides. Profitant des progrès que la science économique a faits, sous ce rapport, dans les États modernes ; mettant en pratique les conseils des hommes les plus compétents de nos meilleures époques de prospérité, la Duchesse exige que le budget soit divisé, pour les recettes comme pour
les dépenses, en partie ordinaire et partie extraordinaire ; que chaque chapitre soit étudié et réglé avec une exactitude rigoureuse ; que l’aiTectation des dépenses soit sévèrement observée ; que l’action de la Ùour des comptes soit puissante et ses décisions souveraines.
La perception des impôts est assise sur les vrais principes : exacte sans être implacable , elle est ramenée aux frais absolument nécessaires ; elle est probe et intelligente.
Hans la gestion des deniers publics, il faut une adihinistration qui soit au-dessus du soupçon. Rien ne coûte à la Régente pour y parvenir. Ainsi elle a appris que les gardes de finance des scandales se sont produits. Elle n’hésite pas : elle dissout le corps entier, sauf à le rétablir avec des éléments irréprochables (1).
Maintenant, veut-on savoir les résultats de ces utiles réformes? Laissons parler les chiffres : c’est en ce genre la plus éloquente démonstration.
A Torigine de la Régence, Madame la Duchesse avait trouvé, nous le disions à l’instant, le grand-livre de la dette publique grevé de quinze millions de francs. Aujourd’hui, l’amortissement a fonctionné : la dette
(1) Décret da 2S août 185&. — « Attendu les rapports défavorables qaé nous sont parveoas touchant quelques individtis de la garde des finances^ ne voulant pas que la conduite conpable de ces hommes demeure impunie, et qu'elle soit pour les autres d’un funeste exempte, entraînant nn bltme solidaire sur tout te corps, le personnel entier est renouvelé. » i
est réduite à onze millions. Quatre millions ont été éteints.
Elle avait trouvé deux millions et demi de dettes spéciales à la Couronne : aujourd’hui elles sont payées, payées intégralement et sans emprunt qui pèse sur le domaine ; elle avait trouvé des créances pendantes depuis près de quarante années : aujourd’hui, tout est liquidé.
Le budget antérieur à la Régence, exercice 1854, présentait un déficit de plus d'un million de livres. Dès la première année, il a été ramené à l’équilibre ; cet équilibre a été maintenu la seconde année ; et, depuis, il présente un excédant toujours croissant de recettes sur les dépenses. En voici le tableau :
Llrrei.
Recettes ordinaires 8,018,000 (1)
( Dépenses ordin.
t Recet. ord.
' Dép. ord.
( Recet. ord.
( Dép. ord.
1 Recet. ord.
f Dép. ord.
i Recet. ord.
1 Dép. ord.
(1) La livre de Parme équivaut au franc de notre monnaie.
Le budget, en prévision de 1860, avant les événements récents, élevait cet excédant à 500,000 livres.
Et on voudra bien remarquer que le gouvernement, dans la même période quinquennale :
1® A dégrevé la contribution foncière de 77,000 liv. ;
2® A dégrevé la dette publique de 4,000,000;
3® A augmenté le traitement de tous les employés civils ;
4* A élevé la solde des oiüciers et des troupes de 10 à 20 pour 100 ;
5® A augmenté de 20 0/0 les pensions aux curés, aux vétérans du sacerdoce, aux religieuses âgées et infirmes ;
6® A élevé les pensions civiles et en a ordonné le payement par trimestre et même par mois ;
7” A concédé aux fermiers du domaine de l’État des prolongations de bail de dix-huit ans, et leur a accordé des facilités pour le payement de leurs fermages;
8° A aboli les lois de transit ;
9® A remanié les tarifs de douane dans un sens libéral; '
10® A multiplié les allocations aux travaux publics et communaux ;
11® A créé une réserve dans le trésor;
12® Eta traversé les crises alimentaires de trois années, les inondations, le choléra et les troubles, qui aggravent toujours les charges publiques.
Pour peu qu’on prenne la peine de rapprocher les résultats de ces budgets du chiffre total de la population parmesane, et qu’on compare le produit avec la condition analogue des autres pays, on verra que le contribuable, sujet de Madame la Duchesse de Parme,
paie à peine 18 fr. par tête, tandis qu’il payerait : en Prusse, 23 fr. ; en Autriche, 20 fr. ; en France, 49 fr. ; en Sardaigne, 80 fr. ; en Angleterre, 75 fr. Ce contraste ne laisse pas que d’avoir son prix !
Tels sont les éléments, telles sont les preuves d’une prospérité financière toujours et partout appréciée, mieux comprise peut-être en notre siècle et en notre pays qu’en tout autre temps et en toute autre nation !
Après le trésor, l’armée.
L’armée, peu nombreuse, sans doute (1), — car l’État ne comporte point Un développement exagéré de la force militaire, — a reçu dans son mode de recrutement (2), dans son administration, dans son armement, tous les perfectionnements de la science moderne. ■
Dès le mois de janvier 1855, un département ministériel spécial était créé pour l’armée, département rattaché au ministère d’État et placé ainsi de plus près sous l’égide même de la souveraineté. La vice-présidence dè ce département était confiée à un vétéran de nos armées françaises, à un officier décoré sur le
(1) L’année de Panne est de quatre mille cent hommes sur e
pied de paix, de six mille cent sur le pied de guerre. {Annuaire de l'Economie politique, 1858.) ,
(2) Le mode de conscription a dû, d’après un décret de décembre 1858, être l’objet d’études nouvelles et d’améliorations mûrement réfléchies. — Un autre décret du même, mois crée une commission chargée de rechercher les moyens de rendre plus avantageuse la condition des officiers de santé, et de les admettre à une retraite suffisante après leur temps de service.
champ tte bataille de Montmtrail, aa général Crattt. Tant il est vrai qae, poar ki maison de Bonrboir, tout ce qui est de la gloire miHtafre devient de son patrimoine I Tant il est vrai qae cette grande race sait reconnaître tons les services et honorer tons les dévouements I
Sous rhabile impnision que le marqnis Pallavicino et le général CrottI donnèrent à rorganisation de ce département, la législation fut bientôt modifiée dans le sens de nos propres lois, et c’est en grande partie sur ce modèle que l’avancement des officiers, la collation des grades, les règlements relatifs à l’intendance , à la santé, à la composition des cadres, ont été renaaniés.
Des bataillons de chasseurs, dressés aux manœuvres nouvelles, habitués aux armes de précision, ont été créés ou augmentés (1). Enfin, une discipline ferme et sévère a resserré les liens du commandemeut et de l’obéissance.
Dans ces soins, deux grands buts préoccupaient Madame la Duchesse régente : d’abord assurer à son État la force nationale nécessaire pour maintenir l’ordre sans l’appui de secours étrangers, et, par conséquent, l’exempter de recourir au concours que les traités de 18/i8 lui donnaient le droit de demander aux troupes de l’empire d’Autriche; secondement, unir plus intimement à sa royale famille, à son fils et à elle-même, les soldats sortis du sein de Fa nation, en les attacbaut'à la défense de l’autorité et de la personne du souverain.
(1) Décret du 28 avril 1857.
Les événements, après de rudes épreuves, ont montré combien elle avait réussi à cette double et haute pensée.
D’ailleurs, le sang de Bourbon se plaît aux armes. Lejeune duc Robert aimait à se mêler aux troupes, et les soldats connaissaient et applaudissaient l'uniforme de ce charmant enfant qui promet un brave et brillant souverain (1). La Régente venait souvent parcourir leurs rangs, recueillant leurs vœux et correspondant à leurs marques de fidélité. Utiles rapprochements qui entretiennent l'attachement au drapeau , l’amour du Prince et le culte de Phonneur !
Avant même les événements du mois de mai 1859, l’armée avait eu occasion de faire ses preuves. Placée en face de Finsurrection, elle n'avait eu à subir que de rares défections et elle avait su infliger à l’émeute nne répression prompte et énergique.
Ainsi en était-il arrivé en 1854.
Le coup de poignard qui avait frappé Charles 111 n’était pas un crime isolé : il devait servir de signal à une tentative de révolution dans le Duché et dans l'Italie entière. Déjoués par l’attitude de la Régente, par l’horreur des populations pour un tel attentat, les desseins des perturbateurs n’avaient été qu’ajournés.
Us essayèrent un éclat à Plaisance au commencement
(1) Le dnc Robert porte habituellemeat le costume militaire ; il ea est de même de son frère, le comte dè Bardi ; seulement, celui-ci n’a pas les insignes du commandement ; il est inscrit sur le rêle d’un régiment. « Un soir, dit M. Noël Lemire, il Tenait de recevoir sa paie : interrogé sur l’emploi de ses minces émoluments, il répondit avec aplomb qu’il en avait fait homma^ aux veuves des sous-offî- < ’ciers de son régiment..... s {Lettres sur l’Italie, p. SOI.)
— io-
de juillet, à propos de ia cherté des grains, ainsi qu'à Ponte del Olio et à Pontenure. Le prétexte était odieux : la répression fut instantanée. Mais une revanche fut ménagée à Parme même, et, cette fois, la révolution jeta le masque.
Le 22 juillet, des barricades se dressèrent dans la ville et la cocarde rouge fut arborée par quelques insurgés. Ils avaient compté sur la trahison d'un corps de troupes, sur l’aide des sociétés secrètes, sur le concours d’une partie de la population. L’armée demeura fidèle, les conspirateurs impuissants, 1a population indifférente d’abord et bientôt indignée.
De prudentes précautions, une action rapide et énergique, une lutte de peu d’instants, des coups de ^ fusil et quelques volées de canon, eurent aisément raison de cette détestable écbauffourée (1). Le lende-
(1) Voici le récit rapide et complet des événenemente. Ce récit est contemporain des faits :
Le 21, dans la matinée, le bruit s’était répandu dans la ville, que le signal d’une insurrection générale en Italie était donné pour ce lendemain, et que Parme ns manquerait pas d’y prendre part. La population accueillit ce bruit avec indifférence : le calme paraissait assuré, et c’est à peine si on faisait attention à certains individus qui affectaient de donner hautement et sans mystère ce mot d’ordre: « A dix heures. ■ Le gouvernement veillait : il avait été averti que des mouvements se préparaient et devaient éclater simultanément A Bologne, à Modène, à Rome et à Parme. Des mesures avaieut été prises : les troupes forent mises sur pied, toute la nuit, dans les casernes.
« Le 22, à la pointe du jour, de nombreuses patrouilles parcouraient la cité. Le poste des prisons fut renforcé ; les avenues étaient gardées par des soldats du 2*. bataillon. Le lieutenant-colonel Anviti, qui commandait ce bataillon, fut averti que clans le Borgo delle Colonne^ rue qui aboutit à la place des prisons, un lieu do réunion avait été indiqué. Ses soupçons se portèrent sur un café situé près de la caserne des douaniers. U dirigea sur ce point un piquet commandé par le capitaine Bonai ; aussitég pluaeurs individus qui s’é-
main Tordre était parfaitement rétabli; Tanarchie, l’anarchie de la pire espèce, venait d’être vaincue par la fermeté du gouvernement, et d’échouer contre la constance des troupes et le dévouement de la nation.
L’affection pour la Duchesse, la reconnaissance pour son pouvoir, puisèrent dans ce douloureux épisode des éléments nouveaux. Les bons savaient que leur
talent groupés sur la porte rentrèrent précipitamment dans l’intérieur. Le lieutenant-colonel fit cerner la maison et ordonna de faire évacuer le café. Un sergent somma les personnes présentes de sortir: il lut menacé du poignard par un individu de la dernière classe du peuple ; les soldats se jetèrent sur ce misérable et le désarmèrent; mais, quoique blessé, il parvint à s’échapper. Ce fut le signal de l'attaque. Des coups de feu partirent des fenêtres et d’un escalier Intérieur ; des pierres furent lancées du haut des toits. Une autre compagnie vint en aide à celle du capitaine Bonzi, et la maison fut " occupée militairement. On arrêta plusieurs insurgé, et avec eux un soldat qui, la veille, avait manqué è l’appel. On trouva des emblèmes révolutionnaires, des écharpes, des bonnets et des cocardes ronges. Le chef des émeutiers, nommé Bariha, sorti depuis peu de jours des prisons, où il avait été enfermé pour une insulte faite à l’armée, s’était réfugié sur le toit et résistait aux soldats. Atteint d’un coup de fusil à l’épaule, il roula dans la rue.
« Les troupes s’assurèrent ensuite de la caserne des douaniers. L’insurrection comptait sur l’appui de ce corps, dont elle était parvenue à embaucher quelques soldats. Il fallut pénétrer de force ; les chasseurs impériaux de la compagnie Bruder aidèrent le 2* bataillon dans cette circonstance. Déjà le lieutenant HolTern s’était emparé de quelques maisons où les rebelles s’étaient retranchés ; plusieurs furent saisis les armes ù la main.
« En même temps, la lutte s’engageait dans la rue Saint-Michel, au café Ravazzoni : ce café est lejrendez-vous privilégié des adeptes de la Jeune Italie. Les principaux meneurs s’y trouvaient rassemblés. Des deux étages, on tirait sur la troupe. De plus, les insurgés s’étalent établis sur les toits des maisons voisines, et, de là, faisaient feu et lançaient des tuiles et des pierres. L’entrée du café avait été barricadée, ainsi qu’une fenêtre donnant sur la rue. Les troupes, qui se composaient des chasseurs de Parme, d’un peloton de ligne et de chasseurs autrichiens, se comportèrent bravement ; mais on vit bientôt qu’il fallait avoir recours à l’artillerie. Le canon fut braqué de la grande place sur laquelle s'ouvre la rue Saint-Michel. Après quelques coups, la barricade fut ébranlée. Les sapeurs s’élancèrent.
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timidité trouverait un appui inébranlable ; les méchants que leur audace serait inflexiblement réprimée. La justice eut son cours, et quand les inévitables sévérités de la loi martiale eurent été exercées, la clémence, cette vertu si naturelle aux Bourbons, reprit son empire. La Régente triompha par fc pardon et famnistie, de ceux que le glaive aurait frappés sans les amener au repentir.
Tel fut l’heureux effet de cette royale conduite, mêlée d'énergie et de douceur, que dix mois après l’émeute, Madame la Régente put en toute sécurité, lever l’état de siège qui, depuis les troubles redoutables de 181Î9, avait dû être maintenu dans le Duehév Déjà, le 29 avril 1855, des grâces nombreuses avaient signalé le retour anniversaire de la fête du souverain. Le LO juin parut le décret qui rendait aux fois Ordinaires leur cours régulier. Cinq jours après, une forte organisation était assurée à la police, dont la direction
détraisirent tes obstacles, et les troapes se rendSrest maîtresses de ht maison. Dn dizaine d’individus tomMrent eit leur pouvoir;' le reste s’était échappé en descendant, an moÿen de eorde», dans une petite rue adiacente. Ce fut la fin de cette tentaUve, anssl odieuso que ridicule.
« Les troupes se sont noblement et courageusement conduites ; le 2» bataillon de Parme à tenu à honneur, par s» bravoure ét sa fidé- Hté, de repousser tes indignes caiomnieî des révolutionnaires, qui avaient osé se vanter de eompter des partisans dans ses rangs.
« Les insurgés étaient munis de poignards, arme favorite des rétolutionnaîres italiens.- Leur chef, Barüla, pris par les soldats, s’écriait : « Ce n’est pas à vous que j’en veux, c’est a mes camarades, qui m’ont trompé ! » Le nombre des insurgés arrêtés est de cent environ : un conseil de guerre est rénni pour les juger.
« La ville est rentrée dans le calme le plus cômpret; il n’y a qu’indignatrort et mépris pour cette folle entreprise de désordre qui Tient troubler, atr miWeades bénédictions du peuple, les.couràgeux efforts d’on gouvernement fetme, juste et réparateur. »
était adjointe au ministère de grâce et de justice et confiée à l’an des plus honorables et des plus éminents conseillers d’État, le marquis Mauro Lalutta.
Par une heureuse alliance, l’action de la magistrature se mêlait à l’exercice des pouvoirs de sûreté générale. ,
Chacun se réjouissait de l’ère de paix et de calme dont ces dispositions étaient le gage, et le Moniteur français, après avoir loué « la sollicitude constante » de la Régente, ajoutait : « Ces mesures ont produit dans le Duché une impression favorable, et on en espère les meilleurs résultats. >
Fermeté et douceur : telle était donc la devise du gouvernement de Louise de France.
Rien ne put dès lors l’en faire dévier rien, pas > même les lâches et implacables fureurs de l’anarchie, qui, vaincue et frémissante, redouble ses appels au crime et à l’assassinat. Cinq fois eu quelques mois d’infâmes guet-apens avaient effrayé la population (1). Deux surtout, dirigés en huit jours contre les hommes les plus honorables, le comte Magawly - Cérati, directeur de la prison , et M. Bordi , auditeur de guerre, frappés tous deux du stylet , jetaient par tout l’épouvante. La terreur planait sur la capitale.
(1) Le 31 mars, le juge Gabbi, chargé de poursuivre l’instruction contre l’auteur du meurtre du Duc Charles, est frappé de cinq coups de poignard ; le 11 février 1855, le président du conseil de guerre,
P. Lauati, reçoit sept blessures ; le 13 avril 1855, un coup de pistolet est tiré sur le comte Anvîti, commandant en chef des troupes pormesanes. Enfin, le fi etla 17 mars 185S, le stylet atteint le comtv Magawly et H. Bordi.
li fallait sévir. L’état de siège est rétabli , le 18 mars 1859, pour Parme et les communes subur < baines.
« Le bras des assassins, dit une proclamation de la Régente, a encore une fois choisi pour but de ses desseins abominables, deux victimes innocentes, et a porté l’épouvante et l’borreur dans la tranquille et honnête population de cette ville. Ces faits effroyables sont pour notre cœur une profonde et cruelle douleur. Nos intentions étaient et sont pleines de bienveillance et de douceur ; mais nous ne pouvons négliger le devoir sacré de rassurer les bons contre les méchants et d’adopter toutes les dispositions, quelque sévères quelles soient, afin d’arriver à ce résultat, »
Tout en recourant à ces indispensables mesures. Madame la Régente entend conserver les droits de la justice, maintenir les garanties de la législation et abréger, aussitôt que possible, la suspension forcée des lois ordinaires.
Quelques mois après, l’état de siège était levé.
Cette douloureuse situation lui fut même une occasion admirable de déployer la noblesse de son caractère, de sauvegarder l’indépendance de sa souveraineté et de préparer l’éloignement du secours qu’elle avait dû momentanément réclamer de son allié l’empereur d’ Autriche.
Certes, les circonstances étaient d’une rare délicatesse et d’une difficulté redoutable. Il fallait décourager les affreux complots de la démagogie et désarmer par la crainte le poignard des sicaires ; il fallait rassurer les honnêtes gens, si timides et si faibles devant les menaces d’une insaisissable légion d’assassins.
Mais en même temps, il fallait que le pouvoir ducal conservât, avec la plénitude de son autorité, le renom de son indépendance.
Madame la Régente commença par se réserver le plus grave et le plus consolant attribut de la suprême puissance : le droit du glaive et le droit de grâce. Toute sentence prononcée, même par le conseil de guerre, devait être soumise à sa sanction et c’était elle qui statuait en dernier ressort.
Elle voulut ensuite que la présidence du tribunal militaire fût confiée à un de ses plus dévoués sujets, au prince Soragna, alors grand-maître de la cour. Des officiers de l’armée parmesane prirent séance au conseil, et si les fonctions de juge d’instruction furent laissées à un auditeur autrichien, ce choix ne se justifiait que trop par les deux attentats qui avaient tour à tour assailli ses prédécesseurs, désignés en quelque sorte au stylet des furieux par leur qualité de Parmesans.
Ces garanties ne suffisent pas à la Duchesse. Durant le procès, une question de droit s’élève : • Le conseil de guerre peut-il juger des faits antérieurs à sa création? Un individu déjà condamné à la peine de mort, commuée par grâce en celle de» travaux forcés à perpétuité, peut-il, pour un crime antérieur, être l’objet d'un nouveau jugement? « Les opinions du conseil se divisent : on en réfère à la Duchesse. Elle assemble les premiers jurisconsultes de l’État. Les lois de Parme, en ce point, sont semblables aux lois françaises, qui n’admettent pas la rétroactivité. L’avis des jurisconsultes est formel et se trouve en opposition directe avec celui du président du conseil et des officiers au-
tricbiens qui y siègent. La Régente communique cet avis et déclare qu’eJIe l’adopte et le prend pour règle.
Le général de Crcnneville, commandant les troupes impériales, ne croit pas devoir se rendre à cette décision de la Souveraine. Il réplique, il insiste; forte de son droit, pleine de la conscience de sa dignité, Madame la Duchesse, sans méconnaître les égards dus an représentant d’une puissance alliée, répond avec* la fermeté d’une reine dont le courage grandit au milieu du péril.
Une rupture était imminente, la Régente la bravait noblement. Le maréchal Radetzky, informé du conflit, se hâta d’intervenir; il envoya le comte Thun avec mission d’apaiser les justes susceptibilités de la Princesse et d’aviser à des moyens de conciliation.
Madame la Régente consent à ce que, son droit demeurant intact, une commission étudie de nouveau la partie juridique du débat; commission mixte quant aux éléments administratifs, piilitaires et judiciaires qui y entrent, commission toute composée de sujets parmesans. Le vice-président du conseil d’État et deux conseillers, un conseiller de la Cour de cassation et trois officiers supérieurs de l’armée ducale, en firent partie. A l’unanimité, cette commission décida i «que le conseil de guerre ne pouvait dépasser les li- | mites de son institution, et qu’un condamné, ayant obtenu une commutation de peine, ne pouvait subir un nouveau jugement. » C’était l’application de nos principes français, c’était l’application des lois du Duché. Le président du conseil de guerre donna sa démission ; le maréchal Radetzky rappela l’auditeur i
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iiopérialj, et les deux officiers autrichieps furept ceipr placés par deux officiers parmesans.
La cause du droit et celle de la souveraineté triomphaient ensemble. Ajoutons, k l’honneur des hautes parties contractâmes, que Madame la Duchesse rér gente avait su concilier, avec le maintien énergique de son pouvoir, tous les ménagements que commandaient l’alliance et l’amitié des deux cours, et que le gouvernement de S. M. I. A. avait noblement apprécié les respects dus à une femme, à une alliée, à une reine.
L’eiTet de ce conflit fut considérable en Italie et en Europe. Dans le Parlement d’Angleterre, le comte de Clarendon, secrétaire d’État des affaires étrangères, répondant è une interpellation de lord Lyndburst sur l’état de la Péninsule, déclara hautement que < le gour vernement de la Duchesse régente était doux et modéré et empreint d’un caractère d’indulgence et de , bon sens. » En France, les feuilles publiques furent unanimes à rendre justice à la Princçsse.
Cet incident proûta donc singulièrement à l’honneur de Louise dè Bourbon : il préparait, d’ailleurs, et favorisait l’un de ses plus chers désirs, celui de bâ- ' ter le départ des troupes étrangères.
Et, en effet, si Madame la Régente tenait à honneur le maintien de son autorité et savait la garantir, elle n’avait pas un moindre souci de l’indépendance de sa couronne et de ]a liberté de ses États. Pleine de res-
pect ponr les traités européens qu’elle n’avait pas signés, mais qu’elle devait accomplir avec loyauté, elle était depuis longtemps résolue à ne leur laisser que les strictes limites où ils se devaient renfermer et à n’user des ressources qu’ils lui offraient que dans l’extrême et inévitable nécessité.
Ainsi, il ne dépendait pas d’elle de retirer aux troupes de S. M. I. et R. A. le droit de tenir garnison Plaisance. Ce droit avait été , ainsi que le montre le traité du 10 juin 1817, établi beaucoup plus dans l’intérêt du plan de défense de l’Italie supérieure, que dans l’intérêt du Duché. Madame la Régente se borna à le restreindre dans le cercle fixé par ces stipulations dont l’Europe était garante.
Quant à l’appui militaire, qu’en vertu de l’alliance défensive du U février 1848, elle avait été fondée à réclamer de l’Autriche, on sait déjà qu’elle n’en avait usé que lorsque les circonstances l’avaient impérieusement exigé. C’était une nécessité que sa grande âme ne supportait pas sans peine, et elle avait hâte, tout en exprimant sa gratitude de ce service, d’en exonérer son pays pour l’avenir.
Aussi combien fut-elle heureuse quand, après des négociations délicates et habilement suivies, quand, après tant de soins donnés au bien-^tre de ses sujets, elle put annoncer que l’évacuation aurait lieu le 5 février 1857 1
Les plus notables réformes étaient opérées : le Duché jouissait d’une tranquillité parfaite. La clémence de la Régente avait vaincu les rebelles. Cette même année, elle venait de compléter une mesure d’amnistie dont peut-être on chercherait vainement ailleurs
un modèle. Les membres du gouTernement provisoire violemment établi en 1848, avaient été condamnés à restituer au trésor des sommes s’élevant à près d’un demi-million. Dès 1855, la Régente, prenant pitié de ces malheureux, avait ordonné qu’on suspendit l’exigence de ce qui était encore dû par eux. En 1857, non-seulement elle leur fait remise de ce reliquat trèsconsidérable, mais elle décide que les sommes déjà payées leur seront rendues. Certes , peut-on pousser plus loin les délicatesses de la générosité? Peut-on mieux témoigner le vif désir d’effacer jusqu’aux dernières traces des discordes civiles ?
Précédée par de tels actes, l’annonce du départ des troupes impériales fut saluée avec enthousiasme par le Duché et par l’Italie. Le 3 février, la Régente passa ces troupes en revue, admit l’état-major à sa table, distribua aux principaux officiers quelques insignes des ordres de chevalerie de sa couronne ; et le 5, en présence d’une immense multitude calme et digne, le corps autrichien quittait la ville et les provinces.
La Duchesse avait trouvé le secret de correspondre aux vœux d’autonomie de ses peuples sans froisser les devoirs d’amitié qui Punissaient à la cour de Vienne. Le comte de Buol vint en personne lui en donner les sincères assurances de la part de l’empereur François- Joseph. Tant il est vrai que la plus sûre garantie de l’indépendance des nations est dans la dignité et le génie de leur souverain I
L’Europe entière applaudit. Madame la Régente avait prouvé qu’elle voulait être libre et qu’elle le pouvait.
C’est le même sentiment de respect pour la liberté
— oü —
de son État ; c’est sa confiance en son peuple, qui la soutinrent dans la rupture de la ligue douanière conclue avec l’Autriche et Modène et dans les refus réitérés qu’elle dut opposer aux sollicitations nombreuses qui lui furent faites pour renouer ces liens. Inspirée par le seul désir de répondre aux vœux de ses populations, elle préféra l’isolement à une union dont assurément les avantages politiques pouvaient séduire, mais qui eût altéré soit sa liberté, soit même l’opinion qu’elle voulait établir du soin jaloux qu’elle apportait à la conserver.
Cette renommée d’indépendance mit le sceau à sa gloire.
Ainsi, durant ces cinq années. Madame la Régente s’était montrée ferme dans le commandement, résolue et persévérante dans les réformes, intiépide dans le péril, clémente après la victoire, prêle à tout pour le bien de ses sujets, intelligente de leurs légitimes aspirations, courageuse dans la protection de leurs droits.
üu dernier trait encore: comme tous les Bourbons, elle aime la parole publique et s’en sert avec une rare habileté, soit qu’elle prenne le ton et l’accent de la majesté royale, soit qu’elle laisse percer l’émotion de son cœur de chrétienne et de mère, soit qu’elle s’abandonne h la grâce et à l’affabilité de son esprit.
Elle eu donnait le gage dans ses discours de réception du premier jour de l’an ; épreuve si difficile quand elle a pour gêne et pour obstacle la variété des inieiloculeuis et les e.\igences du cérémonial.
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Eh bien ! dorant cinq ans, c’est avec une aisance parfaite, sans répétition et sans fatigue, que Madame Louise de France harangua, au début de l’année, les corps constitués de son État, le clergé, l’armée, la magistrature, l’administration, l’Université, les académies. Elle a même su proflter de cette circonstance qui, trop souvent, dégénère en un banal échange de félicitations et de flatteries, pour en faire une sorte de compte rendu de son gouvernement, une sorte d’enquête et de conseil où elle distribue la louange, l’exhortation, les avis à chacun des représentants de l’autorité, où elle s’identifie avec les efibrts heureux, promet de nouvelles améliorations, constate les succès et ouvre les perspectives de l’avenir.
C’est ainsi qu’elle a donné an monde le spectacle d’un gouvernement qui, sur un théâtre restreint, réalisait les vœux raisonnables des esprits les plus dévoués ù l’Italie : le spectacle de la concorde avec la puissance spirituelle, de la régularité dans l’administration, de l’honnêteté dans le maniement des alTail'es, du respect de Injustice et de la magistrature, de l’économie dans les finances, du progrès dans les travaux publics, dans l’agriculture, dans le commerce et dans le crédit ; de la fidélité dans l’armée et dans le peuple ; le spectacle de la paix enfin, de cette paix qui, ^lon la belle expression de saint Augustin, est la tranquillité dans l’ordre : Pax, tranquiUitas ordinis I
Et cependant, de secrètes inquiétudes agitaient cette
grande âme i et cependant de douloureux pressentiments l'assiégeaient I
C’est que, même pour les princes les plus généreux et les meilleurs, l’exercice du pouvoir, comme la vie, est un combat, avec ses alternatives, ses surprises et ses vicissitudes.
C'est que l’esprit de désordre et d’ingratitude durera autant que l’bumanité et qu’il s’attachera, surtout, avec une passion pleine de dépit et de fureur, aux souverains qui l’auront le plus vaincu et le mieux désarmé.
C’est que, sür ce sol de l’Italie, à peine remis de ses ébranlements, le travail souterrain de la révolution a continué ses détestables entreprises.
C’est que de tristes encouragements ont été donnés à cet élan de rébellion par celle des puissances italiennes qui avait eu le plus à en souffrir ; c’est que, tôt ou tard, le fruit amer des accusations du Piémont au Congrès de Paris devait être recueilli.
C’est enfin qu’il fallait une nouvelle épreuve à celte femme si éprouvée pour que sa gloire en ressortît plus brillante et plus pure 1
S. A. R. n’en était encore qu’aux appréhensions. Et ces appréhensions étaient malheureusement trop fondées. Voici pourquoi :
Nous ne sommes pas de ceux qui méprisent la pensée de l’indépendance italienne ; mais noos sommes de ceux qui voudraient voir réaliser ce généreux
dessein par l’accord des princes et des peuples. Nous sommes de ceux surtout qui souhaiteraient ardemment que cette cause demeurât pure de tout alliage avec la révolution. ^
La révolution, telle est la plaie profonde et fatale de ritalie.
C’est elle qui a ébranlé la paternelle autorité du Souverain-PontiGcat, gage de la liberté et du rang de l’Italie dans le monde. C’est elle qui a alarmé les esprits les plus disposés à la sympathie et à l’alfection pour cette terre antique, mère de la civilisation, des lettres et des arts. Sa détestable influence, plus domptée à Parme qu’ailleurs, ne laissait pas que d’y avoir pénétré et d’y grandir sous l’impulsion des événements.
Assurément, on ne pouvait croire que le débat si inopinément et si largement ouvert au commencement de 1859, ne retentît pas dans les imaginations vives du Duché de Parme. On ne pouvait pas penser que les paroles prononcées aux Tuileries, à Turin et à Vienne, ne fussent ni écoutées, ni relevées. On ne pouvait pas supposer que les tentatives de négociations, quelque incertaine qu’en parût l’issue, et surtout le bruit précurseur des armements et des batailles, laissassent indifférents des peuples dont, après tout,' les destinées allaient être en jeu. Le gouvernement de Madame la Régente recevait autant que personne le contre-coup de ces émotions.
11 avait le droit de se confier dans le sentiment du bien opéré. En fait d’indépendance, il ne l’avait cédé à nui en Europe. En fait de souveraineté, nulle n’était plus légitime, plus paternelle et n’aurait dû être plus aimée.
S’il n’eût pas accepté une position subordonnée
dans un congrès, s’il n’eût pas voulu paraître en accusé devant d’autres puissances dont il était l’égal par la souveraineté et desquelles il devait attendre le respect dû aux faibles par les forts , ce gouvernement pouvait se reposer dans l’expectative, compter sur une neutralité que justifiait son infériorité, et mettre son espoir dans le bon esprit de l’armée et du peuple, dans la justice de sa cause , la mqjesté de sa souveraine et la protection de Dieu.
Néanmoins, il ne se dissimulait pas les progrès que, depuis l’imminence de la guerre surtout, les passions subversives avaient faits dans les rangs de la bourgeoisie et même dans ceux de l’armée.
L’appel du Piémont, les instructions des chefs de la Jfeune Italie n’étaient pas demeurés sans écho. Ainsi que le demandaient MM. Garibaldi et La Farina, il se trouvait à Parme des hommes « prêts à tenter un soulèvement aussitôt les hostilités commencées, * à intimider les populations, à envahir le pouvoir , à créer des commissions provisoires au nom du roi Victor- Emmanuel (1).
(t) Voici, d’après U Gwtte de D'ége, les instructions adressées au chef de la Société TUitionale Italienne^ dans les différents États italiens t
SOCléré NXTIOMLB ITALIEKNI.
Indépendance. ünien.
(Instructions secrètes.)
« La présidence croit de son devoir, dans l’état actuel des choies en Italie, de communiquer les instructions secrètes suivantes :
« !• Les hostilités à peine commencées entre le Piémont et l’Autriche, vous vous insurgerei au cri de : Vivent l'Italie et Victor-£mmanuel l Dehors les Autrichiens l
« 2* Si l'insurrection est impossible dans votre ville, les jeunes gens en état de porter les armes en sortiront et se rendront dans la
ïls’en trouvait d’antres encore non moins audacieux et pins perfides, prêts à voiler sous le prétexte de l’indépendance, les desseins et les rêves de la république
et de la démagogie.
Dès les premières annonces de la guerre prochaine, les espérances du parti s’étaient exaltées. Des comiiés
ville la plus voisine où l’insurrectiou aura déjà réussi, ou du moins aura des chances de réussir. Parmi les villes voisines, vous choisirex la plus rapprochée du Piémont, où devront se concentrer toutes les forces italiennes.
« 3“ Vous ferez tous vos efforts pour vaincre et désorganiser l’armée autrichienne, en interceptant les communications, rompant les ponts, en abattant les télégraphes, en brûlant les dépôts d’habillements, de vivres, de fourrages, en gardant en otages les grands personnages au service de l’ennemi et leurs familles.
« 6° Ne tirez jamais les premiers sur les soldats italiens et hongrois. Mettez tout en œuvre, au contraire, pour les engager à suivre notre bannière, et accueillez en frères ceux qui céderont à vos exhortations. ^
a 5” Les troupes régulières qui embrasseront la cause nationale seront immédiatement envoyées en Piémont.
« C° Là où l’insurrection aura triomphé, l'Iiommo le plus haut placé dans l’estime et dans la confiance publiques prendra le commandement militaire et civil, avec le titre de commissaire provisoire pour le roi Victor-Emmanuel, et le conservera jusqu’à l’arrivée du commissaire envoyé par le gouvernement piémuutais.
« 7° Le commissaire provisoire abolira les impôts qui pourraient exister sur le pain, le blé, etc., et, en général, toutes les taxes qui n’existent pas dans les Etats sardes.
« 8" Il fera une levée, par voie de recrutement, des jeunes gens de dix-huit à vingt ans, à raison de dix par mille âmes de population, et il recevra comme volontaires les hommes de vingt à trentecinq qui voudront prendre les armes pour l’Indépendance nationale ; il enverra immédiatement en Piémont les conscrits et les volontaires.
« 9* Il nommera un conseil de guerre pour Juger et punir, dans les vingt-quatre heures, tous les attentats contre la cause nationale et contre la vie on la propriété des citoyens pacifiques. Il n’aura au-^
secrets s’étaient formés et, sans cesser d’exercer leur action sur la population civile, ils dirigeaient surtout leurs manœuvres vers l’armée. S’il semblait difficile de séduire la fidélité des citoyens qui s’étaient tant de fois montrés pleins de répulsion contre le désordre, on se flattait, avec l’attrait de l’indépendance, avec l’entraînement de l’esprit belliqueux, de tromper et de corrompre les troupes.
Cun égard au rang, k la classe; mais personne ne pourra être condamné par le conseil de guerre pour des faits politiques antérieurs à l’insurrection.
« 10° Il défendra la fondation des cercles et journaux politiques, mais il publiera un bulletin officiel des faits qu’il importera de porter à la connaissance du public.
« 11* 11 démettra de leurs fonctions tous les employés et magistrats opposés au nouvel ordre de choses, procédant pour cela avec beaucoup de mystère et de prudence, et toujours par voie provisoire.
« 12<> Il maintiendra la plus sévère et inexorable discipline, appliquant à chacun, quel qu’il soit, les dispositions militaires en temps de guerre. Il sera inexorable pour les déserteurs, et donnera des ordres sévères, à ce sujet, à tous les subordonnés.
« 13* Il enverra au roi Victor-Emmanuel un état précis des armes, des munitions et des fonds qu’on trouvera dans les villes ou provinces, et il attendra des ordres à ce sujet.
« lé” En cas de besoin, il fera des réquisitions d’argent, de chevaux, de chariots, de navires, etc., en laissant toujours le reçu-correspondant ; mais il punira des peines les plus fortes quiconque tentera de faire des réquisitions semblables sans nécessité évidente et sans un contrat exprès.
« 15° Jusqu’à ce que se produise le cas prévu dans le premier article de cette instruction, vous userez de tous les moyens en votre pouvoir pour manifester l’aversion qu’éprouve l’Italie contre la domination autrichienne et les gouvernements inféodés à l’Autriche, en même temps que son amour de l’indépendance et sa confiance dans la maison de Savoie et le gouvernement piémontais ; mais vous ferez tout pour éviter des conflits et des mouvements intempestifs et isolés.
M Turin, le 1" mars 1859.
« Pour le président :
• Le secritaire , ^ u Le vice-président ,
«LaFabiiu. B « Garibaldi. »
Ces iulrigues oe furent pas sans succès, non pas tant auprès des soldats (une quarantaine seulement se laissa abuser], qu’auprès d’un certain nombre d’oCQciers: les uns, cédant aux souvenirs des événements de 18Â8 et de 18&9 auxquels ils avaient pris part; les autres, gagnés par la politique piémontaise dont ils avaient suivi le drapeau dans la première et la seconde lutte contre l’Autriche ; les derniers enfln, appartenant à cette classe toujours trop nombreuse d’esprits incertains ou dépravé?, chez qui la faiblesse , le vice ou l’inconduite altèrent le sens moral et relâchent le ‘ frein du devoir. >
On sait d’ailleùrs quel est, sur des imaginations-mobiles et promptes à s’exalter, l’empire des exemples' ' voisins, soudains et inattendus. La nouvelle des troubles de’ Massa et de Carrara, le succès inouï de la ré- ‘ voluiion opérée en Toscaqe, enlevèrent les plus irrésolus eX enflammèrent les plus téméraires.
Le 29 avril, le jour même de la fête du jeune Duc, . un coup de main fut décidé. L’avocat Ârmelopgbi était l’âme du complot, les capitaines Bucci, Bricoli et.Calcagnini devaient en être les instruments.
M. Ârmelonghi a trente ans ; c’est un caractère impétueux et ardent ; ü s’est fait connaître par la violence de ses opiqions démocratiques. et par le zèle avec lequel il a pris la. défense de tous les accusés compro- ’ mis non-seulement dans, les' insurrections de 185Â, .mais même dans les conspirations et les assassinats qui ont suivi. C’était notoirement l’un des chefs de la révolution mazziniénne. Le capitaine Bricoli, commandant le corps royal d’artillerie , avait servi dans la guerre de 18&8 ; il ne manquait ni d’influence, ni de
hardiesse^ et était tout entier dévoué à la politique du cabinet de Turin. Le capitaine Bncci avait passé successivement de l’armée parmesane dans les rangs de l’armée piémontaise, où il ne put rester; puis il était revenu prendre un grade dans le génie militaire de son pays. Esprit changeant, sans consistance, tantôt partisan des doctrines révolutionnaires, tantôt partisan outré de l’Autriche, ayant obtenu, h force de sollicitations, du général de Crenneville , l’ordre de la Couronne de Fer, et bientôt s’étant tourné vers les représentants de la démocratie. Le marquis Calcagnini est de ces malheureux jeunes gens que la noblesse de ‘ leur, sang et le souvenir de leurs ancêtres ne suffisent 'pas i contenir dans la voie du bien et que leur caractère epiporté livre aux plus mauvaises influences.
Voici le plan qui fot concerté entre eux : pne lettre, rédigée avec une perfide habileté, dut être coramuni- . quée aux officiers et présentée à leur adhésion, elle était adressée à la Régente’ et s’exprimait ainsi :
• Altesse royale.
t Les devoirs de la discipline et le serment qui nous lient au souverain, ne font pas obstacle, nous lecroyons, à ce que nous demandions respectueusement à y. A. R. de mettre fin à une situation qui, dans les solennels moments où nous sommes, pourrait, aux yeux do pays, nous rendre indignes du poste que nous occupons et du nom d’Italiens.
« Au moment où la question de Tindépendance nationale se résout sur les champs de bataille, une plus longue incertitude nous serait trop douloureuse ; elle «nous oblige à demander à V. À. de nous arracher à l’inaction présente, contraire à la vertu du vrai soldat et dn citoyen.
« Si ce vœu trouve accès auprès de V. A,, nous sentons dans notre âme la certitude de prouver par notre bravoure que nous ne sommes pas indignes des sollicitudes que V. A. nous a constamment prodiguées.
« Avec vénération et dévouement, nous nous proclamons de Votre Altesse les très-fldèles sujets et trèsobéissants serviteurs. »
La menace, ainsi enveloppée de toutes les apparences du respect, n’eut que trop de crédit : quarante signatures furent apposées à la lettre. Les meneurs la remirent au commandant des troupes comme l’expression de la volonté de l’armée, et le 1" mai eHe parvint aux ministres.
Depuis vingt-quatre heures, le parti révolutionnaire avait agi vivement; le bruit de la lettre, répandu partout, avait jeté les esprits dans l’attente.
L’agitation, habilement entretenue, croissait rapidement. Partout des symptômes alarmants se manifestaient , on sentait que la rébellion était dans l’air. Les casernes étaient entourées de groupes qui excitaient les soldats par leurs éloges et par leurs reproches.
L’autorité militaire avait la plus grande peine à maintenir l’apparence de l’ordre et de la subordination. 11 s’agissait de savoir quelle serait réellement, en
cas d’une collision imminente, l’attitude de la force armée.
Le conseil des ministres consulta le commandant en chef, le colonel Cesare da Vico. Celui-ci répondit:
« Dans les circonstances d’incertitude absolue où se trouve l’État, dans l’appréhension générale causée par les événements qui se succèdent, la troupe, et plus particulièrement les officiers, sont devenus l’objet d’une profonde irritation, parce qu’ils ne se sont pas encore déclarés et qu’ils n’ont pas encore donné le coup décisif pour obliger le gouvernement à céder aux désirs populaires. Depuis quelques jours l’attitude des officiers est un modèle de prudence; mais, en ce moment,les choses sont arrivées à tel point, que le commandant déclare que cette situation, plus qu’anormale, ne saurait durer ; enfin, que l’on ne peut aujourd’hui compter sur les troupes, lésquelles, tout au plus, s’abstiennent jusqu’ici d’une démonstration contraire au gouvernement. >
A cette réponse, il n’était plus douteux que le gouvernement n’avait aucun espoir à fonder sur la force militaire. Madame la Régente reçut cette douloureuse assurance avec fermeté. Les rassemblements augmentaient; les honnêtes gens, tremblants et effrayés, se cachaient; le palais ducal était menacé par une foule sans cesse grossissante et de plus en plus animée. La sûreté, la vie même de la famille royale, étaient compromises.
Louise de France prit immédiatement sa résolution. Elle accomplira son devoir de mère et de sou-
veraine; elle mettra à l’abri d’une violence redoutable le jeune duc Robert et son frère ; elle les suivra avec les Princesses ses filles, mais seulement après avoir épuisé un dernier effort, après avoir constitué une commission de gouvernement et pourvu à toutes les nécessités de l’ordre et du pouvoir. Puis aussitôt le premier péril écarté de ces têtes si chères, elle re-. viendra dans ses États pour en partager la fortune..
Immédiatement les jeunes Princes sont dirigés vers Brescello où ils attendent leur Auguste Mère. Le conseil des ministres est formé en commission de régence et reçoit des instructions destinées aux éventualités presque inévitables qui menaçént. La notification suivante est publiée, et ce n’est qu’après cette publication, ce n’est que sur les instances pressantes des derniers serviteurs restés fidèles, qui veulent épargner à , leur pays les hasards d’un crime, que la Régente, le cœur brisé, s’éloigne de sa capitale. . ■ *
Voici sa proclamation :
M Nous, Louise-Marie de Bourbon, Régente pour le Duc Robert I®», des Etals de Parme ;
c Attendu que les désirs humains des grandes puis- . sances ne sont pas encore parvenus à réunir un congrès européen dans lequel on ait à étudier et à aplanjr par des concessions raisonnables et de sages mesures, les difficultés advenues, et qu’à une si grande proximité de nos Etats royaux la guerre est allumée, nos devoirs de m ère nous imposent de mettre en sûreté contre les éventualités de la guerre nos enfants bienaimés.
< En conséquence, nous avons dû prendre la dé> termination de nous éloigner momentanément de l’Élat, constituant, comme nous constituons en commission gouvernementale, nos ministres, afin que, durant notre absence, ils gouvernent et administrent l’État au nom du Duc Robert avec tous nos pouvoirs, conformément aux lois et aux formes établies, et suivant au besoin les instructions spéciales que nous leur avons données pour les circonstances extraordinaires. Dans la confiance de reprendre bientôt en personne l’exercice de notre Régence, nous faisons des vœux ardents et sincères pour que ce bien-aimé pays soit préservé de toute calamité, et que la douceur des sentiments et les conseils de la raison dominent les esprits.
« Donné à notre résidence ducale de Parme, le !«*■ mai 1859.
c Louise. »
Les rebelles avaient à achever leur victoire.
Le soir du mai, le capitaine Bucci, qui, sur les fonds de la caisse du génie, avait fait aux soldats des distributions de vin et de cigares, donna le signal des fraternisations avec le peuple. Les soldats se répandirent dans la ville, buvant et chantant. Le soir, des bandes ameutées promenèrent le drapeau aux couleurs verte, blanche et rouge, aux cris de : Vive l’indépendance ! Vers neuf heures du soir, elles se dirigèrent sur le ministère pour y arborer leur drapeau
et sommer la commission de régence de résigner ses pouvoirs.
L’hôtel fut immédiatement fermé et barricadé. Les vociférations redoublaient; des torches menaçaient de l’incendie : la force et la violence étaient maître»* ses. Nul moyen humain de résistance ne restait aux ministres.
Cependant un comité de gouvernement provisoire s’était formé et avait affiché la déclaration qu’on va lire :
• Les soussignés, membres du comité national de Parme, ayant reconnu la volonté- générale de la population et le sentiment conforme des troupes, ont aujourd’hui pris le gouvernement de la ville et des provinces de Parme, au nom dé S. M. le roi Victor- Emmanuel, temporairement seulement et jusqu’à ce qu’un commissaire royal vienne prendre le gouvernement du pays. ^
• Parme, le 1" mai 1859.
« Cette déclaration a été faite en double original et • sera inscrite 'dans le Recueil général des Lois.
« Signé ; Riva Salvaior, Armelonghi Léonce, avocat George Maini, A. Garbarini, »
Les signataires se présentent à la porte de l’hôtel, annonçant qu ils emploieront la force pour pénétrer, La populace les seconde. Ils sont reçus ; les ministres, cédant à une oppression contre laquelle rien ne peut les protéger, répond; ut par la protestation suivante :
« La déclaratioo qui nous a été, présentée par MM. l’avocat L. Armelonghi, le professeur-docteur Riva, l’avocat G. Maini, et l’ingénieur-docteur Garbarini, ayant réalisé le cas de force majeure prévu par les instructions qui nous ont été laissées aujourd’hui même par S. A. R. Louise-Marie de Bourbon, Régente des États parmesans pour le Duc Robert !•* et attendu le péril et la menace de désordres imminents, nous, soussignés, composant la commission de • gouvernement créée par Son Altesse Royale, cessons l’exercice de la charge que nous avons reçue, et déclarons, en conformité desdites instructions :
« 1“ Que nous protestons pour la* conservation de la souveraineté et des droits des fils de S. A. R. sur’ les États de Parme ;
« 2® Que nous recommandons ardemment, et selon les vifs désirs de son Altesse Royale, le maintien aussi efficace que possible de l’ordre, de la sécurité et de la tranquillité de la capitale et de tout l’État;
<r 3° Que nous recommandons les intérêts des troupes de Parme, les déliant du serment, de façon à ce qu’elles ne restent pas sans destination, et sans
emploi. ’ . . .
t Parme, le mai 1859, à neuf heures après, midi. Fait en double original.
« Signé : E. Salati, G. PaleavicÎno, A. Lom-
, BARDINI, G. CaTTANI.
« Vu et reçu : Riva, Maini, Armelonghi,
. • Garbarinl »
Puis les fidèles ministres se retirèrent, attendant
les évéoenients et comptant sur l’effet que produirait leur protestation.
— Le comité national, au premier moment, fut embarrassé de sa victoire. Malgré ses promesses, il se
= * garda de publier la protestation et la dissimula aux •* yeux de la population et de l’armée , il sentait cora- J bien il aurait à faire en présence de l’inquiétude des rE habitants, surtout lorsque l’enivrement de l’émozB tion militaire serait tombé, lorsque gouvernants
- î et gouvernés se trouveraient réellement en préü sence.
i Déjà les chefs de l’émeute avaient essayé de renforcer leurs rangs. Ils avaient dû appeler à leur tête un 2 . homme dont le nom, du moins, fût assez honorablement connu pour leur assurer quelque consistance. ^ Ce nom était celui du docteur Salvator Riva, qu’ils f avaient créé Président de la junte provisoire. a Le docteur Riva est un des plus habiles professeurs de médecine du Duché ; une nombreuse clientèle, une ^ réputation incontestée, l’entouraient de l’estime géf nérale. On connaissait ses opinions avancées, on le ri savait républicain. En 1821, en 1831, il avait figuré dans les troubles. En 18/18, il avait soutenu avec vivacité les doctrines démocratiques dans le journal l’/ndépendance italienne, et toujours il avait refusé de s’allier aux libéraux constitutionnels. Il s’était même ^ signalé par une opposition énergique aux projets d’annexion des États de Parme au royaume de Sardaigne. ^ Aussi comprend-on difficilement qu’il ait été entraîné dans un mouvement opéré au nom et sous les auspices du Piémont. Caractère honnête, du reste, et se tenant assez à l’écart des agitations populaires, il n’a
dû céder qu’à une de ces subites et impérieuses exigences dont les révolutions ont le secret.
Sa présence contrastait donc avec la passion emportée de ses collègues Armelonghi et Maini. Ce dernier, jeune avocat comme le précédent, avait, comme lui, gagné sa notoriété dans la défense des accusés politiques de 185â et des époques suivantes.
A ces deux têtes ardentes, le contre-poids du docteur Riva ne suflBsait pas : on leur adjoignit l’ingénieur Garbarini, homme d’une quarantaine d’années, appartenant à une famille respectable, fils d’un magistrat de la Cour de cassation qui avait joui de la meilleure estime comme jurisconsulte profond et comme sujet fidèle. M. Angelo Garbarini, tout en passant pour avoir des sentiments républicains, était considéré, et on attribue sa coopération à une déplorable faiblesse plus qu’à une perversité préméditée.
Voilà les éléments du gouvernement improvisé; là, comme toujours, les violents devaient avoir promptement raison des modérés.
Mais il fallait gouverner. La junte s’établit au ministère de grâce et de justice. La nuit entière se passa à rédiger une proclamation, à préparer des décrets, à nommer aux emplois. Puis on voulut publier ces actes et on manda le directeur de l’imprimerie ducale.
Un simple fait montre, dès ce premier moment, quel accueil était réservé aux volontés du Pouvoir insurrectionnel. — Que voulez-vous imprimer ? dit le directeur en entrant — Es-tu Buttafuoco? lui de-
inandeot-on ? (M. Bnttafuoco est un homme de talent, écrivain distingué et fort dévoué à la Régente.) — Oui. Eh bien ! va-t-en, et envoie-nous un compositeur. — Cela ne vous avancera guère sans les caractères 1 — Pas de raison, obéis I » Le directeur se retira et envoya un ouvrier. Le gouvernement dictatorial eut beaucoup de peine à obtenir que sa proclamation fût imprimée.
Cependant, le matin, lundi 2 mai, elle parut ; la voici :
« La révolution pacifique opérée hier avec l’admirable concours de toutes les classes sociales, a conduit les soussignés, membres du Comité national de cette ville, à se constituer en Junte provisoire de gouvernement pour lés États de Parme, au nom de S. M. le roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel IL
a La Commission de gouvernement nommée par la Duchesse Régente avant son départ, cédant aux solennelles manifestations du vœu public, a résigné ses pouvoirs.
« Cet état est tout à fait temporaire et ne dorera que jusqu’au très-prochain moment où un commissaire de S. M. Sarde viendra prendre le gouvernement du pays.
« Des communications en ce sens ont déjà été adressées au gouvernement du roi.
« En attendant, qu’on maintienne plus ferme que jamais cet ordre parfait qui a régné jusqu’ici et au moyen duquel seulement tous les regards peuvent se tourner vers un but unique, vers l’accroissement des forces de la nation, pour concourir plus efficacement à la guerre de l’indépendance italienne.
« Parme, 2 mtu 1859. »
Suivaient des décrets qui nommaient des délégués provisoires à la direction des départements ministériels. Ces délégués étaient M. P. Boldi, à Injustice et à l’instruction publique; M. J. Niccoli, aux finances; M. J. B. Mori, à l’intérieur. La junte se réservait les attributions du ministère des affaires étrangères, et elle confirmait tous les employés civils et militaires.
L’intitulé des actes et jugements devait être changé. La formule exécutoire prescrite était celle-ci; * La Junte provisoire de gouvernement, au nom de S. M. le roi de Sardaigne Victor-Emmandel II. »
Enfin, une garde nationale était instituée. Des registres d’inscriptions étaient ouvens dans la grande salle de l’IIniversité ; tous les individus de vingt à quarante ans étaient invités à s’inscrire. M. J. Gallenga était nommé commandant en chef et demeurait chargé de l’organisation avec MM. Rossi, démenti et Canobbio, qualifiés, les premiers de capitaines^ le dernier de sous- lieutenant dans l’armée sarde.
Immédiatement, le capitaine marquis Calcagnini, l’un des auteurs du mouvement, partit pour Turin, afin d’offrir au roi de Piémont le Duché et la brigade de Parme.
Ces actes surprirent la population à son réveil. Il s’en fallait de beaucoup que la junte inspirât quelque confiance : la couleur très-tranchée des opinions démagogiques de ses principaux membres, effrayait les honnêtes gens. La création d’une garde nationale.
qu’on n’avait pas même osé rendre obligatoire, était peu dans les goûts des habitants paisibles.
Mais surtout ce qui révoltait le sentiment public, c’était l’annexion à la Sardaigne. Les esprits les plus jaloux de l’indépendance italienne ne la comprennent point sans le respect de l’autonomie locale.
Une résistance commença à s’organiser ; résistance passive, il est vrai, résistance timide, telle que celle qui est, par malheur, dans les habitudes des gens pacifiques et modérés; significative, toutefois, et presque toujours le prélude d’un retour au bon droit.
La magistrature donna la première un excellent exemple, elle refusa déjuger au nom d’une junte composée de personnages notoirement favorables au parti roazzinien, et les tribunaux demeurèrent fermés. Les officiers publics, encouragés par l’attitude des magistrats, ne firent aucun acte notarié le 2 et 3.
Dans l’administration, l’opposition se manifesta avec plus de vivacité. Les avocats Armelonghi et Maini demandèrent au trésorier de l’État une somme de vingt mille francs. — <t Volontiers, répondit ce fonctionnaire, à la condition que vous me montriez sur quel chapitre du budget ces vingt mille francs doivent être imputés? » Les dictateurs s’emportèrent en s’écriant que la bureaucratie entravait tout. — « Si vous appelez les écus de la bureaucratie I. . » dit le trésorier, et il se retira. Pas un centime ne sortit de la caisse.
Les embarras apparaissaient. Ce n’est rien auprès de ceux que les troupes allaient causer à la junte.
Soldats et officiers avaient réfléchi. Parmi les derniers, un grand nombre avait refusé de signer la dé-
Clara tion, origine et cause de la révolution. Le départ de la Duchesse les avait consternés et iis rougissaient du rôle infligé à l’armée. Ceux mômes qui s’étaient laissé séduire, ayant vu le désordre et l’indiscipline de la veille, sentaient le repentir et la douleur entrer dans leur âme. L’ascendant qu’avaient pris les chefs de l’insurrection, le peu de considération dont iis étaient entourés, leur conduite durant le mouvement populaire, indignaient la fierté naturelle des gens d’honneur. Le regret mène vite à la répulsion ; d’un commun accord et sans s’être entendus, les officiers refusèrent l’obéissance aux représentants militaires de la junte.
L’irritation était plus vive et plus profonde encore parmi les simples soldats. Un instant égarés, ils n’avaient pas tardé à être humiliés des ovations dont iis étaient l’objet de la part de la populace. Ce contact, cette fraternisation avec ce que la ville comptait de plus décrié, leur inspira promptement le dégoût et l’indignation. Leur patriotisme s’émut et se révolta à la pensée de perdre leur indépendance et de se confondre dans les rangs des Piémontais. Peu à peu ils revinrent à la foi du serment, à l’aflection de la dynastie, à l’attachement pour cette Auguste Mère et pour ce jeune Enfant dont les sollicitudes étaient présentes à tous les cœurs. Bientôt ces sentiments se manifestèrent hautement.
La junte l’apprit immédiatement et, voyant l’étendue du péril qui la menaçait, elle essaya de le conjurer. Déjà, elle n’en pouvait douter, les troupes formaient le projet ou de rentrer sous l’autorité de la liégente ou de s’éloigner, si l’entreprise échouait. Un des orga-
nisateurs de )a garde nationale, le capitaine Rossi, fut détaché vers les casernes. Bien qu’il se décorât du titre d’oflicier au service de S. M. Sarde, chacun savait parfaitement qu’il n’est pas Piémontais, qu’il est Romain, qu’il n’a jamais compté dans aucune armée régulière, et qu’il a seulement été enrôlé en 1848 dans le corps de Garibaldi. N’osant pas même revêtir d uniforme, Rossi se présente en habit civil à la citadelle, assemble les soldats et entame une harangue chaleureuse, les appelant < braves patriotes > et les convoquant pour la cause sacrée de l’indépendance.
— « Qui êtes-vous?... nous ne vous connaissons pas! Retirez-vous! Nous ne connaissons que notre Duchesse, nous ne servons que son gouvernement ! » lui répondent les cris des soldats. Rossi insiste, s’anime, parle des couleurs italiennes et du drapeau national. Cent voix l’interrompent indignées : — « Nous ne suivrons pas votre drapeau ; nous n’en avons qu’un, celui de notre pays, celui de notre Duchesse !... Montrez-nous seulement une capote de notre duc Robert et nous irons jusqu’au bout du monde ! » Puis ce sont des huées, des invectives, des menaces qui accueillent le malencontreux orateur. Il se retire anéanti, en disant : « Voilà des hommes bien indisciplinés! »
Au récit de cette déconvenue, Armelonghi accouru Son éloquence n’a pas plus de succès. Devant le courroux des troupes grandissant, il s’éloigne terrifié.
Quelques instants après, arrive, de la part de la junte, l’ordre d’envoyer immédiatement trois compagnies ; l’une en exploration vers Colorno, Serbola, Ponte-d’Enza ; la seconde vers le Taro et Viarolo ; la dernière vers Colechio ctTornovo. « Pourquoi ce dé-
part ? demandent les soldats. — Pour aller vous mettre en garde contre l’ennemi commun. — Comment I Mais vous prétendez donc nous envoyer combattre nos camarades, les soldats de notre Duchesse, et vous, vous resteriez chez vous 1 Nous ne partirons pas 1 » disent-ils unanimement.
La junte dut se résigner à comprendre que toute obéissance lui était déniée. En effet, les troupes restèrent en ville, dan% la citadelle et dans leurs casernes.
Là, olDciers et soldats ne perdaient pas leur temps. Ils s’entendirent sur les moyens d’une résistance efficace, puis sur ceux d’une manifestation qui ne laissât pas d’hésitation aux représentants du pouvoir insurrectionnel.
La veille, la junte leur avait enjoint de remettre le dépôt d’armes à la garde nationale. Le 3, au matin, vers neuf heures, une escouade se rend à l’arsenal, et, pour que les armes ne puissent passer aux mains des ennemis de l’autorité légitime, ces armes sont brisées. Au retour, les soldats se groupent près de leur colonel, M. Cesare da Vico, et de leurs chefs de bataillon, ils les pressent de dresser deux déclarations, l’une à l’adresse de la junte, l’autre à celle de l'ancien ministre de la guerre, de celui qu’ils regardent toujours comme leur véritable chef, le marquis Pallavicino.
Il n’est pas nécessaire de dire avec quel empressement le corps d’officiers se rendit à des désirs qu’il avait soigneusement entretenus et ranimés depuis
vingt-quatre heures. Toutefois, aha de mieux témow gner de la spontanéité et de la sincérité de la résolu-^ tion des troupes, l’état-major s’abstint de participer publiquement à la démonstration qui devait être dirigée vers le ministre fidèle. Le colonel da Vico donna seulement un acte signé de lui et une autorisation écrite; un détachement, conduit par des sous-olDciers, se rendit à l’hôtel de M. Pallavicino.
Ce détachement est admis immédiatement, ses . * chefs exposent leur détermination de repousser le joug des rebelles et supplient le ministre de reprendre, avec leur appui, l’autorité souveraine, au nom du Duc Robert et de Madame la Duchesse régente. Le marquis les écoute, les remercie avec la plus affectueuse cordialité, leur rappelle les obligations de l’honneur en leur disant que ce qu’ils ont à soutenir, c’est, avec la dynastie légitime, l’attitude de neutralité si sagement prescrite par la Régente. Des acclamations, des serments de fidélité répondent à ses paroles, il part ; sur son passage, un bataillon sort des casernes et l’accompagne h la citadelle, au milieu des démonstrations du plus entier dévouement. Â la citadelle, mille cris s’élèvent : « Vive le Duc Robert ! vive la Régente ! vive son ministre ! Nous ne voulons servir que la Duchesse ! »
Ému, mais calme, M. Pallavicino déclare qu’avant tout l’armée doit renouveler son serment, qu’offleiers et soldats doivent réitérer les assurances solennelles de leur obéissance au gouvernement de 8. A. R. et à la commission établie par elle ; qu’il faut une soumission entière, absolue, sans réticence, sinon, sa dignité, la dignité royale, ne permettaient pas qu’il re-
pilt i’exercice de l’autorité ; il laisserait alors sur les troupes la responsabilité de tout ce qui pourrait advenir.
Un élan unanime accepte les demandes du ministre. Le serment est aussitôt prété sur les drapeaux, et H. Paliavicino, prenant à part les chefs des compagnies et le colonel da Vico, dresse acte des conditions auxquelles il consent à se replacer à la tête du gouvernement. Tous les officiers signèrent cet acte et les acclamations des soldats le confirmèrent.
Pendant que cette belle et grande scène s’accomplissait à la citadelle, un autre détachement achevait l’œuvre. Le sergent Perego, à la tête d’une compagnie de chasseurs déterminés, se rendait à la résidence du gouvernement provisoire. Il entre et dépose sur le bureau du président les lignes suivantes :
“ A la Junte provisoire du gouvernement de Parme.
' « Parme, 3 avril.
c La troupe, fidèle à son serment, requiert et veut que tout emblème révolutionnaire disparaisse, et qu’à l’instant soit reconnu le gouvernement de S. A. R. la Duchesse Régente pour son fils Robert
« Si, dans le délai d’une heure, une réponse conforme à ce désir de la troupe n’est pas faite, si sa volonté n’est pas exécutée immédiatement, la troupe prendra des mesures efficaces pour réaliser son désir.
t Signé : Cesare da Vico,
« Colonel commandant les troupes royales, *
La sommation était sans réplique, et les chasseurs
semblaient peu disposés à ën tolérer bbe qüi he )él satisfit pas.
La junte, tremblante et comme résignée par avancé, ne délibéra pas même un instant. Voie! là IrépOhse qu’elle donna immédiatement au sergent :
« La Junte, fidèle à sa résolution dé ne pas uset* de violence et de ne pas être pour la cité de Parme la cause du douloureux et funeste spectacle d’une guerre civile, abandonne, en conséquence du commandement en date de ce jour, les pouvoirs de gouvernement dont elle a été investie avant-hier.
« Signé ; Avocat Maini.
Armelongri.
À. Garbarini.
. S. Riva. »
U Parme, S mai.
Et le sergent partit, emportant et publiant par la ville la déchéance de la junte.
Les compagnies , dispersées dans les casernes^ avaient eu rapidement connaissance des événements. Elles se portèrent avec armés et bâgâges vers la citadelle pour s’unir à la manifestation de leurs camarades.
La Révolution était vaincue sans combat. La population tint à honneur de s’associer à la victoire, que son attitude, du reste, avait encouragée et facilitée. La junte, en effet, n’avait pais tardé à s’apercevoir que
si la troupe la menaçait, elle n’aurait aucun fonds à faire sur les habitants, dont la réprobation, latente et timide, n’était cependant nullement douteuse.
Le podestat, les magistrats, tout ce que Parme compte de personnages notables dans les rangs divers de la société, se réunirent au gouverneur comte Nasalli, et vinrent au nom de la municipalité, au nom de la population entière, supplier les ministres de repren.. dre l’exercice de leurs fonctions. Le parti piémontais lui-même désavouait et abandonnait l’insurrection.
Ainsi rappelée par le vœu général, la commission
de gouvernement publia la notification suivante :
c Les soussignés qui, dans la soirée du !<=>' mai courant, cédant à la force, ont dû cesser les fonctions qui leur avaient été confiées par *S. A. R. l’auguste Régente, par acte dudit jour, informés maintenant que, sur l’inJonCtion des troupes royales qui protestent de leur fidèle obéissance au gouvernement royal, la junte provisoire qui avait été établie a renoncé à tout exercice du pouvoir, et appelés par les instances pressantes des autorités constituées, par la délibération unanime de la municipalité, par un grand nombre d’autres notables de la ville, et tout spécialement par les troupes fidèles sus-énoncées, déclarent à la bonne population de Parme, aux troupes royales et à tout l’État, qu’ils reprennent l’exercice de leurs pouvoirs pour veiller à la conservation de la tranquillité et de la sûreté publiques, et pour gouverner le pays au nom de S. A. R. le Duc Robert 1®^,
U Panne, le 3 mai 1859.
< E. Salati, g. PallavicinO; A. Lombardini. »
Au même' moment, le podestat annonçait en ces termes le rétablissement de l’autorité légitime :
a Concitoyens,
< La Commission de gouvernement à laquelle S. A. R. la Duchesse régente, en s’absentant de ses États, avait, par acte du 1®*^ mai 1859, laissé son propre pouvoir, a adhéré à l’invitation que lui adressait la municipalité et a repris aujourd’hui les fonctions attachées à son mandat, depuis que les causes qui l’avaient contrainte à le résigner ont cessé.
« Concitoyens, donnons tous nos soins à conserver ce calme parfait qui est la seule sauvegarde des , personnes et des choses. C'est uniquement des grands événements qui s’accomplissent ailleurs que doit dépendre le sort de notre pays.
H Parme, le 3 mai 1859.
« D. SORAGNA. •
L’œuvre de réparation et de justice était achevée. L’allégresse éclata partout; en peu d’instants tout vestige d’insurrection et de trouble avait disparu. L’armée et la population avaient montré leur fidélité, rétabli le droit et la souveraineté, reconquis l’estime de l’Europe et bien mérité du monde 1
La commission de gouvernement exprima dès le soir môme du 3, sa gratitude aux troupes toujours rassemblées à la citadelle :
( Soldats 1
« Celle obéissance au souverain, cette fermeté
09119 la foi jurée, cette constance courageuse dans l’accompUssement des devoirs militaires que nous avons toujours été assurés de trouver en vous, vous les avez énergiquement et efiBcacement témoignés vous -mêmes aujourd’hui en restaurant l’ordre et l’autorité légitime. Recevez-en toutes nos actions de grâce et toutes nos louanges, au nom de notre Duc Robert I” et de la Duchesse Régente son auguste mère I
< Quelques pervers, indignes de demeurer dans vos rangs, en seront éloignés. Vous savez bien que le courage est nécessaire non-seulement au camp devant l’ennemi, dans la place publique contre la révolte, mais autant et plus encore contre la séduction, surtout quand elle se voile sous les idées de Patrie et de Nationalité. ^
« Mais vous vaincrez aussi cet insidieux ennemi, en servant avec obéissance le Prince et son gouvernement, qui veulent, avec votre honneur, le bien commun ; et, sans hostilité pour l’immense majorité des citoyens qui sont fidèles, vous serez toujours prompts â maintenir les lois et la tranquillité. Vive le duc Ro^ bert ! vive la Régente I
« Parme, 3 mai 1859,
. a Pour tesnumbres de la ciminission de Gmivernemeni,
« G. Pallavicino. »
Après la lecture de cette proclamation, justice immédiate fut rendue contre les plus coupables. Quelques officiers qui avaient trahi leur serment, furent dégradés sur l’heure. Qertapas s’étaient soustraits par
la fuite à la honte du châtiment ; on favorisa i’évasion de quelques autres. Seul, le capitaine Bucci fut jeté en prison. Dans leur indignation, les soldats le poussèrent, la baïonnette aux reins, dans les cachots de la citadelle.
Le lendemain, â mai, la commission effaçait toute trace de la rébellion en donnant la notification qu’oo va lire :
« La commission de gouve rneinent créée par S. A. R. la Duchesse Régente,
« Déclare nuis et non avenus les actes de la commission provisoire du gouvernement qui s‘cst constituée de son propre mouvement dans la soirée du
mai courant, et qui s’est dissoute à huit heures dn matin, le 3 du même mois. <
a Parme, le 4 mai.
« Salati, g. Pallavicino. a. Lombardini. »
Ainsi s’était dissipée cette rapide et étrange tourmente. Ainsi, le peuple et l’armée avaient réparé leur erreur d’un moment.
Parme était rendue à la paix et à l’ordre. Mais la reine de la fête manquait encore. Il fallait que Louise de Bourbon revînt triomphalement partager le bonheur des siens.
La Régente, triste, mais inébranlable dans l’adversité, et gardant, malgré les apparences contraires, qne
confiance invincible en Dieu et en son peuple, la Régente s’était rendue à Brescello, où elle avait retrouvé ses fils, puis à Mantoue, d’où elle se préparait, après avoir attendu les événements pendant quelque temps, à se diriger vers la Suisse.
Fidèle à ce sentiment de dignité qui est le premier apanage de son grand caractère, résolue à conserver inviolablement la neutralité, elle n'avait pas même voulu arrêter sa pensée sur l’offre d’un palais à Vienne ou à Gênes. Elle cherchait, dans la vieille terre de l’indépendance, dans l’antique alliée de la France et de la monarchie, dans le sol de la neutralité par excellence, un humble asile, le plus rapproché qu’elle pût le trouver de cette Italie, de ce duché qui lui sont si chers.
A Mantoue, la Duchesse avait appris les événements, hélas I trop prévus, des deux premières journées de mai. Tout à coup, au milieu de sa douloureuse anxiété, le à mai, une dépêche télégraphique lui est remise. Son autorité est rétablie, son armée, son peuple la rappellent !
On peut concevoir quelles émotions sans pareilles assiégèrent son âme en ce "moment solennel ! Soudain, elle donne les ordres du retour ; elle ira, elle volera au devant du vœu des siens. Mais toujours la mère se retrouve à côté de la souveraine. Il peut y avoir encore du péril ; seule elle ira tout braver. Ses fils viendront recueillir le fruit de son courage.
Elle revient ! son retour est annoncé dans la ville, annoncé pour six heures du soir. L’attente et l’enthousiasme sont dans toutes les âmes.
Les troupes veulent aller à sa rencontre, elles ont
hâte de racheter par des démonstrations ardentes, l’erreur et la faute de quelques malheureux qu’elles renient et qui ont disparu de leurs rangs. Des détachements se mettent en marche et s’échelonnent sur la route. Dans la ville, à la citadelle, l’impatience est au comble.
Quelle joie pour la princesse de repasser, aux acclamationsj de ses sujets, cette frontière qu’elle avait franchie naguère avec une si amère douleur! Quelle joie de répondre aux transports des soldats qui, les premiers, ont le bonheur d’apercevoir son cortège, qui l’accueillent par leurs cris, par leur repentir, par leurs respects 1
Dans l’effusion de sa royale affabilité, la Régénte veut prouver aux siens combien son cœur est touché de ces marques précieuses. Elle est retardée par leur empressement, et deux heures se passent avant qu’elle ait pu reprendre la route dé sa capitale.
Ce retard causait en ville une émotion qu’on avait peine à contenir. Il était huit heures du soir ; peu à peu l’inquiétude se répand ; on craint que des obstacles imprévus ne se soient opposés aux désirs de la souveraine. Les soldats s’affligent, puis s’irritent, d’injustes soupçons traversent leur esprit, Ne les a-t-on pas trompés? Ne leur a-t-on pas faussement annoncé, pour les contenir, un retour qui est ajourné ?
Bientôt il devient difficile d’apaiser leurs murmures; l’autorité des ofiBciers paraît prête à se trouver méconnue. Vainement, pour rassurer l’anxiété des troupes, ces derniers offrent-ils de demeurer comme des otages et de se livrer à leur discrétion si les doutes se réalisent. La situation devenait alarmante.
^eurç^seweot ia clçicHe de prière du soir s(XQ^e h la chapeUe de la citadelle. C’est l’heure oi\ cette arméCt a gardé les traditions de l’aotique foi, va librement déposer scs hommages aux pieds des autels. Çoqtme en f'rauce, une touchante piéti,é a consacré dans ce beau mois du printemps et des ûeurs, des cérémonies spéciales à l’honneur de la très-sainte mère du Sauveur, c Allons demander à la rcipe des cieux la prompte bienvenue de notrç Régente 1 * s’écrie un des officiers. Les soldats suivent et se rendent à la chapelle. Une heure à peine s’est écoulée, que des acclamations retentissent du dehors. C’est la Princesse I
Aussitôt toutes les troupes s’élancent ; en un clin d’œil elles sont formées en bataillons, et leurs rangs pressés, enthousiastes, entourent la voiture de S. A. R.
Comment décrire les élans de l’allégresse de cette armée chez qui le sentiment de l’honneur et du devoir, exalté par sa récente victoire sur l’anarchie, s’enflammait encore de la présence si impatiemment désirée de la souveraine 1 Un vœu domine tous les vœux : que S. A. R. , avant même de se rendre à Jsa résidence, daigne se rendre à la citadelle; que sa première visite soit pour ses braves et fidèles serviteurs ; qu’elle vienne recevoir elle-même les nouYeau]t serments de ses défenseurs !
La Régente descend de voiture, Une immense clameur s’échappe de toutes les poitrines et retentit jusqu’aux extrémités de la cité. Adressant aux troupes quelques-unes de ces paroles comme les Bourbons savent les dire et qu’interrompent les lapâmes de l’émotion et du bonheuit » Elle passe nu,
milieu de chaque compagnie ; les rangs s’entr’ouvre ut et elle les traverse^ heureuse de se montrer à tons.
La discipline contient à peine l’ardeur de l’enthousiasme : les officiers, les soldats, saisissent les mains de leur souveraine et y déposent de respectueux baisers.
Touchée jusqu’au fond de son cœur, la Régente reporte au ciel ses actions de grâces. Elle veut que son premier acte soit un acte de gratitude au Seigneur, à la Vierge-mère, sous l’égide de laquelle son aïeul Louis ^111 a placé la royale maison de Bourbon. La cliapelle s’illumine , et le Te Deum est entonné, les bénédictions de la religion consacrent ainsi le rétablissement du droit et de l’autorité.
Au sortir de la chapelle, c’est un vrai délire. Les soldats quittent leurs rangs et redoublent de cris et .d’allégresse. A eux de reconduire au palais leur souveraine adorée. Vainement elle essaye de mettre un frein à leur transport; ils détellent le carrosse royal et ils le traînent jusqu’à la première rue de la ville. Là encore il fallut tout l’ascendant de la Régente pour obtenir qu’ils laissassent rattelcr les chevaux.
Cependant la population, depuis longtemps accourue, avait allumé mille flambeaux. Un immense cortège se forme et accompagne la Princesse. Après le triomphe militaire, c’était l’ovation du peuple, non moins sincère, non moins éclatante.
A travers ces flots pressés, la Régente peut difficilement s’ouvrir un passage. Enfin, elle revoit le seuil de son palais. Au pied de l'escalier se sont spontanément rassemblés les ministres, les officiers de la courouoe, l’évêque, ks magistrats, les corps constitnés.
une foule de personnages de distinction, jaloux de contempler les traits de la Régente, de lui exprimer leur affection et de jouir de son bonheur.
Ce bonheur était complet : c’était la plus douce récompense d’une vie entière. La bonté et le dévouement de la Princesse avaient trouvé une reconnaissance et un amour dignes de les égaler. Pour le cœur d’un roi, il n’y a pas au monde de jouissance supérieure à celle de se voir aimé de la sorte !
Aussi bien, les expressions manquent ici pour reproduire convenablement et les sentiments de la population et ceux de Louise de France. C’est aux heureux témoins de c'ette scène, sans pareille depuis tant d’années, qu’il faudrait emprunter leurs souvenirs. Ainsi que l’un d’eux nous l’écrivait : « Ce n’était pas une reine qu’on recevait, c’était une mère qu’on retrouvait après avoir craint de la perdre ! » — « La joie de la Princesse, disait un autre, était accompagnée de douces larmes qui doublaient l’attendrissement des assistants et excitaient encore le délire de la multitude. »
Tel fut ce rapide passage du désordre à la paix.
Alin d’en résumer les traits avec une autorité plus vraie et plus saisissante, qu’il nous soit permis d’en emprunter la peinture à la main auguste de Celle qui en avait été tour à tour la victime et l’héroïne.
Voici la lettre que S. A. R. Madame la Duchesse Régente écrivait à ses royaux enfants, le soir même de sa rentrée triomphante : rien ne vaut la délicatesse, la
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grâce, l’élan de cette intime et touchante communication, la Mère et la Souveraine sont là tout entières :
« xMes chers et bien-aimés enfants,
« Que Dieu et sa sainte Mère soient bénis! Quelle journée que celle du 4 mai! Non, mes trésors, je ne pouvais croire qu’il y eût place dans mon cœur pour une aussi grande félicite que celle que j’ai éprouvée lorsque je vous ai donné le premier baiser à votre naissance ; eh bien ! ce sentiment ineffable a été surpassé par celui que j’ai éprouvé hier en me trouvant au milieu de mes fidèles Parmesans. J’aurais voulu parler; mais mon cœur était si gonflé que j’étouffais, et d’ailleurs, au milieu de ce tapage filial, je ne pouvais me faire entendre ; mais j’ai voulu voir les troupes et passer dans tous les rangs.
« Je voulais vous écrire de suite tous ces événements, mais ayez donc de la suite dans des moments comme ceux-ci î
« Je reprends mon odyssée à mon départ de Manloue. Arrivée toujours au trot à Brescello (bêtes et gens ont fait des miracles) vers huit heures du soir, j’y ai trouvé le comte Dall’Asta, qui y avait été appelé par le major modénais qui voulait lui remettre nos lettres envoyées par le guide il y a deux jours (est-ce deux jours ou deux mois? j’ai perdu toute idée de chronologie). Il m’a donné mille détails intéressants dont j’étais avide et que je voudrais pouvoir tous écrire, car ce que nous avons pu savoir verbalement à Mantoue aura été vrai quant aux particularités, mais formait un ensemble très-peu exact. Je vous envole les gazettes et la copie de quelques actes qui vous donneront une idée de l’histoire des trois Journées de mai 1859, où la troupe italienne de la maison de Bourbon a effacé le souvenir de trois autres journées. Celles-ci se sont terminées par une quatrième vraiment glorieuse, la journée de mon retour.
« A Sorbolo, j’ai trouvé les gendarmes et la plupart des gardes du corps à pied. Tous voulaient m’escorter,
mais CoraeUi (1) a dit : Altezza Reale, le Guide, à’ua ton si touchant et si ferme, qu’il ne m’a quitté qu’au Palais. De Sorbolo à Parme la route était semée de soldats, lesquels m’ont suivie au pas gymnastique. J’ai sauté hors de la voiture à la l” compagnie de chasseurs que j’ai vue. Les soldats criaient de tous leurs poumons (quoiqu’ils ne fissent pas autre chose depuis trente heures) et dans cette joie quel double bonheur d’entendre répéter mille et mille fois le cher nom de llobertoî Mais quelle immense obligation pour toi, mon cher fils, de devenir un homme de devoir, lorsque tu vois à quoi se sont exposés des milliers de tes fidèles Parmesans pour garder leur serment de fidélité. Un d’eux m’a crié: Morire si ; ina cedere no !
« De Sorbolo à Parme, toutes les maisons des paysans étaient illuminées et les pauvres gens criaient avec les soldats : Yiva Boberto I !
« Arrivée h la Porta San-Barnaba, à la lueur du gaz, j’ai trouvé lo stato raaggiore; j’ai d’abord donné la main au major Perini, puis le colonel m’a priée de passer de suite au Gastello, où nous nous sommes rendus par les murs.
« 11 n’y a pas de parole humaine pour dire ce qni s’est passé dans cette citadelle ! Je pense que je ne l’oublierai pas de toute l’éternité. .
« Après avoir vu tous mes braves soldats, je suis entr& dans la chapelle, l’espace d’un Ave Maria. La musique a joué l’air solennel de la prière, et pour ce moment tous les cris ont cessé. Quels remerciements au Dieu de la justice et de la miséricorde !
« J’ai comme un peu parlé à tout ce brave monde. Ils ont ensuite traîné ma voiture jusque vers les Capucines et voulaient me conduire jusqu’au Palais; mais je leur ai dit deux mots en les appelant miei cari figliuoli, et ils m’ont obéi tout de suite ; c’est d’autant plus beau que depuis trois jours ils n’obéissaient guère à. personne. Je souhaite que les quatre chers enfants que j’ai mis
(1) Un des guides. Cette brave troupe avait accompagné Madame depuis Mantoue, distante de huit heures. Madame eût désiré qu’elle se reposât.
au monde, me soient aussi oJbéissants que les fils que m’a donnés la fidélité au serment. Au Palais, nouvelles accoglienze des hallebardiers, dont pas un depuis le dimanche n’a bougé ni jour, ni nuit. Officiers et soldats sont parfaits ; puis l’évéque, les ministres et tout ce que vous pourrez imaginer. Vers minuit , nous avons soupô (nous avions dîné à Luzzara avec les Guides et les chevaux!...) Giggio était de service au Palais, il a soupe avec nous; il s’est mis à i>leurer en entendant ce que le Duc avait dit : que nous étions dans le mois de la sainte Vierge lorsqu’il a appris la nouvelle de la restauration de mon gouvernement.
« Adieu, mes trésors. »
A ce récit plein d’émotion, ajoutons un épisode de la plus haute importance et qui dominera toute la conduite politique de S. Â. R. dans les moments décisifs qui vont suivre.
Madame, en se retirant, le 30 avril, avait eu pour but d’épargner à son pays les malheurs d’une lutte intestine; elle y était noblement parvenue. Elle avait voulu aussi et du même coup, le soustraire, par la neutralité, aux désastres de la guerre. Au prix de son pouvoir, elle eût repoussé toute iuterveutiou d’uue force étrangère.
C’est ce que la Régente avait eu l’occasion de démontrer avec une dignité sans égale, le 2 mai, à Mantoue, comme elle traversait cette ville pour se rendre en Suisse. A la nouvelle de son arrivée, le commandant de la forteresse, lieutenant-maréchal baron de Culoz, s’empressa de venir présenter ses hommages à S. A. R. ; puis il lui demanda ses ordres pour le feld-maréchal comte Giulay, lui offrant de mettre à sa disposition les troupes impériales nécessaires pour la
rétablir immédiatement dans son autorité. Voici les propres paroles que Madame lui répondit et dont le général demanda et reçut une note écrite :
f Je me suis retirée pour n'être pas obligée de « rompre la neutralité. Je ne voulais pas être cause de * nouveaux troublesdans mon pays; je voulais même « les empêcher. S’il survient un Gouvernement usurpa- « teur, je ne demanderai pas même alors à la force c étrangère de rétablir le Gouvernement légitime ; « mais si, la guerre terminée, les droits de mes Fils « n’ont pas été respectés, j’en appellerai à l’Empet reur d’Autriche comme aux autres grandes puis- « sances, pour garantir ces droits et les faire valoir « pacifiquement »
Il n’est pas besoin de faire remarquer la fierté et la sagesse de ce langage. On voudra bien se souvenir seulement que Madame le tenait au lendemain même du jour où, toutes les espérances de pacification s’étant évanouies, les hostilités avaient éclaté avec i’Au-< triche et le Piémont, au lendemain du jour où les manifestes de François-Joseph, de Napoléon III et de Victor-Emmanuel II remettaient au sort des armes la décision de leur redoutable querelle.
Le 5 mai, tout était rentré dans le calme, et Madame la Régente adressait à son peuple la proclamation suivante, qui, tout ensemble, félicitait l’armée, et la population, donnait à la timidité des honnêtes gens
de salutaires conseils, et déclarait, dans les termes
de la plus noble dignité , l’attitude d’expectative et de neutralité que comptait garder le gouvernement.
Voici cette proclamation :
« Les désordres du premier jour de ce mois, bien qu’accomplis contre la volonté de l’immense majorité des citoyens fidèles , lesquels expriment rarement leurs loyales et excellentes intentions au dehors de leurs propres foyers, n’ont que trop justifié ma prévoyance maternelle pour protéger la sûreté de mon fils bien-aimé.
« Mais les sentiments de fidélité qui ont été manifestés par les troupes royales dans le rapide renversement de l’autorité illégitime et intruse, ayant rendu le pouvoir à ma commission de gouvernement, d’accord avec le suffrage unanime des autorités constituées, de la municipalité et des plus notables habitants du pays, et un vœu ardent pour mon retour ayant été unanimement exprimé, je me suis immédiatement rendue au milieu de vous pour reprendre l’exercice de la Régence.
« Et, maintenant, je me confie avec courage et assurance à la loyauté des troupes et de la population demeurant dans celte attitude d’expectative qui est pour nous de nécessité absolue. Cette attitude, qui m’est permise par le véritable esprit des traités, doit être la meilleure sauvegarde du pays : la haute justice et l’esprit de civilisation des puissances belligérantes ne souffrant pas qu’on 'S’attaque à qui n’offense pas. Et j’accomplis mon devoir en maintenant
l’ordre jusqu’à ce que la sagesse de l’Europe ait pris les résolutions qui sauront ramener et rétablir la paix d’une façon permanente.
a De notre résidence royale de Parme, le 5 mai
« Louise, Régente,
« Par Son Altesse Royale :
« Le secrétaire intime de cabinet,
« G. Pallaviono. »
La seule nouvelle du rétablissement de l’autorité légitime, la seule lecture de cette proclamation, suflBrent pour faire rentrer dans le devoir deux villes, Pontremoli et Borgotaro, qui, plus voisines du Piémont, avaient accédé au mouvement révolutionnaire. Sans qu’il fût besoin d’employer la force, les insignes de la rébellion disparurent, et spontanément les magistrats reprirent leurs fonctions au nom de la Régente.
Pleine d’une confiance généreuse et désirant la témoigner hautement, la Duchesse avait rappelé ses royaux enfants. La rentrée du Duc Robert I” fut un nouveau triomphe. Son Auguste Mère était allée au devant de lui à une assez grande distance de la ville. Au retour, les acclamations et l’ivresse du premier jour se renouvelèrent : douce et profonde consolation dont la mère se réjouissait autant, et plus peut-être encore, que la souveraine l ‘
L’effet produit eu Italie, eu France, en Europe, par ces événeinepts si rapides et si merveilleux, fut immense.
C’était une magnifique victoire du bon droit sur la révolution. C’était une protestation énergique et in-f comparable en faveur de la souveraineté et de la monarchie. C’était une gloire nouvelle pour la maison de Bourbon. C’était la révélation du véritable esprit d’obéissance et de liberté qui anime les populations du Duché. C’était une réponse aux rêves ambitieux, aux folies des utopistes, aux coupables espérances de l’anarchie.
Une armée, un peuple qui savent se délivrer du joug de l’insurrection, restaurer l’ordre, rappeler leur prince, voil^ un exemple rare et mémorable, digne de l’admiration du présent et des suffrages de la postérité. Celte grande leçon fut partout entendue et partout comprise; elle a retenti profondément au cœur des honnêtes gens et elle y a ramené le courage et la confiance. Quand la cause de la justice a un succès, même sur un théâtre restreint, tout homme de sens et d’honneur en partage la joie, car il peut dire comme les évêques à Clovis : nVictoria tua,vic~ toria nostra ! *
A la nouvelle de la rentrée de Madame la Duchesse de Parme, les principales puissances se sont empressées de lui adresser leurs félicitations; nulles n’ont été plus affectueuses, nulles n’ont été accueillies avee
— Sapins de gratitude que celles du Souverain-Pontife. Nous avons dit, mais bien faiblement, l’affection du magnanime Pie IX pour la famille royale de Parme ; redoublée par les épreuves, cette affection a trouvé des accents d’une extrême suavité et d’une force toute sacrée pour célébrer la satisfaction et la tendresse du Pontife et du Père.
Parmi nous, il n’y a eu qu’un sentiment, devant lequel SC sont effacées les amères dissidences des partis, celui du respect, de l’anxiété et de l’allégresse : respect pour la ülle de nos rois, anxiété pour la Régente, livrée, après tant de gages de prospérité, d’intelligence et de dévouement, aux cruels hasards de la rébellion; allégresse pour le triomphe de la femme, de la souveraine et de la mère.
Et, ici, qu’il nous soit permis de porter notre pensée vers cet auguste proscrit qui, obéissant à l’irrésistible instinct de l’honneur national, avait levé encore une fois la tente de l’exil pour s’écarter d’une terre hospitalière, mais ennemie de la France; qu’il nous soit permis de songer aux angoisses et aux joies de son âme fraternelle : lui, dont la vive et tendre amitié est, pour Louise de France, le plus sûr appui et le plus fidèle recours : Duke decus et præsidium!