‹ Madame la duchesse (volume 2)Chapitre 2 sur 15 · EXPOSITION · texte numérisé non relu

EXPOSITION

Est-ce de moi que tu veux parler , de moi qui fleuris dans le jardin du geôlier.

Elégies romaines de Go£tb£.

Le i5 janvier i835 , à deux heures du matin , une seule fenêtre de l'hôtel du duc de Givry- laissait encore percer quelques faibles rayons de lumière à travers les épais rideaux qui la recouvraient, et les doubles volets dont elle était garnie. A l'exception des i, 5

habitants de cette chambre, tout le monde dormait dans l'hôtel. Une voiture stationnait dans la grande cour de cette demeure aristocratique, située dans une desbelles rues du faubourg Saint-Germain. Deux domestiques sommeillaient dans l'antichambre ; le duc de Givry s'était couché vers minuit, après avoir fait son Avisth au club de \ Union, son salon de prédilection.

Les clubs jouissaient alors d'une faveur très - grande. Ils rassemblaient les débris d'une société, qu'une révolution venait de disperser ; ils étaient comme une sorte de lieu de refuge, où se retrouvaient après un violent orage ceux que la tempête avait épargnés.

Puis il est bon de remarquer que la vieille société française, si vernissée de politesse, de

bonnes manières , de fine élégance, subissait une transformation, et malgré elle, sous l'empire de l'association et de la rudesse politique des mœurs constitutionnelles , tendait chaque jour h se séparer de sa partie conciliatrice et civilisatrice, en se soustraj'ant à la puissance de l'élément féminin.

Tout le monde dormait donc dan» l'hôtel du duc de Givry, et le duc , qui n'avait plus rien à penser ni à faire après avoir terminé sa journée par quelques rohbers de wistli , et les domestiques de service dans les antichambres. Une seule fenêtre laissait échapper quelques rayons de lumière ; cette fenêtre était celle du boudoir de madame la duchesse de Givry.

Ce boudoir gracieux , coquet, et tout pariumé d'élégance, se trouvait situé derrière \d^

6g MADAME

chambre à coucher de la duchesse ; nulle autre entrée n'y donnait accès, c'était l'oratoire du XVI* siècle transformé en lieu d'asile. Sur le seuil de ce boudoir expiraient les tyrannies de toutes les puissances ; il demeurait réservé aux rêveries, aux douleurs, aux joies intérieures , aux chagrins de sa maîtresse ; personne , sans une permission expresse , n'eût osé en franchir le seuil : le duc de Givry n'avait jamais eu cette permission.

Deux jeunes femmes s'y étaient enfermées depuis le commencement de la soirée ; toutes deux, rapprochées l'une de l'autre, formaient un délicieux groupe devant une petite cheminée , où brûlait un feu ardent , car il faisait très-froid le 1 5 janvier 1 835. Une lampe, dont la lumière se trouvait amoindrie par un vaste abat-jour, éclairait faiblement cette scène toute pleine de mystère, les deux femmes

parlaient presque bas : il y avait des larmes et de la douleur dans leur voix.

L'une , élégante , parée , semblait avoir sacrifié les amusements d'une soirée d'hiver pour l'intimité d'une causerie amicale , pour la volupté de confidences inattendues; l'autre, dans le négligé le plus simple du matin, attestait, par cet oubli des règles de la toilette, une forte préoccupation morale, sous le coup de laquelle les nécessités conventionnelles du monde s'étaient effacées : l'animation fiévreuse de ses yeux et de son teint , le tremblement convulsif de ses membres , les profonds sanglots sortis de sa poitrine, dénotaient une souflfrance vraie, profonde et vive.

Une blessure toute saignante, une blessure récente , torturait Tàme de cette jeune femme; et, «sans chercher un baume à sa blessure, elle

épanchait sa douleur par des plaintes sans nom, sans expression phraséologique. C'était la souffrance à son dernier période, la souffrance dénuée d'espoir, la souffrance qui gémit parce qu'elle-même n'a pas une parole dont elle puisse consoler le présent en dorant l'avenir.

La première de ces deux femmes, la comtesse Fanny de Laruns , blonde , calme , et belle de ce calme même , dont la quiétude se reflétait sur un visage jeune et frais, comprenait l'empire des passions sans les avoir jamais éprouvées ; c'était un de ces caractères si rares, une de ces vertus si modestes et si saintes que l'on rencontre difïicilement dans le monde.

Sa jeunesse irréprochable, sa réputation sans tache de femme mariée, n'enflaient son cœur d'aucune vanité; elle n'éprouvait point d'or-

gueil à se sentir meilleure que les autres femmes; et, se recherchant avec humilité dans une condition différente, elle arrivait quelquefois à se dire : « Combien je remercie Dieu de m'avoir épargné la séduction de trop rudes épreuves. »

La comtesse Fanny de Laruns aimait sou mari, parce qu'elle l'avait choisi selon son cœur; il était tout famour de sa vie présente , comme aussi tout l'espoir de ses jours à venir; mais cette passion calme et profonde n'avait ni desséché son âme , ni développé en elle ces sentiments égoïstes auxquels les personnes parfaitement heureuses échappent dilïicilement , et qu'elles prennent quelquefois pour l'expression de la plus haute vertu.

Loin de là , elle souffrait de la souflfrance

iû MADAME

des autres, réclamait sa part de leurs douleurs, et ne cherchait les secrètes confidences du désespoir que pour en adoucir l'amertume en s'associant de toute son indulgence aux changrins de ceux qui soufïraient. Elle respectait la sainte misère des cœurs blessés, l'humilité de la faute, parce que, admirablement religieuse, elle se rappelait ces paroles du Dieu crucifié :

« Il y aura plus de joies dans le ciel pour un » pécheur repentant que pour quatre-vingt- » dix-neufjustes qui persévéreront. »

La seconde des deux femmes enfermées dans ce boudoir, si clos et si mystérieux , était la duchesse de Givrj ; elle aussi était belle et jeune, mais d'une beauté toute différente de celle de la comtesse de Laruns, et sa jeunesse n'offrait ni ce calme ni cette absence de passions qui distinguait son amie.

Les jeux de la jeune duchesse se montraient encore expressifs à travers ies larmes qui les inondaient; son teint, d'un brun pâle presque bleu autour des yeux et de la bouche, dénotait unepuissancedevolonlé, une force, une énergie de sensations, dont sa vie devait tôt ou tard se trouver troublée. Ses cheveux châtains tombant en longues boucles accompagnaient gracieusement l'ovale parfait de sa figure. Sa taille élégante et souple semblait affaissée sous le poids d'une fatigue douloureuse.

D'une de ses mains , transparentes et déliées, elle froissait par un mouvement convulsif quelqueslcttres éparses sur une table placée près de son fauteuil, ainsi qu'une cassette ouverte qui en contenait un grand nombre d'autres, et recelait 8 jssi quelques bijoux, souvenirs et témoignage d'une bien vive affection.

La duch^e de Givry était une de ces

femmes que la nature a formées tout exprès pour les orages des passions : douée de ce regard magnétique et fatal , dont l'expression semble révéler d'incommensurables puissances d'amour. Son front rêveur, ses sourcils légèrement contractés; sa bouche , sur laquelle se dessinait un doute à la fois délicieux et paisible, lui assuraient ce tyrannique pou- Toir, qui permet à certaines créatures de disposer des volontés et de l'existence de ces hommes qui cherchent dans l'amour d'une femme le complément dç leur vie intellectuelle , les jouissances profondes et les bonheurs puissants de l'àme.

Cependant un examen approfondi, une étude attentive de ce visage , de ces traits si charmants, si impérieusement séduisants, révéliiità l'observateur un amour de despotisme, qui devait nécessairement se refléter sur toutes

les actions, sur toutes les passions de l'existence de madame de Givry, qui devait un jour absorber dans sa tyrannie la conduite entière de cette existence.

Ce despotisme n'était encore qu'une intention presque inaperçue ; les années devaient, en se combinant avec les événements , le grandir, lui donner toute sa force ; l'avenir était gros des malheurs que cette passion devait faire naître, et cet avenir apparaissait déjà sur un horizon peu éloigné.

Les femmes, que leur beauté ou leur esprit onthabituéesà l'empire du monde, les femmes qui se sont laissé bercer par les hommages dorés de ce peuple superbe , que l'on nomme la bonne compagnie, ne s'aperçoivent pas qu'elles perdent peu à peu, au milieu des orgueilleuses fumées dont elles se repaissent,

les plus suaves qualités de leur âme , les plus douces facultés de leur cœur : régner d'un pouvoir absolu, d'un pouvoir despotique, est leur unique occupation , leur seule pensée : à cette soif du pouvoir, elles sacrifieront , non-seulement leur vie tout entière , mais encore les affections dont elle aurait pu être entourée.

Elles sacrifieront, à cette soif de pouvoir, leur réputation de femmes , l'orgueil de vertus longtemps choyées, la douce paix du foyer domestique, les pures joies de la maternité , et jusqu'à leur réputation, s'il faut la laisser aux ornières du chemin , pour continuer à marcher la couronne en tête et le sceptre à la main.

Quelle sympathie avait donc pu lier ces deux femmes, si dillcrentes l'une de l'autre? Quel point de contact existait entre la du-

ehesse de Givry et la comtesse de Laruns, ou quelle puissance l'une des deux possédaitelle sur l'autre? Personne ne le savait ; personne n'avait jamais pu comprendre ce double attachement.

La duchesse de Givry et la comtesse de Laruns avaient été élevées ensemble dans le couvent le plus renommé de Paris. Là elles s'étaient hées dans leurs jeunes années , non par convenance réciproque , mais plutôt par habitude de se voir, par nécessité , se trouvant pendant de longues années compagnes de classes, de jeux, d'ennui et de plaisirs, de se confier les diverses impressions de leur imagination qui se développait.

Chez madame de Laruns, l'habitude de cette amitié enfantine s'était transformée en grandissant en une véritable et solide amitié ;

son jugement sain et réfléchi lui avait permis d'entrevoir les défauts , les tendances malheureuses du caractère de madame de Givry ; mais , plus âgée de trois ans , elle s'y était attachée comme à une jeune sœur, elle avait suivi d'un œil d'inquiétude les transformations successives de l'enfant en jeune fille 5 et de la jeune fille en jeune femme, sans que jamais il eût été permis à son amitié, véritablementdévouée, d'interposer la sagesse d'un conseil entre la pensée d'une action irréfléchie et son accomplissement fatal.

L'éducation du couvent, qui avait laissé à madame de Laruns les douces impressions de son âge, qui ne lui avait rien ravi de ses qualités naturelles, qui n'avait point tué en elle la possibilité des afîections simples, parce que dans son àme, tout à la fois tendre et calme, se trouvait un immense foyer de charité, d a*»

niour et d'indulgence ; parce que chez elle la raison tempérait la vivacité de la pensée, sans en détruire la puissance. L'éducation du couvent n'avait point agi de même sur madame de Givry.

Les religieuses qui conduisaient le couvent où ces deux amies avaient été élevées, admirables dévouements , de soins et de bonnes intentions; capables, plus que beaucoup d'autres, de diriger d'une manière convenable l'éducation de jeunes filles^ destinées un jour aux salons du monde parisien , aux difficultés d'une haute position : car, parmi ces religieuses, beaucoup, avant d'avoir embrassé leur sainte profession, ont vécu, ont brillé dans la société, comprennent peu cependant l'éducation des jeunes filles.

Perpétuellement en présence des dangers de l'exaltation , des écarts dans lesquels peut eu-

traîne,. „„e imagination vive, elle, mettent ous leurs efforts à comprimer, à étouffer chez

es jeunes filles qui leur sont confiées ce aui ■Dusted imagination.

, d.mposs,b,es créations qui s>- „ouLs-

s^ ans correctifs de tous les poisons d'une

^e ree^ave.Parce<,uerinq„i,Meetre.a,.

«^'■on se ta.sent, on les croit mortes: elles sont cependant toujours l', ■ ,

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battre, m de les diriger.

iounëfi7™"''"''™'''^'^''-'-'>-de J-nc fille a jeune fille sont défendues ; latta- <=Hon>entdes maîtresses enversfeursélvese't

LA DUCHESSE. 8l ^

encore défendu. Toute affection y est interdite, et l'on veut que des jeunes filles auxquelles , après des années ainsi passées , on viendra demander plus que de l'affection, de l'amour ! on veut que ces jeunes filles, élevées pour le monde , loin de leurs parents qu'elles voient rarement , cloitrées sans vœux parmi des religieuses , depuis les années de l'enfance jusqu'au jour du mariage , vivent isolées de cœur, quoique entourées de compagnes qu'elles doivent plus tard rencontrer en amies.

Quelque forte que soit la volonté , quelque exercée que soit la surveillance des directrices , cette volonté et cette surveillance demeurent impuissantes ; elles ont seulement atteint ce but que l'amitié est obligée d'apprendre la dissimulation , que l'amitié comprend la baine pour une autorité qui la blesse , et qui lui apparaît sous les traits de l'injustice.

Les âmes douces, les caractères faibles subissent cette contrainte ; les unes en consetvent une impression mélancolique , les autres en demeurent plus faibles ; mais les âmes ardentes gardent, de cette éducation qui les a froissées, une blessure qui ne se ferme jamais, et madame de Givry était du nombre de ces âmes ardentes. Son esprit inquiet ne prenait aucun repos; elle était encore de ces femmes qui , toute leur vie , rêvent un roman impossible , et qui meurent en le voyant toujours à leur horizon qui se recule.

Madame de Givry, en se mariant , ne considéra son mariage que comme une convenance sociale ; elle ne calcula en aucune façon les heures de la vie intime, les années de la maturité , la vie de pensées , mais seulement la vie d'action. Avant d'avoir épousé l; (lia; dcOivry, son cœur n'avait ni connu

ni souhaité l'amour; un litre de duchesse avait été le rêve de son ambition ; quelques-uns de ses parents décorèrent cette recherche vaniteuse du nom de sagesse et de convenance, et son mariage avec le duc de Givry, qui s'était mis sur les rangs des solliciteurs matrimoniaux , avait été conclu.

Le duc de Givry apportait un nom illustre , un titre ambitionné par presque toutes les jeunes filles h marier, une fortune assez considérable ; c'était, en peu de mots, ce qu'on est convenu de nommer un fort beau parti.

Quant l\ sa personne, elle n'avait rien de désagréable; ce n'était point un vieillard, et cependant on ne pouvait pas non plus le nommer un jeune homme. Il avait été et était encore fort bien, mais fort bien, de cette beauté nulle, insigniliante,sans expression, qui n'est doué

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d'aucun charme. L'esprit du duc de Givry demeurait presque problématique , il souriait beaucoup, mais parlait peu, siée n'est haute politique; car il avait longtemps espéré une de ces grandes ambassades que l'on croit trop souvent bien remplies par le seul titre de duc.

Une charge à la cour lui avait été ravie par la révolution de i83o; il ne lui était resté , de toute sa vie de courtisan, qu'une excessive politesse , des manières parfaites , une douceur indifférente et égoïste ; et, par-dessus tout cela, une passion de bon goût pour le wisth , qu'il avait eu quelquefois Ihonneur de jouer avec le roi Charles X.

Quand le duc de Givry fut présenté k Miilliil(l{3 de Sabrun, il serait inexact de dire qu'il lui plut; mais elle trouva qu'elle achetait peu cher le titre de duchesse , elle s'était at-

tendue à beaucoup moins bien.Quelciues-unes de ses amies avaient payé plus rudement le bonheur d'être appelées madame la duchesse.

Ainsi donc, ce mariage avait été un acte de volonté de la jeune fille; le marquis et la marquise deSabrun n'avaient nullement cherché à Vinfluencer; retirés dans leurs terres, ils virent plutôt avec un sentiment de peme une union qui les éloignait de leur fille unique. Le titre de duchesse ne les éblouit point , ils désiraient que Mathilde épousât un gentilhomme; mais dans leurs rêves d'avenir ce gentilhomme n'avait jamais été que quelqu'un de leurs voisins, vivant comme eux, comme eux, habitant en maître son château, et se souciant fort peu d'occuper quelques mois de l'année cinquante ou soixante pieds cariés dans cette grande caserne que Von nommc,Paris.

Mathilde de Sabrun parut heureuse et gaie pendant tous les préparatifs de son mariage ; elle semblait avoir hâte qu'il s'accomplît. Enfin, après quelques mois d'attente, elle se trouva en possession du titre de duchesse, dit adieu à tousses parents, à tous ses amis, et, comme dominée par une pensée puissante, elle partit sans éprouver de regrets, et sans craintes pour son avenir.

Mathilde de Sabrun, il faut le dire, ne connaissait ni Paris, ni l'intimité si douce de la maison paternelle ; toute sa jeunesse s'était écoulée au couvent; aucun souvenir, aucune espérance ne la liait au passé , quand tout fappelait vers une vie nouvelle ; son imagination seule lui créait des désirs , lui dorait ses jours à venir, lui faisait entrevoir un beau roman dans la réalité vers laquelle elle s'avançait.

Jl en est toujours ainsi pour les esprits qui

n'ont point aborde les sentiers épineux et rudes du positif; il en est toujours ainsi pour ceux qui ont repu leur imagination impressionable des créations gracieusement impossibles des rêveries de leur jeunesse. Peu de femmes surtout échappent à ce mirage moral, peu de femmes peuvent se résoudre à faire descendre leur pensée du trône sur lequel elle était montée.

Sur cent femmes livrées aux combats du monde , k moitié au moins a sacrifié le bonheur , le calme d'une vie entière pour quelque peu de jours écoulés dans l'enivrement d'une exaltation romanesque, pour quelqup peu de jours dorés par un soleil passager, et quelquefois ce sacrifice a été accompli volontairement , en connaissance de cause , en présence du malheur qui devait le suivre.

Mais chez les femmes se trouvent toujours

placés côte à côte le besoin du dévouement et la faculté de Timprévoyance. Plus que les hommes, les femmes savent se dévouer, sentent le besoin de s'immoler à un sentiment , à une idée, à une chose; le dévouement chez elles est surtout produit par la nécessité d'un appui , par l'impuissance de s'avancer seules dans une œuvre quelconque.

Elles sont admirables de dévouement ; mais comme elles n'ont jamais regardé l'avenir en se dévouant ainsi, un beau jour leur exaltation cesse, leur dévouement tiédit, elles considèrent, calmes et froides, ce qu'elles ont jusquelà regardé avec les yeux de leur poésie , et le positif les glace pour le reste de leur vie.

Avant ce jour de triste réalité , avant ce désillusionnement malheureux, elles combatront de tous les efforts tle leur jeunesse pourt

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ressaisir, à chaque secousse qui vient l'ébranler, cette croyance romanesque qui peuplait leur pensée , adoucissait les amertumes de l'existence, et les enlevait dans un char brillant, bien loin des vulgarités du monde. Quelques-unes perdent fort jeunes leur grande bataille ; d'autres ne s'avouent vaincues que par les années qui s'accumulent.

La duchesse de Givry , mariée depuis quatre ans , était arrivée à ce moment de crise, et cependant elle avait à peine vingt-trois ans.

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