E. DE R
Ces deux lettres, qui toutes deux concouraient au même but par des moyens différents, partirent ensemble du château de madame de Roy eux ; des deux femmes qui les avaient écrites , l'une commençait la carrière mondaine que l'autre avait déjà plus d'à moitié accomplie. La duchesse de Givry l'entrevoyait pleine de succès, parsemée de fêtes , elle savait ne devoir pas compter sur le bonheur , mais elle espérait l'enivrement.
La duchesse de Royeux savait que ni le bonheur ni l'enivrement ne se rencontrent sur les voies du monde , elle savait de quelles
épines est semé le chemin qu'il faut suivre ; et cependant elle poussait dans des ornières déjà frayées par plus d'une martyre sa prétendue amie , la duchesse de Givry. ^
Mais elle avait besoin au faubourg Saint- Germain d'un salon dans lequel elle pût trouver réunie toute la bonne compagnie de ce faubourg , il fallait qu'elle le ramenât vers elle , et pour cela il fallait le rencontrer. Madame de Roy eux perdait chaque jour ses dernières apparences de jeunesse, elle en était venue à ce moment où toute femme cherche à se rapproclier d'une réputation , à se faire des liaisons solides et honorables. Epoque critique dans la vie d'une femme, elle sent qu'il lui faut renoncer à la puissance de ses grâces et de ses séductions extérieures , la jeunesse a fui.
Le jeunesse de la duchesse de Royeux avait
LA DUCHESSE. âOl
été orageuse, la bonne compagnie s'était éloignée d'elle , et, pour la ramener, la duchesse de Rojeux revenait l'olivier k la main, la duchesse de Givry était sa palme de paix.
La société de madame de Roy eux, recherchée par les hommes les plus distingués , avait jusqu'alors effrayé les femmes collets montés du faubourg Saint-Germain.
L'intimité de madame de Givry et de madame de Royeux, proclamée bien haut, devait en ramener quelques-unes, et, quant aux autres , c'est en les rencontrant dans le salon de madame de Givry que la duchesse de Royeux espérait vaincre leur répugnance.