‹ Madame la duchesseChapitre 4 sur 22 · CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE

Fiat lux.

Genèse.

La comtesse de Laruns était toujours éloignée de son amie la duchesse de Givry , les affaires qui l'avaient appelée dans ses terres ne se terminaient point, et rien n'annonçait qu'un retour prochain dût rendre de sitôt son active et amicale surveillance à madame de Givry. Depuis quelque temps deux de ses lettres étaient demeurées sans réponse ; II. G

le tourbillon mondain, au milieu duquel la jeune duchesse avait vécu , dut être une excuse auprès de la comtesse Laruns. D'ailleurs quelle amitié demande des excuses au jour du souvenir ?

Une ligne , un mot, qui prouvent que l'on aime encore , et les temps d'oubli s'eflacent de la mémoire ; il est si doux de retrouver ce que l'on craignait d'avoir perdu. On court de soi-même au-devant de J'excuse, on la cherche, on l'invente; et si les richesses d'un cœur que l'on posséda tout entier ne se retrouvent pas complètes, on double par les trésors du sien ce qui manquera cette association de l'amitié.

Un aini véritable est un être précieux et dillicile ;» rencontrer, qui doit savoir souftrir, attendre et supporter, sans Jamais désespérei', sans se plaH)dr(.'f c'est nu jniuiyr qui ue

recueille de tous ses supplices que des palmes trempées de larmes; il lui faut savoir immoler ses propres douleurs , ses peines les plus amères pour se faire le confesseur et le consolateur de l'ami qu'il soutient.

Jamais deux amitiés ne se réunissent égales dans leurs sacrifices, l'une donne sans cesse et l'autre reçoit toujours; l'une amasse toutes les forces, toutes les puissances de son âme, et les tient prêtes dans le tabernacle de son amour pour les jours de malheur; l'autre frappe à chaque heure à la porte de ce tabernacle, et fouille avec avidité , sans craindre d'épuiser luie source qu'elle sait intarissable.

La duchesse de Givry , oublieuse de son amie la comtesse de Laruns aux jours de calme, venait encore frapper à la porte de son cœur, car elle sentait de nouveau que

les moments de trouble approchaient , elle sentait en son âme s'élever comme le vent d'une prochaine tempête, et de sa voix émue elle criait : Ma bonne Fanny, accordemoi la douce hospitalité de ta miséricorde et de ta pitié.

Et la comtesse de Laruns lui répondait : Dis-moi bien vite, ma pauvre enfant, où ton cœur est blessé, que j'y verse un baume qui le guérisse.

La duchesse de Givry avait déjà une fois en sa vie empli son cœur des inellables puissances d'un amour qu'elle crut longtemps partagé ; déjà une fois la duchesse de Givry avait vécu de cette vie d'amour dont les félicités sont trop grandes pour pouvoir jamais C'iiv. oubliées. Quand cet amour s'éteignit au cœur de celui à qui elle s'était donnée tout entière, elle crut d'abord que sa vie allait

aussi s'éteindre; mais peu à peu sa blessure se ferma sans cesser de la faire souffrir par le souvenir de ce qui avait été , et son âme s'attrista de sa solitude.

Un cœur qui s'est laissé embraser au souÔle brûlant de l'amour, ne peut jamais retrouver le calme et la quiétude de ses jours d'innocence ; l'abandon le blesse , le déchire, mais ne le guérit pas. Il a aimé, il aimera encore , il voudra de nouveau subir ces joies délirantes , ces inquiétudes poignantes , ces incertitudes, ces jalousies et ces extases de béatitude dont il s'est enivré quelques instants.

Trouver un homme qui n'ait aimé qu'une fois est presque impossible.

Rencontrer une femme dont la vie n'ait pas été occupée au moins par deux amours f\st un niii-ail»^.

Madame de Givry , qui déjà avait aimé , se sentait surprise àe nouveau par le désir d'aimer; elle venait de s'apercevoir du vide de son existence , de la solitude de son àme ; elle venait de sentir se réveiller en elle ce besoin d'un amour qui la ressuscitât de cette tiédeur mortelle , de cette apathie et de ce dégoût profond, dans lesquels elle plongeait souvent comme dans un tombeau.

Vivre sans liens du cœur n'était pas vivre, elle le comprenait.

Le vicomte de Cintrac avait commencé par l'intéresser, puis elle éprouva qu'elle l'aimerait; puis enfin cet amour était né , et avec lui le besoin de l'épancher dans le sein de l'amitié, car si elle avait compris que l'amour qu'elle ressentait était partagé par le vicomte de Cintrac, si elle avait goûté ce bonheiu', cette li'licilc ,s;iiis nom d luie

mutualité de sentiments et de passion, jusqu'à ce jour aucun aveu n'était venu prêter son charme aux pensées de leur cœur.

La duchesse de Givry savait qu'elle pouvait tout confier à son amie , que Fanny de Laruns ne lui faillirait en aucune occasion, qu'elle la blâmerait sans doute , mais qu'elle ne la repousserait pas; aussi se décida-t-eîle à lui écrire, non pour lui demander conseil , mais pour avoir le plaisir de lui parler de son amour.

« Ma bonne Fanny, que fais-tu dans ton )) ennuyeux Languedoc, oublies-tu qu'il existe » une ville de Paris où tu as une amie à » laquelle tu manques essentiellement; non, » tu ne l'oublies pas et j'ai tort de t'accuser, » car j'ai deux lettres de toi auxquelles je n'ai » pas répondu.

» Aujourd'hui je secoue ma paresse , j'ai

» à te parler longuement , j'ai à te raconter » beaucoup, à bavarder enfin , comme lors- » que, assise sur mon canapé clans mon petit » boudoir de Paris , tu m'écoutes si complai- » samment.

» Tu sauras d'abord que depuis ton déw part ton amie est devenue une maîtresse » de maison très-importante, que ses soirées )) sont très-courues , qu'elles sont au nombre » des plus recliercliées , et qu'enfin , d'ici à )) peu , le salon de la duchesse de Givry sera » cité parmi les salons politiques.

« J'ai cru devoir lui donner cette ten- » dance pour M. de Givry , auquel cela » prête quelque reliel*.

)) Pourquoi dissimulerai-je avec toi , pour )) moi aussi , j'ai tenu à rendre mon salon » ce qu'on nomme un salon politique. Je )) suis ambitieuse , Fannv , (u le sais de-

» puis longtemps , et tu me grondes de- » puis longtemps de ce que tu appelles » un défaut, mais je crains bien que tu » grondes toujours et que je ne me corrige » jamais.

» Si tu avais assisté à mes dernières récep- » tions, ma chère Languedocienne, tu te M serais presque crue transportée au milieu » d'un congrès. Figure - toi la réunion la )) plus complète de tous les diplomates » étrangers , quelques députés , un ou deux » pairs , on en trouve peu dans nos salons » depuis la révolution , et puis tout ce que » tu connais , et pour bouquet inattendu la » duchesse de Royeux ; je sais que tu ne » l'aimes pas , Fanny, c'est dommage , car » elle a vraiment de l'esprit et n'est pas si » méchante que tu le crois; cependant elle » m'a dit un mot sur une de nos nouvelles » connaissances , mot qui serait bien perfide

ÔO MADAME

)) s'il n'était pas vrai. Peut-être pourras-tu » éclaircir mon cloute.

» Je ne t'ai pas encore parlé du vicomte » de Cintrac , ma chère Fanny ; tu ne sais » pas encore ce qu'est le vicomte de Cintrac ; » eh bien , c'est un cousin de M. de Givrj, » tout nouvellement débarqué de Toulouse , » sa chère patrie , dans notre hôtel , où nous » lui avons a donné un logement.

» Sois bien inquiète pour ton amie, le « vicomte de Cintrac est jeune et beau, » c'est-à-dire agréable, ce qui vaut mieux ; il » a de l'esprit, il s'énonce bien, sans le moin- » dre accent , fort heureusement pour lui ; » car avec de l'accent il ne m'aurait pas plu )) du tout. A ma dernière soirée il a eu un » succès fou en se faisant cinquante enne- » mis , et voici comment :

» Il a tout boMiicjncnl souUmui la thèse

» que ton cher mari soutient et préconise ; » mais M. de Cintrac y a mis plus de viva- » cité , plus de mordant ; enfin , il a tenu tête » à tout le monde , et moi il m'a tourné la » mienne. Ne va pas monter sur tes grands » chevaux , et m'écrire en guise de lettre » un énorme sermon. Ma tête n'est pas tout » à fait tournée, seulement, pour parler fran- » chement, il me plait; je lui plais je crois, » de sorte que nous nous plaisons mutuelle- » ment.

» Si tu veux être bien discrète , même en- » vers toi , je te confierai , ma bonne Fanny, » que je l'aime un peu, qu'il m'aime un peu ; » enfin , que nous nous aimons un peu tous » deux.

» Ne me parle pas dans ta réponse de )) cette dernière partie de ma confidence, il )) est convenu que tu n'en dois rien retenir.

» Cependant je veux bien te rassurer, » nous ne nous sommes rien dit, et il est fort » probable que d'ici à longtemps nous n'ar- » riverons pas aux aveux. C'est jusqu'à pré- » sent un amour muet; si tu veux l'empêcher » d'apprendre à parler, arrive , ma chère » surveillante, peut-être pourras-tu....

» Je ne réponds de rien.

» Admires-tu comme je suis folle , comme » je bavarde, comme mon papier s'emplit; » me voilà écrivant, barbouillant ce papier )) dans tous les sens , croisant et recroisant » les lignes, me rendant enfin presque illi- » sible; mais tu es habituée à mon grillbn- )) nage. 11 faut pourtant que j'arrive au ren- » seignement que j'ai à te demander.

» Connais-tu le vicomte de Cintrac?

)< Je suppose que tu me répondras : Oui; )> alors je passe à ma seconde question.

» Ton antipathie, la duchesse de Royeux , » prétend qu'il a eu à Paris des histoires rin dicules qu'elle ne m'a pas voulu dire; et )) de plus elle affirme qu'il est très-mauvais » sujet.

» Y a-t-il vérité, y a-t-il calomnie dans ce » dire de la duchesse de Royeux; réponds- » moi, ma chère Fanny; faut-il que mon » héros soit toujours un héros, faut-il que le )) masquejtombe et que le héros s'évanouisse ?

» Je ne t'ai jusqu'à présent parlé (£ue de » moi et de lui; lui est assez bien trouvé, )) n'est-ce pas; mais en me répondant tu me » parleras de Loi , de ton mari , de ta belle- » mère, enfin de tous ceux que tu aimes; tu » me raconteras tes projets , et tu ne cronas » pas que je t'aime moins , parce que ma » lettre est un peu égoïste; ne la montre point » à M. de Laruns , il tonnerait de nouveau

» contre ta folle amie. Adieu , bonne Fanny;

» chère Fanny, je t'aime de tout mon cœur. »

Sempre e mismo.

« P. S. M, de Givry se mettrait à tes pieds » s'il n'était au lit malade; les médecins af- » firment que son indisposition n'est nulle- » ment dangereuse. »

Malgré cette apparente légèreté dans la manière dont elle s'exprimait sur le compte de M. de Cintrac , la duchesse de Givry sentait de plus en plus s'accroître en elle le penchant qui l'entramait à l'aimer. Chaque jour elle s'apercevait de l'empire qu'il prenait sur ses volontés, sur ses opinions; et, loin de combattre cet empire, elle trouvait un certain charme k y céder; chaque jour les asstu'tions (le la duchesse de Uoycux lui paraissaient plus dénuées de fondement, et cepen-

dant elle était impatiente de les voir détruire par la réponse de madame de Laruns.

De son côté le vicomte de Gintrac prenait de plus en plus l'habitude de la société de sa cousine; il la quittait moins de jour en jour, et la maladie du duc de Givry lui était un prétexte pour se trouver souvent avec elle. Ils en étaient venus à ces confidences, à ces intimités pour ainsi dire fraternelles, dangereux écueil qui devait insensiblement les conduire à des relations plus intimes encore. Déjà leurs projets d'avenir se confondaient presque; déjà, dans leurs supputations du futur, ils réunissaient leurs espérances en ne se servant que du mot nous.

Nous ferons.

Nous irons ,

Nous verrons ,

étaient les tournures habituelles, les commencements obligés de chacune de leurs phrases.

On eût dit, à les entendre ainsi s'exprimer, qu'un lien indissoluble les attachât l'un à l'autre.

Madame de Givry, rendue plus sédentaire par la maladie de son mari , ne sortait de son hôtel que pour quelques visites indispensables , et n'admettait dans son intérieur que quelques privilégiés impossibles à renvoyer; c'étaient la duchesse de Rojeux , le comte de Balandry et le comte de Jumiéges.

Alors il y avait , comme il est facile de le comprendre, de longs tête-à-tête entre le vicomte de Gintrac et la duchesse de Givry. Les soirées surtout renouvelaient sans cesse ces interminables causeries, qui reculaient entre eux la date de leur connaissance. Ils

aimaient à s'interroger sur le temps de leur vie , qu'ils avaient passé loin l'un de l'autre sans relations. Ils scindaient avec une habileté craintive ces jours de leur existence , et cherchaient k en pénétrer les mystères.

Le vicomte de Gintrac éprouvait comme un pressentiment , un doute cruel , de la virginité du cœur auquel il s'adressait ; il eût voulu acquérir une certitude quelconque sur des antécédents qu'il redoutait.

Quant à la duchesse de Givry, elle ne s'aveuglait pas sur la nécessité où elle allait se trouver d'ouvrir tout son passé k celui qu'elle croyait ne pouvoir s'empêcher d'aimer ; mais elle reculait devant cet instant des aveux, et cherchait à l'éloigner, comme un enfant diffère l'aveu d'une culpabilité qui lui pèse.

Puis elle voulait la réponse de la comtesse

de Luruns, elle voulait se sentir appuyée dans sa tendresse pour le vicomte de Ciutrac, de l'opinion de son amie ; elle comptait les jours, elle attendait chaque matin avec une impatience marquée l'heure des courriers de la province. Enfin cette réponse si ardemment désirée lui fut remise, et d'une main tremblante elle en déchira l'enveloppe.

« Ma chère lolle , lui mandait la comtesse » de Laruns, tu ne m'as donc pas oubliée, je » reçois ta lettre, je ne veux plus me sou- » venir de tous tes torts de paresse , je me » sens trop heureuse de déchilIVer tes cliar- » mantes pattes de mouche , de tourner et » retourner ta lettre entre mes doigts pour » ariivcr à comprendre tes aimables croise- » nienls de lii;nes. Bénie soitmille lois Vheu- » reuse inoccupation qui m'accorde la longue » conversation !

» Hélas ! je crains bien que de longtemps » encore nous ne puissions avoir d'autres cau- » séries , les affaires de M. de Laruns le re- » tiendront plus que je ne le croyais en ce )) pays , où je ne me déplairais pas si ton V charmant boudoir pouvait y être trans- )) porté par un pouvoir magique , et sur-^ » tout si quelque heureux hasard t'ycondui- )) sait près de moi ; mais le temps des fées » est passé , et il ne faut pas compter sur )) les hasards qui viennent en aide aux désirs » de l'amitié; je ne serai pas de retour à )) Paris avant la fin de l'automne prochain, » et, quelque peur que tu veuilles me faire » de mon absence, pour l'indépendance de » ton cœur, j'espère que tu la défendras sans » moi envers et contre tous.

»' Ce n'est pas que le vicomte de Cintrac ne )) m'inspire quelque crainte, ma chère amie ; )) je le connais, il est en efict très-agréable

» et très-spirituel, tout ce que tu m'en dis ne » me surprend nullement , et quant à cette » thèse qu'il a soutenue dans ton salon, » thèse que tu ne m'indiques d'aucune ma- » nière, mais que je devine, je la lui ai moi- » même entendu discuter avec une telle su» )) périorité , que je ne suis point surprise des 7> éloges que tu lui donnes.

)) Je reconnais avec toi le vicomte de » Cintrac pour un homme dangereux , » mais en même temps je compte sur l'ex- » périence bien triste que tu possèdes, des » faiblesses du cœur, sur les souvenirs de tes » chagrins passés , pour te prévenir contre » les séductions que tu me dis t'entourer.

)> Songe qu'une seconde faute serait plus )) dilHcile à cacher et plus impardonnable » que la première.

" Je m'arrête , tu ne veux pas de sermon,

» et puis j'oubliais le secret que tu me fais » de ta confidence ; j'oubliais , ma chère folle, » que tu ne me l'avais accordée qu'à la con- » dition expresse que je serais censée ne rien » savoir.

» Si ta lettre était moins gaie , peut-être M me verrais -tu moins rassurée ; mais les )) folies dont elle est pleine me tranquillisent » et me permettent de me tenir enfermée » dans le mutisme de cette ignorance que » tu m'imposes.

» Je suis fâchée de te voir en liaison avec » la duchesse de Royeux , c'est une femme )) dont les cajoleries sont perfides , elles i-e- » cèlent toujours de mauvaises intentions, sa M conduite maintes fois a mérité plus qiie )) du blànie, et tu ne te souviens pas assez » qu'une jeune femme, dans ta position surw tout , doit (Hvc dillicile dans ses liaisons

loa MADAME

» avec des femmes plus âgées qu'elle ; aujour- » d'hui le mal est fait, tu la vois, conserve-la » comme simple connaissance, car son ini- » mitié est à craindre, mais prends garde de y> la laisser pénétrer dans ton intimité.

« Ce qu'elle t'a raconté du vicomte de » Gintrac n'a pas le sens commun , ne con- » tient pas un mot de vrai ; M. de Laruns » et moi nous le connaissons depuis long- » temps, et n'avons jamais ouï parler d'his- » toires ridicules auxquelles il fût mêlé , ni » de sa prétendue réputation de mauvais » sujet. Le masque de ton héros ne tom- » bera donc point, et tu n'auras pas le cha- M grin de le voir s'évanouir.

» Ton salon politique m'a fait rire aux )j larmes, ma chère petite duchesse ; que lais- » tu d'un conpjrès de diplomates, (Vune col- » lection de députés; lu ne sais donc pas que

)) le patronage d'un salon politique donne » à la femme qui s'en affuble, pour le moins » soixante ans , c'est comme un faux tour, » une indication de cheveux blancs ; malgré » ta défense , je n'ai pu m'empêcher de ra- » conter ta bonne invention à M. de La- » runs, il prétend qu'avant peu nous te » verrons présidente d'un collège électoral. » Je fais des vœux pour que ce soit celui de )) notre département.

» Nous sommes désolés de la maladie de )) M. de Givry ; avec ton étourderie ha- » bituelle , tu oublies de nous apprendre » de quelle nature elle est , cependant la » confiance des médecins et la tienne nous » rassurent ; si tu avais quelques inquiétudes )) tu n'aurais pas été si laconique.

» Adieu , ma bonne amie , ma belle-mère » et mon mari sont touchés de ton souvenir

M et me demandent de ne pas les oublier » dans ma lettre , ils veulent que tu saches » bien toute leur tendresse. Adieu encore , » écris-moi plus souvent, et soyez prudente , » clière folle , avec votre héros toulousain, si » vous voulez que votre vieille sermoneuse » d'amie continue à vous aimer comme elle M le fait. )i

Madame de Givry lut sans s'arrêter toute cette longue lettre, elle en dévora chaque ligne ; mais un seul passage resta fixé dans son esprit , elle ne fit attention ni aux sages avis qu'elle renfermait , ni aux trésors de suave amitié qu'elle décelait dans le cœur de celle qui l'avait écrite.

Le vicomte de Cintrac, Fanny l'assurait, se trouvait victime d'une infAme calomnie , amais son nom ne s'était iroiué mêlé à de

ridicules aventures , jamais il n'avait mérité la réputation de mauvais sujet.

C'était là tout ce qu'elle avait désiré savoir en écrivant h. madame de Laruns ; pour elle , toute la lettre de son amie se résumait en cette seule phrase; à partir de sa réception , madame de Givry sentit son cœur plus libre, une crainte odieuse cessa de l'oppresser , le vicomte de Cintrac méritait son estime , elle se crut coupable envers lui pour avoir pu douter de ses qualités , elle attendit avec impatience l'heure du déjeuner qui devait les remettre en présence l'un de l'autre.

Alors, première atteinte d'un sérieux amour elle eut peur ne de pas plaire, de n'être pas aimée , elle se reprocha ses coquetteries passées , craignant qu'elles n'eussent été une provocation qui la fît passer pour trop légère.

Au lieu de consacrer les instants qui lui

restaient avant de revoir M. de Cintrac en apprêts de séduction de toilette, elle se hâta d'en finir avec sa femme de chambre ; puis , l'ayant renvoyée, elle resta plus d'une heure tremblante et fortement émue , soudant sa pensée et interrogeant les battements de son cœur.

Jusqu'à cet instant l'amour qu'elle avait pour iM. de Cintrac avait flotté incertain sur la mer orageuse de ses résolutions.

La lettre de madame de Laruns venait de le rendre vivant , fort et puissant , la lettre de madame de Laruns venait de tout décider.

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