‹ Madame la marquise de PompadourChapitre 6 sur 22 · LA MARQUISE DE POMPADOUR. — LES POETES. — LES ARTISTES · texte numérisé non relu

LA MARQUISE DE POMPADOUR. — LES POETES. — LES ARTISTES

Le caractère parliculier du xviiie siècle est celui d'une vie douce et facile, d'un bonheur riant qui respire dans toutes ses créations : poésie, musique, peinture; aucune sombre idée dans les arts et dons les œuvres de l'esprit. On existe au milieu des roses de mai , des cascades et des bosquets mythologiques; la société n'est pas une grande affairée, comme le Juif-Errant qui se montre toujours avec la fatalité de ses cinq sous ; elle aime, elle use de toute la délicatesse de ses sens, de la partie heureuse et riante de ses passions. Les poètes qui entouraient madame de Pompadour formaient une société charmante, et Gentil Bernard, secrétaire des dragons et du duc de Coigny, y composait son Art d'aimer. Choisy, devint le lieu ravissant des fêtes dont Gentil Ber-

iiiird (1) fut rordonnaleur, cl l'on cita longtemps celle de 1^'" mai, en l'honneur de la marquise et du retour des fleurs. Les jardins de Choisy avaient la renommée des plus splendides bosquets de lilas, de pervenclies et de roses; et dans cette fêle, la marquise, comme Vénus^ fut placée sur un trône d'œillets et de marguerites pour y régner en souveraine.

A l'époque où la toute jeune madame d'Etiolés réunissait dans son château , artistes et poètes, avec une grâce particulière, ou remarquait parmi les plus assidus de ses convives, un élégant abbé, du nom deBernis, d'une figure gaie, ouverte, grosse et rebondie, et pourtant très-distinguée (ce qui se rencontre quelquefois); issu d'une grande famille du Vivarais (2), chanoine, comte de Lyon, il était venu à Paris, mais si pauvre, que M. de Ferréol avait été obligé, plus d'une fois, de lui prêter un écu de trois livres pour prendre un fiacre, quand il allait dans le monde. Il y était fort apprécié par son esprit plein de grâce et sa douce facilité à faire des vers. Tout

(IJ Gentil Bernard avait suivi le duc de Coigny en Italie ; la place de secrétaire de dragons lui valait 2li mille livres, et il en recevait 1 2 mille comme sous-gouverneur de Choisy.

(2) Bernis était ué le 22 mai 1715, à Saint-Marcelin de TArdcche.

jeune homme, on pouvait justement reproclicr ;i Tabbc (le Bernis de ne pas être assez clans la gravite de son état, et le sévère cardinal de Fleury lui avait déclaré que jamais il n'aurait de lui la moindre fonction ecclésiastique. Bernis, réfugié dans le salon tout financier du château d'Etiolés, s'était rattaché à la fortune nouvelle de la marquise de Pompadour à Choisy. De la poussière humide de ces cascades bouillantes, au milieu de ces charmilles de lilas et de tubéreuses, de ce groupe de statues sans voiles, de ces vases antiques entourés de guirlandes, il s'élevait un parfum d'amour et de volupté enivrante, et Bernis célébrait la divinité du lieu avec la douce parole de Tibulle.

Ainsi qu'Hébé^ la jeune Pompadour

A deux jolis trous sur la joue, Deux trous charmants où le plaisir se joue, Qui furent placés par la main de l'Amour; L'enfant ailé, sous un rideau de gaze, La vit dormir et la prit pour Psyché.

Qu'elle était belle ! à l'instant il l'embrasse, Sur ses appas il demeure attaché; Plus il la voit, plus son délire augmente, Et persiste dans sa douce erreur.

Il veut mourir sur sa bouche charmante. Heureux encore de mourir son vainqueur.

Enivré des roses nouvelles

D'un teint dont l'éclat l'éblouit, Il la touche du doigt, ello en sort plus belle, Chaque fleur sous sa main s'ouvre et s'épanouit.

Pompadour se réveille et TAmoar en soupire^ Il perd tout sou bonheur en perdant son délire, L'empreinte de son doigt forme le joli trou,

Séjour aimable du sourire

Dont le plus sage serait fou (1).

Ces vers païens, qu'on dirait dérobés à Catulle, forment un étrange contraste avec le caractère sacré de l'élat ecclésiastique; mais cette société du xviii® siècle était ainsi faite : elle fascinait, elle enivrait les esprits les plus graves, jusqu'au réveil terrible de la Révolution française, juste châtiment de tant d'oublis du devoir. Le jeune Bernis continuait :

On avait dit que l'enfant de Cythère

Près du Lignon avait perdu le jour ;

Mais je l'ai vu dans les bois solitaires

Où va rêver la jeune Pompadour.

Il était seul, le flambeau qui l'éclairé

Ne brillait plus, mais les prés d'alentour,

L'onde et les bois, tout annonçait l'Amour (2j,

Bernis fut le poêle pindarique de la marquise de Pompadour. A Choisy, sous la treille, au pied des autels élevés à la volupté et à Toubli du monde, Bernis disait encore :

Qu'est-ce que l'Amour? C'est un enfant, mon maître,

Il l'est du berger et du roi.

Il est fait comme vous, il pense comme moi,

Mais il est plus hardi peut-être,

(1) Les petits trous, conte, 1746, OEuvres de Bernis,

(2) Vers à madame la marquise de Pompadour.

Et celle ode au dieu, Tame de Tunivers, à TAmour, le Pan de Tanliquité qui se résumait par cette délicieuse invocation :

Le connais-tu, ma chère Éléonore (1,\

Le tendre enfant qui te suit en tous lieux, etc.

Le séjour habituel dans de délicieuses campagnes, le doux murmure des eaux, la fraîcheur des ombrées, le parfum des fleurs, Tharmonie céleste, le gazouillement des oiseaux, tout ce peuple de Nymphes, sculptées par de grands artistes, ces aspects si divers se prêtaient admirablement à ces idylles des bois, à ces dialogues de ces hauts gentilshommes, de belles marquises, de petits abbés galants et poupards, de chevaliers de Malte, au cordon noir, groupés au bord des fontaines, à ces rendez-vous de chasse où pétillait le vin de Champagne dans des coupes fines et dorées. Bernis, charmant à table, improvisait de délicieux couplets à madame de Pompadour.

Les Nymphes dans Cythêre, Faisaient un jour Un éloge sincère De Pompadour;

(ij Ces vers sont intitulés Chanson, Si au reste on veut trouver la contre-partie de tous les éloges et les plus satiriques et orduriers couplets sur madame de Pompadour. on n'a qu'à lire Recueil Maurcpas^ tome xxxiii, 81, lOZi, liO, 111 ; tome xxxiv, U, lZi7, 207, 3^3.

Le trio des Grâces sourit,

L'amour applaudit.

Et Vénus bouda.

Gai I lanla ! laiila (1) !

Vénus, les Grâces, rAmour, triade païenne qui dominait cette société, étaient invoqués par toute Ja génération. A côté de Bernis et de Gentil Bernard, parmi les plus protégés de la marquise il faut compter Marmontel (2), cet esprit charmant, surtout avant sa seconde et ennuyeuse manière qui lui fit créer sa plate composition deBélisaire : Marmontel écrivait ses petits contes, les délices du temps; alors à trente ans, plus amant du plaisir que philosophe dissertateur, s'il avait composé d'ennuyeuses tragédies, il s'était aussi fait connaître par des poésies consacrées à l'éloge de Louis XV. Marmontel fut longtemps un des hôtes de M. de la Popelinière, dans sa charmante résidence de Passy, ou dans sa belle maison de la barrière Blanche, hôtel plus beau que l'Elysée de Beaujon (il s'est fait dix hôtels et soixante maisons, des débris du seul jardin de M. de la Popelinière). Marmontel avait été appelé à Choisy par madame de Pompadour, qui lui fit obtenir du Roi le privilège du Mercure, avec la place de secré-

(1) Couplets à madame de Pompadour, 17/i6.

(5) Il était né le 25 juillet 1725, élève des Jésuites.

taire des bâtimcnls quand le marquis de Marigny en eul obtenu Tintendance. A cette époque il existait une multitude de positions qui donnaient vingt, trente mille livres de renies aux poètes, aux gens de lettres. Gentil Bernard secrétaire du colonel-général des dragons, touchait 2Zi mille livres; Voltaire avec sa charge de gentilhomme de la chambre se faisait un boni de 150 mille livres. C'étaient des abus, dit-on : est-ce que les gens d'élite et d'esprit vivent d'autre chose que d'abus, de privilèges et d'exceptions?

Marmontel n'oublia jamais les bienfaits qu'il avait reçus de la marquise de Pompadour, sa protectrice aimée. C'est dans les Mémoires de Marmontel qu'on peut prendre une juste et véritable idée de cette belle et noble protection, si pleine de délicatesse que la marquise de Pompadour accordait à la misère, aux arts, à l'esprit (1). Ce n'était pas l'aumône administrative qu'on jette à à l'artiste, au poète dans les époques modernes; mais une grâce, une façon particulière d'accorder des places, des distinctions et d'aimables souvenirs. Chaque dimanche à deux heures dans le charmant boudoir de Choisy, madame la mar-

(1) La seule direction du Mercure valait à Marmontel plus de 20 mille livres par an.

quise recevait librement les gens de lettres, et ses trois auteurs favoris, Duclos, BernisetMarmontel. Duclos riiistoriographe, logé aux frais du Roi dans l'hôtel des affaires étrangères avec 12 mille livres de pension. Bernis si gâté par la marquise qui lui avait meublé un joli appartement dans le château des Tuileries; toutes les fantaisies d'art de ce salon venaient de la main de madame de Pompadour, et ceci était mieux que de donner : Marmontel, Gentil Bernard, les véritables ordonnateurs des fêtes de Choisy, écoutaient les avis, les conseils d'une artiste qui les recommandait ensuite au Roi par des à-propos, des compliments d'une bonté touchante.

Celte protection de la marquise n'oubliait aucun mérite : le vieux Crébillon, cassé, maladif, n'avait pour lui que le grand éclat de ses tragédies. En vain on répéta à la marquise que Crébillon le fils dans ses contes licencieux faisait des allusions au roi Louis XV et à ses amours. La marquise ne fut pas arrêtée dans ses bontés pour Crébillon l'ancien ; elle lui fit accorder une pension de 3,000 livres avec logement au Louvre, le titre de bibliothécaire de Choisy avec 5,000 livres. Après la représentation brillante de Catilina , madame de Pompadour obtint l'honneur d'une impression gratuite des œuvres de Crébillon à

l'Imprimerie Royale (1); elle en grava elle-même les culs de lampe : fou de joie de tant d'honneur, Texcellent Crébillon alors à quatre-vingt-un ans, vint à Choisy pour remercier la marquise souffrante; et toujours empressée de l'accueillir, elle le fit asseoir jusque dans la balustrade de son lil. Tandis que le poëte prenait avec transport la main de la marquise, le Roi entra, et Crébillon eut un à-propos charmant : « Ah ! madame, nous sommes perdus, le Roi nous a surpris. » Louis XV rit beaucoup de cette exclamation du vieux poëte, baisant la main de la marquise, comme un amant en bonne fortune.

La faveur de Crébillon auprès de Louis XV blessa profondément Vollaire, et ce fut une des causes de sa mauvaise humeur contre madame de Pompadour; Fontenelle, vieux comme Crébillon, en était également blessé. Le Roi ne pouvait souffrir le traducteur des Oracles de Van Dale, blasphème contre les Saintes-Écritures; cet homme égoïste, cet esprit froid qui avait dénoncé la duchesse de Maine, sa bienfaitrice, Fontenelle dont on écrivait :

Depuis trente ans un vieux berger normand Aux beaux esprits s'est donné pour modèle.

(1) C'e^t l'édition du Louvre, Paris, 1750, 2 vol. in-A%

Il leur enseîgno à traiter galamment Les grands sujets en style de ruelle.

Ce n'est pas tout, dans l'empire femelle Il brille encore malgré son poil grison. Il n'est caillette, en honnête maison, Qui ne se pâme en sa douce faconde (Ij.

Cependant Fontenelle eut plus d'une fois besoin de madame de Pompadour, qui ne manqua jamais à son mérite ; il reste de lui plusieurs placets à la marquise, et Voltaire put imprimer des vers à son éloge :

C'était le discret Fontenelle, Qui par les beaux-arts entouré Répandait sur eux à son gré Une clarté vive, et nouvelle ; D'une planète à tire d'aile, En ce moment il revenait Dans ce lieu où le goût tenait Le siège heureux de son empire (2).

Le goût tel que le comprenait la marquise de Pompadour n^était pas le pédantisme philosophique de madame du Châtelet. Louis XV aimait à la fois les sciences exactes et pratiques, les productions légères de l'esprit, les travaux vifs et les distractions qui secouent la vie.

Le château de Choisy était )e séjour des grâces et du plaisir, la marquise réunissait Tesprit et la

(1) Cette épigramme est de J.-B. Rousseau.

(2) Voltaire, le Temple du Goût,

gaieté; elle dansait avec la spontanéité d'un enfant; et comme le Roi aimait les rondes, elle composa le chant si frais, si enfantin, si populaire. Nous n'irons plus au bois ; comme la marquise de Prie pour amuser les Condé avait compose le clianl de La tour, prends garde, petit drame entre le duc de Bourbon, son fils, le capitaine et les gardes de son Altesse.

Que de fraîcheur, de gaieté, de poésie dans la jolie ronde :

Nous n'irons plus au bois, Les lauriers sont coupés^ Les belles que voilà les iront ramasser.

« Et la cigale qui dort, il ne faut pas la blesser, le rossignol viendra la réveiller, et la fauvette avec son doux gosier, et Jeanne la bergère avec son beau panier allant cueillir la fraise et la fleur d'églantier! »

Cigale, ma cigale, allons, il faut diauter. Car les lauriers du bois sont déjà repoussés.

Entrez dans la danse ;

Voyez comme on y danse.

Sautez, dansez, embrassez

Celle que vous aimez.

Il y a plus de vie, plus de poésie dans ce couplet de madame de Pompadour, que dans lesconceplions pédantes et hautaines (le tous les philo-

sophes : on dirait une couronne de tubéreuses, de jonquilles, de jacinthes et de lilas au front d'un . enfant! Doux loisirs, aimable société où coulait si doucement la vie. Le Roi si difficile à amuser, prenait une grande part à ces joies, à ces enfantillages de la marquise, dansant, chantant la ronde avec un entrain de jeune fille. La ronde était une danse éminemment française; la voix qui se mêlait à la danse, le sentiment doux, joyeux et pur; toute une bande d'enfants chantant le rossignol, la cigale, la fauvette, l'églantier, la fraise autour des lauriers que le Roi venait de cueillir à Fontenoy.

Aussi Voltaire n'avait-il pas raison de dire de madame la marquise :

Ainsi vous réveillez Tous les arts, tous les goûts, tout le talent de plaire,

Pompadour, vous embellissez

La cour, le Parnasse et Cythère, Charme de tous les cœurs, trésors d'un seul mortel;

Qu'un sort si beau soit éternel.

Que vos jours précieux soient marqués par des fêtes, Que la paix dans nos champs revienne avec Louis.

Soyez tous deux sans ennemis,

Et tous deux gardez vos conquêtes.

Dès sa plus extrême jeunesse, avant même son mariage avec M. Lenormand d'Étiolés (1), la mar-

(1) A cette époque, madame de Pompadour perdit sa mère,

— Gl —

quise de Pompadour avait cultivé les beaux-arts, comme une passion élégante : le dessin, la peinture, le pastel et spécialement la gravure, la distraction et je dirai presque le repos de tous les grands artistes du xviii^ siècle; après les pinceaux le burin. Cette ardeur pour les beaux-arts devint plus vive, et ses efforts plus grandioses, lorsque la marquise put régner en souveraine à Versailles, à Choisy, entourée de Bouchardon, de Boucher, de Parrocel, de Lalour, du premier et très-jeune Vernet, de Vien, de l'architecte Gabriel ; elle put les encourager, les aimer, ce qui est plus précieux encore pour les artistes éminents. Deux fois par semaine, elle les recevait à Choisy, elle travaillait avec eux, causait beaux-arts d'enthousiasme, et Louis XV partageait ses entraînements pour ses artistes de prédilection.

Entre tous, la marquise avait distingué un graveur sur pierre antique, de très-grand mérite, ardent comme un Provençal : il se nommait (1) Leguay, né à Marseille; presque enfant il avait

on ne respecta pas sa tombe. On fit cette abominable épigramme ;

Cî-git qui sortant du fumier Put faire une fortune entière, A'endit son honneur au fermier Et sa fille au propriétaire.

(ij Pierre Leguay était né à Marseille en 1715 ; il est mort en mars 1787.

voyagé ca Italie, en Grèce, recueillant avec une vive joie les camées, les pierres gravées, les bijoux d'Athènes et de Rome, les précieux débris de la civilisation antique et de Tart païen si beau dans les monuments qui nous restent. Est-il travail plus fini, plus parfait que les camées antiques et les pierres gravées? Ces satyres, ces nymphes, ces sacrifices à Jupiter, à Junon, à Vénus, ces choeurs de joueurs de flûte autour du trépied, ces triomphes de Caésar et ces têtes de Jupiter, Mercure, Apollon, Auguste, Néron, Caligula et même ces immondes et confuses priapées du musée secret de Naples! Leguay en artiste éminent avait tout reproduit avec une perfection merveilleuse, depuis le nu si parfait du type grec jusqu'au bois mystérieux où le pampre s'unissait au peuplier. Lui-même gravait sur l'onyx, le jaspe, la cornaline, rémeraude et l'ivoire. Il semblait avoir dérobé à l'antiquité ses secrets pour la pureté de l'ensemble et la perfection des détails. Les pierres gravées devinrent les plus précieux trésors des cabinets d'amateurs, si nombreux au xvm^ siècle, temps d'heureux loisirs ! La perfection des pierres gravées tirées de l'antique, exerça son immense influence sur la sculpture et la peinture. Leguay vivait familièrement à Choisy auprès de Louis XV et de la marquise de Pompadoun

Les travaux de Bouchardon (1] se rcsscnlent déjà de ce contact avec l'antiquité; Versailles se peuplait de ses œuvres, et la vaste pièce d'eau de Neptune semble avoir été inspirée par l'étude d'un camée antique. Louis XIV conçut et laissa Versailles dans sa grandeur compassée. Louis XV et madame de Pompadour Tembellirent par la fantaisie. Bouchardon sous les inspirations de la marquise façonna la plupart des grandes pièces d'eau les Dragons, les Chimères, Apollon et les Muses, et son nom à demi effacé par le temps, caché par la mousse verdâtre, se trouve encore sur ce beau Trilon de la fontaine de Neptune (2), s'élançant de sa vaste coquille, soutenu par des Amours qui domptent l'horrible Dragon. La mythologie , source immense de beautés artistiques, était la passion du xviii^ siècle.

Madame de Pompadour commanda pour le jardin de Choisy à Bouchardon, un sujet charmant qu'elle dessina elle-même, l'Amour adolescent qui brisait la massue d'Hercule et le glaive de Mars pour en faire des carquois et des flèches, image de la puissance de l'amour sur la force matérielle. Ce fut encore sur ses dessins que Bouchardon prépara la statue équestre du Roi. Sou-

(1) Boucharo'on était né en 1698.

(2) Il porte la date de i7/i6.

vent aux pieds de Louis XV, la marquise cherchait à reproduire avec toutes les perfections de l'art, les nobles traits du Roi, qui souriait à ses eiïorts. Elle était surtout applaudie, corrigée par Boucher, Tartiste si aimé de madame de Pompadour, alors dans toute la puissance de son talent (1). Élève de Baudoin, le peintre des sujets galants à la gouache, Boucher à vingt et un ans avait fait un voyage d'Italie, et sans se montrer dédaigneux pour Tart antique, il avait deviné que pour cette nation spirituelle et galante qui s'appelait la France, il fallait un art adapté à ses goûts, à ses fantaisies ; gracieuse tentative qu'avaitdéjà accomplie Watteau(le plus admirable des créateurs) et avec lui Coypel, Carie Vanloo et de Troye, qui ne furent pourtant pas des modèles. Le caractère particulier de Boucher, son coloris nourri de jasmins et de roses pompons^ correspondait à cette sociétéde gentilshommes couverts de paillettes, et à ces belles marquises embellies de rouge et de mouches, la poudre aux cheveux.

Boucher s'inspirait de celte cour qui le recevait à Choisy, vivante et gracieuse lutte de l'art contre la nature : les bergers rubantés, les moutons pimpans, les Annette et Lubin en jupon de soie.

(I) Boucher était né en 170Zi.

Lorsque la nature est laissée à sa seule puissance panthéiste, elle n'a de beau que sa grandeur : les forêts s'entrelacent, l'homme est dur et sauvage : la verte campagne est étouffée par des herbes parasites, le fruit imparfait et sans saveur, la fleur étiolée; c'est le génie de l'homme, la portion émanée de Dieu qui embellit la nature par une seconde création qui est l'art : la nature de fantaisie est la seule digne de plaire ; il faut vingt modèles pour trouver le beau, et encore serait-il au-dessous de la pertection de l'art, s'il n'emprunlait une couleur particulière à l'idéalisme.

Ainsi, loin de faire un reproche à B nicher de s'è:rc e! -■;:' le h réalité . :,:érielle, il faatTen louer. Le carmin d'une femme élégante (de madame de Pompadour) avait plus de beauté que la routeur 2:rossière et sansjuinolente d'une nature campagnarde, et l'on s'explique très-bien que l'artiste ait pi\,icié l'i/r ■^'f représentée par madame Favart, aux vachères de Juvisv ou aux lavandières de Sèvres. C'est ce qui fit la supériorité du genre Pompadour, pimpant et rubanté, genre qui ;' ' précisément parce qu'il est faux et d'une nature >'. ritai-ie. Tout est élégant dans les c.:;.^ ..-i.....^ .ic^ Bouclier, l'arbre de la forêt, la vache avec des fleurs aux cornes, le mouton

fl 'quêté de faveurs roses, la bergère à la houlette,

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