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LA PREMIÈRE VICTIME

Une foule houleuse se pressait sur les grands boulevards, plus épaisse, plus bruyante surtout dans l’intervalle compris entre le faubourg Montmartre et la Chaussée d’Antin. Les kiosques de journaux étant pour ainsi dire pris d’assaut, la marchande ne savait plus dans quelle main remettre la monnaie des pièces d’argent qu’elle recevait, et voyait en quelques instants son étalage entièrement enlevé par d’avides lecteurs.

Bien qu’il fut plus de minuit, les cafés regorgeaient, et de moment en moment, les consommateurs montaient sur les chaises, sur les banquettes de velours, même sur les tables de marbre blanc, pour regarder passer au milieu de la chaussée des bandes d’individus manifestant en faveur de la guerre et promenant des drapeaux et des lanternes vénitiennes. Là le mouvement était plus accentué, plus violent, que dans la rue Saint-Honoré ou dans les autres quartiers. Les chanteurs se voyaient accueillis par des bravos, des hourras, auxquels se mêlaient quelques rares protestations.

Paris entier semblait fou.

Un écho de toute cette rumeur fiévreuse roulait par longues envolées à travers la rue Drouot, pénétrant les appartements les mieux clos, les tentures les plus épaisses.

Au premier étage de la plus belle maison de la rue, à l’angle de la rue Rossini, fenêtres et volets restaient hermétiquement fermés, malgré la chaleur et cette fatigante tiédeur qui suit les longues journées d’été : sans doute les locataires devaient être à la campagne, aux bains de mer, loin des odeurs malsaines et de la poussière de Paris.

Cependant, à l’extrémité la plus rapprochée du boulevard des Italiens, derrière les volets, une fenêtre s’entr’ouvrait, maintenue par l’espagnolette.

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