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UNE MAIN TENDUE

Par la toiture vitrée le jour d’été tombait, inondant de lumière le dallage et les parois de la salle Melpomène, aveuglante de clarté sous le ruissellement de cette après-midi d’aoùt : rien ne protégeait le toit de verre contre les rayons du soleil. Quelques-uns même pénétraient obliquement dans l'intérieur venant augmenter la chaleur en courant le long de la corniche gauche.

Au fond, entre les deux portes qui conduisent à cette délicieuse cour du Mûrier, copie de l’atrium pompéien, Melpomène se dressait gigantesque sous les plis corrects de sa tunique, plaquant, comme l’image d’un dieu au sanctuaire du temple, la masse crayeuse de la Muse tragique au chœur de la grande salle.

Puis, immédiatement au-dessous des nombreux tableaux qui décorent les murs, souvenir des maîtres anciens copiés par les maîtres modernes, des planches, des cartons, d’énormes châssis recouverts de papier teinté, alignaient tout autour de la salle des plans, des lavis, des épures. Des chapiteaux fouillés avec art, contournés en volutes, roulés en feuilles d’acanthe, se montraient de face, de profil. Dans les marges blanches des chiffres s’additionnaient, des mots professionnels se succédaient : échelle de grandeur, plan, coupe, élévation. Les lignes bizarres, les carrés rouges, les points noirs, les ronds verts, se répétaient, semblables pour les non-initiés, dans chacun des dix projets présentés par les concurrents du grand prix de Rome, section d’architecture.

C’était à qui se serait le mieux ingénié pour rendre le théâtre de grande ville donné en concours. Quelques-uns s’inspiraient de l’Opéra de Paris ; d’autres avaient fait des tours de force, imaginé des édifices où se battaient tous les styles, toutes les époques, espérant tirer quelque merveille de ce chaos, de cette récolte à travers les peuples et les siècles.

Le prix avait été décerné la veille, au premier tour de scrutin et à l’unanimité.

Une foule toute particulière, composée de connaisseurs, d'architectes et de gens du métier, discutait devant chaque projet les mérites et les défauts des jeunes concurrents. Le jugement était généralement approuvé et applaudi : on louait beaucoup le vainqueur.

Le théâtre conçu par l'architecte couronné ne prouvait pas seulement l'œuvre d’un travailleur et dJun homme habile, elle dénotait en même temps un aquarelliste distingué, un véritable artiste.

Les curieux se pressaient pour regarder le carré de papier fixé sous le plan principal, la vue d’ensemble de l'édifice : quelques-uns lisaient à haute voix :

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