‹ Madame LambelleChapitre 37 sur 51 · RAYON DE SOLEIL SUR UNE TOMBE · texte numérisé non relu

RAYON DE SOLEIL SUR UNE TOMBE

Jeanne poussa la porte entre-bâillée, dont le grincement aigre se perdit dans le grand mutisme du cimetière. Immédiatement elle se trouva en plein milieu de l’exubérante verdure, de la floraison nouvelle que le printemps tirait de ce sol fécond.

Envahissant l’étroite allée sablée, soulevant les terrains noirs des sentiers, les plantes vivaces, les bouquets de fleurs, débordaient par-dessus les grilles, à travers les balustrades, se trouvant trop à l’étroit dans le rectangle régulier des tombes ; les pensées de velours, les violettes, étalaient leurs feuilles, épaississant l’ombre au-dessus des pierres rongées de mousse et des tumulus gazonnés. En jetant les yeux autour d’elle, la veuve se vit seule.

Le fossoyeur avait regagné la partie nouvelle du cimetière, un grand coin inondé par une nappe uniforme de hautes herbes, vertes et puissantes, arrivant au genou. Quand il avait fini son inspection, arrangé les tombes dont on lui payait l’entretien, toujours il se dirigeait vers ce même endroit, cet angle où deux grandes grilles noires découpaient deux carrés de terrain inégaux. Il gardait le culte de ces abandonnés que nul n’avait reconnus, que personne ne viendrait saluer d’une prière ou d’un souvenir.

Il suffisait de lire la plaque uniforme fixée à chacune de ces sépultures :

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