Ibid., p
niment ce système, qui leur livrait leurs sujets âme comprise. Quand Luther et Mélanchton, au siècle précédent, les avaient conviés à « régler », entre autres affaires, « toutes les questions de foi' », les chefs de la Réforme n'avaient évidemment pas mesuré le danger. Les princes n'étaient que trop disposés à se mêler de théologie, et ils trouvèrent si commode, à l'user, si avantageux à leur prospérité terrestre, de réunir en leur personne les deux pouvoirs, le temporel et le spirituel, qu'ils s'empressèrent do transformer une mesure révolutionnaire en institution. Au milieu du xvii*^ siècle, une '< Église d'État », entendue comme on vient de le voir, était devenue la chose du monde la plus naturelle et la plus ordinaire.
Celle du Palatinat comprenait des calvinistes et des luthériens. Le joug spirituel de l'Électeur s'appesantissait sur les uns et sur les autres, et ce joug n'était pas léger. Charles-Louis avait ses idées en religion, des façons à lui d'interpréter les textes, et il aimait à être écouté : il n'oubliait jamais qu'il était « l'autorité supérieure », chargée de veillera la bonne interprétation de la parole de Dieu dans ses États. Il prenait si au sérieux cette branche de ses fonctions de souverain, qu'il s'imposait d'aller le dimanche au sermon pour surveiller ses prédicateurs et les reprendre au besoin. Le discours avait-il été trop long, ou trop « galimatias », suivant son expression, l'Électeur faisait compa-
1. Janssen, l'Allemwjne cl la rti'forme, t. III, p. 34. Cf. Rankc, Deutsche Geschichtc im Zeiialter der Reformation, vol. II, liv. IV.
LOUISE DE DEGENFELD. 19
raître Torateur après le service, et lo tançait vertement. Il s'était rendu si redoutable, qu'un pasteur perdit la tête en le voyant entrer et s'embrouilla dans la liturgie.
On se représente la fureur du maître lorsqu'un de ces vermisseaux osa lui signifier un blâme en mettant au ban de l'Église luthérienne ' la « seconde femme » que « Son Altesse sérénissime » s'était donnée en vertu de son autorité souveraine. Il manda le téméraire, et s'efforça de redresser ses idées sur la polygamie : « Je lui ai cité Moïse et les Prophètes, écrivait-il à Louise;... mais je vois bien qu'on lui a fait peur. » Ce pasteur n'était décidément qu'un « pauvre homme », comme tous les pasteurs, du reste, et tous les curés, et tous les calotins de toutes les religions : « O Ciel ! s'écriait Charles-Louis avec découragement, où est en Allemagne la bonne foi ^? »
Sur ces entrefaites, un livre « tombé du ciel », et qui avait l'air « écrit pour eux^ », vint lui remettre en mémoire la conduite tenue au xvi" siècle, dans un cas analogue, par le landgrave Philippe de Hesse. Philippe n'était pas l'homme des demimesures et des chemins détournés. Marié, lui aussi, et père de nombreux enfants, il avait conçu le projet hardi d'épouser ses amours dans les formes, et d'être bigame à la face du ciel et de la terre; arrangement auquel Luther et Mélanchton eurent
1. Louise de Dcpenfeld appartenait à la Confession d'Augsbourg.