Lettre de mars 1657, au baron Adolphe de Degenfeld
LOUISE DE DEGENFELD. 17
chez lui une conception de la puissance souveraine auprès de laquelle l'idée que s'en faisait son grand voisin le roi de France est timide et étriquée.
L'affaire fut engagée par une lettre ouverte* où Charles-Louis annonçait au monde que « son épouse légitime, Sa Dilection l'Électrice, s'étant montrée depuis leur mariage... singulièrement fâcheuse, indocile, entêtée, chagrine et revêche », et s'étant rendue coupable à son égard de maliliosa desertio, il avait pris une seconde épouse, la baronne Louise de Degenfeld, « en vertu de la juridiction qui lui appartenait, comme prince régnant, dans les matières ecclésiastiques, et politiques », et il était résolu à passer le reste de ses jours avec elle, « conjugalement et chrétiennement ». Il disait aussi qu'il avait des raisons de ne pas divorcer avec rÉlectrice, et déclarait que sa conscience était tranquille. — « Donné à Ileidelberg, le 6 mars 1657 ».
Cette communication fut mal accueillie à Heidelberg, et le pasteur de Louise la prévint qu'il lui refuserait la communion. Elle en fut atterrée, et Charles-Louis extrêmement irrité. Il avait mis le Palatinat au régime des « Églises d'État », régime engendré en Allemagne par la Réforme, et dont l'essentiel consistait à reconnaître dans le prince régnant de chaque pays « l'autorité supérieure, établie par Dieu - » sur les pasteurs et pour le spirituel, de même que sur les fonctionnaires et pour le temporel. Les princes régnants goûtaient infi-