Comédie de Desmarets de Saint-Sorlin
De Saint-Cloud, la duchesse Sophie accompagna Monsieur et Madame au Palais-Royal, où la reine d'Espagne prit congé d'eux « en jetant mille larmes.... Il y avait un hurlement de cris et de pleurs par toute la cour, et je crois que plusieurs pleurèrent en ce jour parce que c'était à la mode, et qui n'avaient jamais vu la reine ». La duchesse avait deviné juste. Affligés ou non, les spectateurs accomplissaient un rite, qui rappelle les vocifératrices à gages de certaines contrées, et auquel personne n'aurait osé manquer. Pour une mort, un simple départ, les demeures des princes s'emplissaient « d'un hurlement de cris et de pleurs », accompagné de gesticulations violentes. L'ensemble de ces manifestations de commande formait des tableaux étrangement barbares pour une société aussi policée.
Le reste du séjour de la duchesse Sophie fut consacré à sa sœur l'abbesse, à quelques visites et à Madame, qui revint la voir à Maubuisson. Si Liselotte avait été malheureuse en ménage, l'occasion était belle pour se décharger le cœur dans le tête-à-tête, et elle n'était pas femme à la laisser échapper; elle aimait à se plaindre, comme elle aimait à conter ses joies, et l'on trouverait alors des traces de ces confidences dans les lettres de sa tante à son père. La duchesse Sophie aurait seulement attendu d'avoir repassé la frontière, à cause du cabinet noir, pour aborder un sujet aussi délicat. Un billet d'elle à Charles-Louis, daté de Paris, contient ce post-scriptum en allemand : « On dit que toutes les lettres sont vues avant d'être
expédiées. » Elle avait profité de l'avis pour ellemême, et il est aisé de s'apercevoir, en lisant la suite de sa correspondance, qu'elle avait ajourné certaines questions à son retour en Allemagne. Mais celles qui regardaient l'intérieur de Liselotte n'étaient point du nombre. Elle n'avait rien eu à cacher. Elle n'avait rien dissimulé de ses impressions sur Monsieur; c'était en toute sincérité qu'elle s'était exprimée sur son compte, à chaque occasion, avec une bienveillance qui ne laissera pas de surprendre en France, où ce personnage équivoque a toujours rencontré peu de sympathie. Jamais, non plus, dans ses lettres à son frère, elle n'a varié sur le parfait bonheur de Liselotte. Au surplus, voici les textes.
En revenant de Fontainebleau, où elle a vu la famille royale de près, la duchesse écrit : « (4 septembre). Je vous puis assurer que Madame votre fille occupe un poste bien agréable et dont elle est fort contente ». Du 13 : « Si je me voulais mettre sur les louanges de (Monsieur), je n'aurais jamais fait; je trouve Madame une des plus heureuses femmes du monde ». Elle passait dans la même lettre à Louis XIV, qui l'avait « rendue si contente de lui », et ajoutait : « C'est effectivement un roi qui est singulier de toutes les manières et qu'on ne saurait voir sans l'admirer beaucoup. Il a beaucoup d'amitié pour Madame, et vous devez être bien persuadé, Monsieur, qu'elle s'attire l'estime du roi par sa conduite, car elle n'est infectée d'aucune coquetterie, et je puis vous assurer qu'elle me fait grand honneur, quand elle dit que je l'ai élevée ». Ce