‹ Madame, mère du régentChapitre 109 sur 220 · LE PÈRE ET LA MÈRE DE LISELOTTE · texte numérisé non relu

LE PÈRE ET LA MÈRE DE LISELOTTE

impromptu que vous croyez nécessaire pour excuser à Monsieur que je ne donne point d'argent comptant à Charlotte pour sa subsistance, je crois que vous n'en avez pas besoin, à cause que vous êtes assez informée de ses comportements envers moi, qui sont assez publics, ont duré plus de vingt ans, dont on pourrait remplir des cahiers, lorsqu'on me demanderait de bon escient avec quel fondement de droit, d'équité et de bienséance, je lui en devrais donner; Monsieur se pourra aussi souvenir, puisqu'il n'est pas hors de la mémoire d'homme, que d'autres princes chrétiens en ont usé de même envers des proches, auxquels naturellement ils devaient plus de respect et de tendresse que (je) n'en dois à Charlotte, pour s'en être rendue indigne.... »

De la duchesse Sophie : « (Osnabrûck, 15 octobre.) La réponse que vous dites que je devais faire à Monsieur touchant Charlotte n'est pas valable en France. M. de Colonna \ Mazarin et le Grand- Duc de Toscane ne sont pas mieux en femmes que vous et ne laissent pas pourtant de les entretenir. 11 (Monsieur) est assez bien informé de son humeur (l'humeur de Charlotte), mais il dit que cela ne l'empêche pas d'être Électrice et mère de vos enfants. Je sais bien que la grand'mère de Monsieur n'était pas plus heureuse, mais si l'on en doit croire l'histoire, elle avait fait de plus grands crimes. »

1. Le connétable Colonna, marié à Marie Mancini. Le duc de Mazarin avait épousé Horlense Mancini, sicur de la précédente. Cosme de Médicis, grand-duc de Toscane, avait épousé Mlle d'Orléans, demi-sœur de la Grande Mademoiselle. Tous les trois avaient été malheureux en ménage.

Une autre question, également désagréable à Charles-Louis, parce qu'il s'agissait aussi de délier les cordons de sa bourse, était venue se greffer sur celle de Charlotte. Il n'avait point payé la dot de Madame, et il est certain qu'il devait en avoir moins envie que jamais, ayant été maltraité par la France. La duchesse Sophie y voyait des inconvénients pour Madame. Elle écrivit le 23 novembre à son frèi'e : « J'ai vu fort amplement qu'il n'a pas tenu à vous de payer la dot de Liselotte, mais peut-être que Monsieur n'appellera pas cela grand'chose, quoique cela l'empêchera de dire qu'il n'a pas eu un sou. Il voulait bien que je... remarque la splendeur où il fait vivre Liselotte, et la beauté de ses appartements, pour que je visse qu'elle a raison d'être contente et qu'il ne la traite point à proportion de ce qu'il avait eu avec elle. Mais comme vous dites très bien, il n'y a point de comparaison à faire entre la mère et la fille, et je ne dois point m'intéresser pour celle-là; ayant fait ma commission, j'en suis quitte. Mais je crois qu'on appréhende qu'elle ' aille en France, où Liselotte ne serait pas bien aise de la voir ».

C'était Monsieur qui, avec plus de générosité que de prudence, avait proposé de faire venir Charlotte, et de lui arranger en France une retraite décente. Madame s'y opposait, par des raisons qui ne sont pas à son honneur; elle redoutait la dépense et les ennuis d'une pareille charge. A défaut de tendresse, Liselotte ne s'était pas trouvé le moindre grain de pitié pour cette malheureuse qui était sa mère, qui

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