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LE PAIEMENT DE LA DOT DE LISELOTTE

lui avait été bonne dans son enfance, et à qui, en définitive, on ne pouvait reprocher que d'être devenue ce que nous appelons une neurasthénique, par' l'effet de l'humeur insupportable de Charles-Louis. On sut que le roi ferait une pension à la mère de Madame, et Madame ne désarma point; elle alléguait maintenant les difficultés d'étiquette. Reprenons les textes.

Charles-Louis à la duchesse Sophie, le 29 novembre 1679 : « La question n'était pas de la somme de la dot, mais s'il tenait à moi qu'elle n'ait été payée, que Monsieur l'appelle grande ou petite chose. Je n'ai jamais douté que Liselotte n'eût raison d'être contente, mais pour ce qui est de la splendeur de ses appartements, je crois qu'il y a des banquiers à Gênes qui en ont qui ne leur céderaient guère, et pour le reste de son vivre, il est établi dès longtemps comment les femmes des frères du roi doivent être servies, de quoi, comme l'on m'a dit pour certain, Monsieur ne peut autrement disposer ». La duchesse Sophie répondit en personne piquée : « (21 décembre.) Il paraît bien que vous n'avez pas vu la splendeur, comme vous l'appelez, des banquiers de Gênes, pour la comparera celle de M. le Duc d'Orléans, qui n'est pas à la marchande. Pour moi qui trouve que c'est une grande partie de la douceur de la vie d'être bien logée et d'avoir un beau jardin, comme aussi d'être bien servie, que ce soit par règle ou non, j'ai cru que Liselotte avait lieu de se croire font heureuse ».

Quatre jours plus tard, elle apprenait que Charles-Louis s'était décidé à payer la dot de sa fille, et

elle s'empressait de l'en féliciter : « (25 décembre.) Je ne m'étonne pas que votre argent* ait été bienvenu auprès de Monsieur, frère du roi, car l'argent comptant est aussi rare en France, ou plutôt dans ses coffres, qu'ailleurs. Je ne l'avais pas sollicité de sa part; il ne m'en a parlé que pour me faire remarquer qu'il faisait tout pour Liselotte sans avoir eu un sol avec elle. Celle-ci appréhendait, comme j'étais avec elle, que Charlotte la vînt trouver pour subsister, et disait qu'il y avait des gens qui, par pitié, lui avaient offert de l'argent pour Madame sa mère, sachant bien qu'elle n'en avait point pour lui donner. Que voudriez-vous que Charlotte fît, dans le pitoyable état où elle est? car à CasseP, elle n'a qu'à manger : on garde ses mille écus par an.... Il no saurait être agréable à ses enfants de la voir en cette nécessité, et cela leur donnera de la haine pour ceux ^ qu'ils croiront qui emportent ce que l'autre pourrait avoir.... » Cette allusion à ses bâtards mit Charles-Louis hors de lui : « Je ne sais pourquoi Charlotte doit passer pour un si grand sujet de pitié.... » Suivaient de longues récriminations. Il écrivit aussi à Liselotte, et la discussion tournait à l'aigre quand Charlotte y mit fin par un coup de théâtre : elle avait changé d'idée et renonçait à la France. Ni Charles-Louis,

1. L'Électeur n'avait probablement envoyé qu'un acompte, car la (juitlance de la dot, signée de Monsieur et Madame et conservée aux Archives nationales (K. 542, n° 14), porte la date du 24 novembre 1G80. 11 y avait alors trois mois que Charles- Louis était mort.

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