‹ Madame, mère du régentChapitre 117 sur 220 · Louis XIV · texte numérisé non relu

Louis XIV

LE GRAND DOGUE. 18b

à quoi je vois peu d'apparence sans quelque changement imprévu; au moins je lâcherai à faire mon devoir tant que mon peu de pouvoir me (le) permettra, et faudra laisser le reste au destin, dont mes années et ma constitution ne (me) permettront pas de participer longtemps, qu'il soit bon ou mauvais, et... je serai des premiers mangé, étant situé entre le marteau et l'enclume*.... » De la duchesse Sophie : « (27 mai 1680.) Je suis si vivement touchée de l'indigne traitement qu'on vous fait, que je ne sais comment Liselotte peut regarder son idole de bon œil. »

L' « idole » de Liselotte, c'était le roi, et sa tante ne partageait plus son admiration pour ce prince. La duchesse avait cessé tout d'un coup de l'aimer. Elle l'appelait à présent « le grand dogue », niait résolument sa grandeur, et s'excusait de son enthousiasme d'antan : « Il est heureux et paie de paroles et de mine, mais au reste, c'est un homme tout comme un autre; ce n'est que dans des vers qu'il passe pour un dieu (5 juillet 1680). » Peut-être entrait-il du dépit maternel dans cette aigreur; le Grand Dauphin épousait décidément la princesse de Bavière.

Liselotte avait prévenu sa tante, dès le 28 octobre 1679, qu'elle avait fait un voyage inutile et que sa fille ne serait pas reine de France : « Personne ne doute qu'au printemps prochain, nous n'ayons ici la princesse de Bavière, car le roi en parle souvent, et il disait encore l'autre jour : Si

l.Du 20 mai 1680.

elle a de l'esprit, je la taquinerai tout de suite sur sa laideur.... Il a demandé à M. le Dauphin s'il pourrait se résoudre à prendre une femme laide. Celui-ci a répondu que cela lui était parfaitement égal; que, pourvu que sa femme eût de l'esprit et de la vertu, il en serait content, quelle que fût sa laideur. C'est ce qui a décidé le roi pour la Bavière. » Madame ignorait évidemment le traité de 1670.

Elle ne savait jamais rien, et elle le prouva une fois de plus en cette occasion. Elle n'avait pas pu se faire à l'idée d'une tante Sophie humiliée et olTensée. Il lui sembla soudain que le mariage de Bavière pouvait encore se rompre, qu'il n'y fallait qu'un peu d'aide, et qu'elle saurait intriguer tout comme un autre; en quoi elle se calomniait. Pour la première fois de sa vie, Madame se mêla d'une affaire et essaya de jouer au plus fin avec le roi et avec Louvois. Montrons-la sous cet aspect nouveau, car nous n'en retrouverons pas l'occasion; elle ne recommença jamais, peut-être parce que le résultat n'avait pas été encourageant.

Elle débuta par offrir une réconciliation à Louvois, sa bête noire à cause des affaires du Palatinat, mais l'homme indispensable dans la circonstance. Ils se donnèrent tous les deux de bonnes paroles; seulement, Liselotte croyait Louvois et s'imaginait naïvement l'avoir gagné, tandis que lui, quand Madame lui promettait de « tout oublier », il savait bien que ce n'était que des mots, sans compter que cela n'avait aucune importance, puisque le mariage de Bavière était comme fait : « (Saint-Germain, le 15 décembre 1679.) La princesse Palatine a joint

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