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LES PROJETS MATRIMONIAUX DE LA DUCUESSE SOPHIE

ses efTorts aux miens, et finalement nous avons si bien mené TafTaire, que Louvois s'est décidé, et il m'a dit que si la première affaire, avec la Bavière, était aussi compromise qu'on le prétendait, il parlerait au roi de notre princesse. Il m'autorisa aussi à lui en parler dès que j'en trouverais l'occasion. Je m'imaginai donc que l'affaire était en bonne voie, et quand je me trouvai avec le roi dans la calèche, j'amenai tout doucement la conversation sur le mariage de son fils. Le roi me dit que la chose avait de la peine à s'arranger avec la Bavière. « L'on fait souvent, dis-je, en fait de mariage, des « propositions qui ne sont pas agréées, comme pour « le mariage bavarois, par exemple. » Le roi me répliqua vivement : « Quoique ce mariage ne soit « pas fait, je ne le tiens nullement pour rompu ; mon « fils a maintenant une telle envie de se marier, qu'il « ne veut pas attendre davantage; je suis sûr que, si « je cède sur quelques points, ils me jetteront leur « princesse à la tête ». A quoi je répondis : « Ce sera « un grand honneur pour les Bavarois d'avoir amené « Votre Majesté à céder en quoi que ce soit ». J'espérais que cela le piquerait, mais il m'a répondu que c'était chose faite, et que la nouvelle en réjouirait bien son fils, qui était inquiet de ne pas voir l'affaire de son mariage se conclure ; qu'il allait lui dire d'écrire à la princesse. Voyant cela, je me suis tue et n'ai pas soufflé mot de l'autre affaire. » « Hier, la lettre à la princesse de Bavière a été écrite. Si cette folle envie de se marier n'avait pas pris au fils du roi, j'aurais eu bon espoir. Cela seul nous gâte tout et, comme vous voyez le mariage

bavarois est déjà si avancé, que rien sans doute ne pourra plus le rompre*. »

Madame en fut pour sa réconciliation avec Louvois; le Grand Dauphin épousa Marie-Anne de Bavière le 7 mars 1680. Dans l'intervalle, la tante Sophie avait reçu une belle fiche de consolation par la mort de son beau-frère Jean- Frédéric 2, duc régnant de Hanovre. Il ne laissait point d'enfant mâle. Ernest-Auguste lui succéda, et ni lui, ni la duchesse Sophie, quoique unis au défunt par « une fort tendre amitié-' », ne mirent de sourdine à leur joie. Le récit de leur prise de possession, en présence du cercueil, est d'une jovialité déconcertante : « (15 mars 1680.) Nous voici arrivés dans notre palais princier, où il fume si fort dans toutes les chambres, que nous pleurons le défunt sans aucune peine et avec beaucoup d'incommodité.... Je voudrais qu'il sût toutes les cérémonies que l'on va faire pour l'enterrer, cela lui servirait de Paradis.... »

Tandis que ceux-là se réjouissaient sans vergogne de leurs belles étrennes, Charles-Louis, poussé à bout par les « inhumanités » françaises, sommait une dernière fois Liselotte de parler au roi, mal instruit peut-être de l'insolence et de toutes les exigences de ses agents. Madame fit longtemps la la sourde oreille : « Il sera mardi prochain six semaines, écrivait son père à la duchesse Sophie,

1. Traduction Jœglé. Il y avait eu des difficultés sur un point secondaire, et le roi avait cédé.

2. Le 28 décembre 1679. Les obsèques n'eurent lieu qu'au mois de mars suivant.

3. Lettre du 11 janvier lOSO, de la duchesse Sophie à son frère.

l'électeur, le PALATINAT ET MADAME. 189

le 17 janvier 1680, que je n'ai point de réponse de Liselotte. » Les six semaines devinrent, six mois. Enfin, le 29 juillet, la duchesse Sophie écrit à son frère : « Liselotte me mande * avoir eu un grand dialogue avec [le grand dogue] sur votre sujet, dont elle vous a mandé le détail à ce qu'elle dit. Je crois qu'il n'a pas été de grande efficacité pour vous, puisque vous n'en mandez rien et que vos lettres à la diète de Ratisbonne montrent assez le tort qu'on vous fait et le besoin que vous avez d'être promptement secouru ». De Charles-Louis : « (31 juillet 1680.) Le jeune Botzheim, jadis page de Liselotte, me doit apporter le dialogue entre elle et Louis le Grand, mais il est n'est [pas],., arrivé. » Encore une lettre de la duchesse, encore un billet de six lignes, dicté par l'Électeur, et la toile se lève brusquement sur le prologue du drame dont Madame ne s'est jamais remise. La scène est en Allemagne, dans un des paysages des environs de Heidelberg ^.

Depuis la mort de Louise de Degenfeld, Charles- Louis faisait l'été de longs séjours à Friederichsburg, auprès de la Suissesse Mlle Berau. Il emmenait dans ces expéditions ses trois filles les raugraves, son aumônier et toute sa cour, en homme qui n'a rien à cacher, et qui suit à la face du soleil les voies de la bonne nature. Le 26 août 1680, il eut à Friederichsburg trois légères attaques qui lui ôtèrent momentanément l'usage de la parole. Il s'en remit

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