La lettre de Liselotte ne s'est pas retrouvée
2. Les détails qu'on va lire sont empruntés à deux relations sans noms d'auteur, publiées à la suite de la Correspondance de Charles-Louis avec la duchesse Sophie, p. 435-442.
très vite et annonça le lendemain soir, contre l'avis des médecins, qu'on partirait le 28 de bon malin pour aller passer quelques jours à Heidelberg.
Le 28, on le crut tout à fait bien parce qu'il avait recommencé, dit une relation, h pester contre ses gens, qui ne l'habillaient jamais assez vite à son gré. A sept heures du matin, tout le monde était en route*. A neuf, l'Électeur se sentit vaincu. Il se fit porter dans un jardin, où un grand arbre enveloppa son lit de repos d'ombre et de paix, et il jouit une dernière fois de la douceur du monde. On l'entendit murmurer : « Comme ça sent bon, ici ! » et, presque aussitôt, une attaque miséricordieuse lui ôta sans retour la connaissance et la parole. Quelques heures se passèrent à essayer d'inutiles remèdes. Quand il fut visible que la fin approchait les raugraves se mirent à genoux, toute la Cour se mit à genoux, les soldats et les officiers de l'escorte se mirent à genoux, et le prédicateur de la Cour récita parmi les pleurs et les cris une prière que les assistants répétaient après lui. Elle disait que si Dieu, dans sa sagesse, avait résolu de ne point permettre que Sa Grâce se relevât de cette maladie, Dieu était supplié de rappeler Sa Grâce à Lui : « Amen, amen, Seigneur Jésus, amen. » La prière terminée, on la recommença, et, au moment précis où les amen montaient une seconde fois - dans les airs, Charles- Louis expira sans avoir fait un seul mouvement. Le tableau ne manque pas de grandeur.
1. Y compris Mlle Berau, dit Hausser, II, p. 686. Les deux relations taisent son nom.