SENTIMENT DE MADAME POUR LOUIS XIV
autre auprès d'elle, « comme sa bonne tante * ». C'est en revenant de chez Liselotte que la princesse de Tarente, un jour qu'elle était en veine de confidences, conta à sa voisine ce qui n'était plus un secret à la Cour de France que pour l'héroïne du roman : « (7 juillet 1680.) Pour sa nièce, elle en parle fort plaisamment : elle a une violente inclination pour le frère aîné de son époux, elle ne sait ce que c'est : la tante le sait bien; nous rîmes de ce mal qu'elle ne connaît point du tout, et qu'elle a d'une manière si violente. C'est un patron rude, qui se tourne selon son caractère; c'est la fièvre qu'elle a. Elle n'a de sentiment de joie ou de chagrin que par rapport à la manière dont elle est bien ou mal en ce lieu-là : elle se soucie peu de ce qui se passe chez elle, et s'en sert pour avoir du commerce et pour se plaindre à cet aîné. Je ne puis vous dire combien cette voisine conta tout cela d'original, et confidemment et plaisamment. » Mme deGrignan manifesta apparemment quelque incrédulité, car sa mère lui réplique le 28 juillet : » La bonne princesse de Tarente... n'attribue l'agitation de sa nièce qu'à ce que je vous ai dit, et que c'est une fièvre violente, et qu'elle s'y connaît- : voulez-vous que je dispute contre elle? »
Tout le monde commençait par être incrédule. L'idée d'un sentiment tendre allait si mal avec Madame, sa perruque de travers, sa laideur rubiconde, sa voix rude et ses sorties impitoyables
1, De Mme de Sévigné, le 28 mars 1676.