Schreiben des Kiirfiirsten, p
2. Celte lettre et la suivante sont de la fin de 1658. Elles ne portent pas de dates.
pour ceux qui vivaient avec lui ou dans Tombre de son château, la bigamie de Charles-Louis avait compliqué bien des choses. On remarque, par exemple, dans sa correspondance, qu'il ne jugeait plus les gens que d'après leur attitude vis-à-vis de Louise; quiconque prenait le parti de Charlotte, fût-ce un de ses propres enfants, s'attirait le ressentiment de l'amoureux Électeur. Or, c'étaient tous les allants et venants, dans ce château où l'on vivait côte à côte, c'était toute la cour et Liselotte ellemême, qui avaient continuellement à se prononcer, à propos de mille riens, entre la femme légitime et la favorite. Les airs d'homme de bien, chers à Charles-Louis, ajoutaient au déplaisant de la situation. Il y avait alors en Allemagne beaucoup d'intérieurs princiers infiniment plus dissolus que le sien : c'était le seul, à cette date, où l'on se moquât avec cette ampleur des lois et de la religion. Le roi de France était distancé et pour le spirituel et pour le temporel; Louis XIV ne s'est jamais érigé en pontife, il faut lui rendre cette justice, et, s'il lui est arrivé trop souvent de se mettre au-dessus des lois, il gardait pourtant une certaine mesure; il a attendu que la reine fût morte pour épouser Mme de Maintenon.
La petite Liselotte, tout insouciante qu'elle fût, était condamnée à souffrir d'un milieu aussi insolite. Par bonheur pour elle, la princesse Sophie eut pitié de sa nièce et la tira de cet intérieur irrégulier. Elle n'eut pas affaire à une ingrate. Ce service, immense à la vérité, lui valut d'être pour toujours la grande affection de Madame, sa confidente et sa conseillère